Médiathèque baha'ie

De montagne à montagne
Histoires de la vie de Baha置値lah

par Hitjo Garst (traduction par Arlette Ala段)


Sommaire

1. VOICI LE JOUR NOUVEAU
2. L'ENFANCE ET L'ADOLESCENCE DU BAB ET DE BAHA'U'LLAH
3. LE BAB
4. LE SECRET DE TEHERAN
5. LE MESSAGER DU ROI
6. CHACUN DEVRAIT SAVOIR
7. BAHA'U'LLAH AU SIYAH-CHAL
8. A BAGDAD
9. SEUL DANS LES MONTAGNES
10. LA TRISTESSE DE BAHA'U'LLAH
11. ENFIN DE RETOUR
12. LE GRAND CHANGEMENT
13. LE LIVRE DE LA CERTITUDE
14. LES ENNEMIS ARRIVENT A LEUR FIN
15. DANS LE JARDIN DE RIDVAN
16. CONSTANTINOPLE
17. LES BABIS DEVIENNENT DES BAHA'IS
18. DE CONSTANTINOPLE A ANDRINOPLE
19. BAHA'U'LLAH EST EMPOISONNE
20. LA PLUS GRANDE SEPARATION
21. LA MERE DE ASHRAF
22. BANNI UNE FOIS ENCORE
23. DEPART D'ANDRINOPLE
24. LE SULTAN ABDU'L-AZIZ
25. LA RENCONTRE
26. L'ARRIVEE A AKKA
27. LA PLUS GRANDE PRISON
28. BADI
29. BADI VA TROUVER LE CHAH
30. BADI - L'ORGUEIL DES MARTYRS
31. LA PLUS PURE BRANCHE
32. LE MEURTRE DE SIYYID MUHAMMAD
33. LE LIVRE LE PLUS SAINT, LE KITAB-I-AQDAS
34. LES ENNEMIS DEVIENNENT DES AMIS
35. MAZRA'IH
36. PLUS DE LIBERTE
37. LE MONT CARMEL
38. L'ASCENSION DE BAHA'U'LLAH
39. `ABDU'L- BAHA


1. VOICI LE JOUR NOUVEAU

Certains jours sont spéciaux: plus excitants et plus merveilleux que d'autres. Quand cela doit arriver, il nous semble qu'ils sont très longs à arriver, et puis ils passent très vite et sont terminés sans que nous nous en soyons aperçus.

Mais il y a une autre sorte de 'Jour', un qui dure très longtemps. Vous souvenez-vous de l'histoire dans la Bible où Dieu créa le monde en six jours? Ces six jours étaient beaucoup plus que les six jours d'une semaine. C'étaient des âges qui durèrent des milliers et des milliers d'années. Quand il est mentionné 'Un Jour' dans les livres saints de Dieu, généralement cela signifie une très longue période.

Le peuple du monde a attendu mille ans la venue de ce Jour spécial. Les livres saints apportés par les Messagers de Dieu à l'humanité ont tous promis qu'un Jour spécial apparaîtrait sur terre - un Jour de paix, de tranquillité, de justice et d'amitié; Un Jour où le monde de Dieu prendrait racine dans le coeur des hommes et ce monde refléterait le bonheur du Royaume des cieux.

Ce jour-là, exactement comme le soleil brille sur la terre, il y aura un Soleil merveilleux qui brillera du Royaume de Dieu sur nous tous. Nous pouvons voir le soleil physique avec nos yeux, mais nous devons utiliser notre coeur et notre esprit pour voir l'autre Soleil, car c'est le Messager de Dieu qui vient sur terre, et il faut un coeur pur et des yeux purs pour Le voir.

Il y a plus de cent ans, pas un mais deux grands Messagers de Dieu sont venus sur cette terre: le Bab qui signifie "la Porte" et Baha'u'llah "la Gloire de Dieu". Ils annonçaient la venue de ce Jour spécial promis par Isaïe, par Jésus-Christ, par Bouddha, par Mohammad et tous les Prophètes du passé. Le Bab et Baha'u'llah ont sacrifié leur vie pour que les peuples de la terre trouvent la paix et le bonheur, afin que ce monde soit transformé et uni.

Nous sommes les gens chanceux qui vivent durant cet âge de transformation quand, cela nous a été promis, le monde trouvera enfin la paix.


2. L'ENFANCE ET L'ADOLESCENCE DU BAB ET DE BAHA'U'LLAH

Quand le Bab était un petit garçon, Il devait aller à l'école comme les autres enfants. Mais un jour l'instituteur ramena le jeune Bab chez Son oncle, chez qui Il habitait. "Je vous Le ramène" dit le maître, "vous devez prendre grand soin de Lui. Il ne doit pas être traité comme un enfant ordinaire." Le maître dit à l'oncle du Bab que le garçon lui avait expliqué une partie du Coran. C'était une explication si extraordinaire que le maître en était stupéfait. "Gardez le garçon à la maison avec vous. Je ne suis pas digne de L'enseigner. Il n'a pas besoin d'un professeur comme moi" dit-il.

L'oncle Haji Mirza Siyyid `Ali dit au jeune Bab qu'Il devait retourner à l'école et mieux écouter ce qu'on Lui enseignait. Donc le Bab repartit pour l'école; cependant, encore et encore le maître put se rendre compte qu'Il possédait une sagesse surhumaine. Finalement, Son oncle décida qu'il ne L'enverrait plus à l'école. Il était beaucoup trop intelligent pour y apprendre quelque chose. Le Bab alla travailler avec Son oncle. Il fut connu pour Sa grandeur et Son pouvoir, pour la pureté de Son caractère et Son extrême dévotion à Dieu.

Quand le Bab eut 24 ans, Il révéla qu'Il était le Promis - le Qa'im - que le peuple de Perse attendait depuis longtemps. Il lança l'appel d'un Jour nouveau et prédit la venue de Baha'u'llah.

Le Bab et Baha'u'llah avait presque le même âge, mais Ils ne se sont jamais rencontrés. Le Bab avait deux ans de moins que Baha'u'llah. Quand Baha'u'llah était très jeune, Il possédait Lui aussi des dons exceptionnels. Depuis l'enfance Il était extrêmement aimable et généreux. Il aimait par dessus tout la vie au grand air, Il passait la plus grande partie de Son temps dans les jardins ou dans les champs. Il avait un extraordinaire pouvoir d'attraction, que tous sentaient. Les gens s'attroupaient autour de Lui. Les ministres et les gens de la cour L'entouraient et les enfants aussi Lui étaient dévoués. Quand Il avait treize ou quatorze ans Il devint réputé pour Son érudition. Il pouvait s'entretenir sur n'importe quel sujet et résoudre tous les problèmes qui Lui étaient présentés.

Baha'u'llah était encore un enfant quand Son père fit un rêve. Dans ce rêve il vit Baha'u'llah nageant dans un océan immense et infini. Son corps émettait tant de lumière que la mer entière était illuminée. Sa chevelure était longue et noire et pendant qu'Il nageait elle flottait autour de Lui à la surface de l'eau. Puis un grand banc de poissons apparut et chacun des poissons pris un cheveu dans sa bouche. Son visage était si radieux que les poissons Le suivirent quand Il s'est mis à nager. Il y avait un grand nombre de poissons mais malgré le poids sur Sa chevelure pas un seul cheveu ne fut arraché. Tous ces poissons ne pouvaient pas Lui faire du mal ni ne L'empêchaient de continuer à nager.

Le père de Baha'u'llah fut très impressionné par ce rêve. Il fit chercher un devin et lui demanda de lui expliquer son rêve. Le devin dit que la mer représentait le monde. Seul et sans aide, Votre fils dominera le monde. Personne ne pourra arrêter Son avancement. Tous ces poissons représentent l'agitation qu'Il causera parmi les peuples de la terre. Ils se réuniront autour de Lui et s'attacheront à Lui. Il sera protégé par le Tout-Puissant et ainsi, sera toujours en sûreté quoi qu'Il puisse Lui arriver.

Baha'u'llah avait trente deux ans quand Son père mourut. Le Gouvernement souhaitait qu'Il accepta la position de Son père dans le Ministère, comme c'était la coutume en Iran, mais Baha'u'llah refusa l'offre. Puis le Premier Ministre dit:
"Laissez-le. Une telle position est indigne de Lui. Il a des buts plus élevés en vue. Je ne peux pas Le comprendre mais je suis convaincu qu'Il est destiné à une carrière plus élevée. Ses pensées sont différentes des nôtres. Laissez Le seul."

Comme il en a été pour le Bab et Baha'u'llah, il en a été de même avec tous les Messagers de Dieu. Ils n'ont pas besoin d'aller à l'école pour apprendre tous ce que nous nous devons apprendre. Leur connaissance vient de Dieu. Ils n'ont pas besoin d'apprendre des autres ; les peuples doivent apprendre d'Eux. Ils sont les grands Educateurs de l'humanité.


3. LE BAB

Quand il fait encore froid et que l'hiver est là, les fermiers doivent préparer le sol. Ils étendent du fumier, labourent et hersent afin que la terre soit cultivable. Quand arrive le printemps et que le soleil une fois de plus donne suffisamment de chaleur, les graines et les tubercules peuvent germer. Et ceci peut se faire parce que les fermiers ont préparé le sol à l'avance.

C'est ce qui arrive au début d'une ère nouvelle. Dieu envoie en premier un précurseur pour annoncer la nouvelle au monde: bientôt un nouveau Messager de Dieu viendra! Le précurseur prépare le peuple à Sa venue. Il les aide à croire en Lui quand Il apparaît. C'est ce qui est arrivé quand Jésus vint sur terre. Dieu envoya Jean Baptiste. Il dit au peuple que Quelqu'un viendrait après lui qui était plus grand que lui.

C'est aussi ce qui arriva quand Dieu envoya Baha'u'llah au monde. Le Bab apparut en premier. Le Bab dit au peuple que très bientôt après Lui Quelqu'un viendrait Qui était beaucoup plus grand que Lui. Il était le Promis prédit dans tous les Livres Saints, Qui apportera la paix sur terre et Qui unira tous les peuples du monde.

Le premier qui crut au Bab était un jeune homme au coeur de lion appelé Mulla Husayn. Mulla Husayn savait que le temps était proche pour le Bab d'apparaître. Il savait qu'en cherchant très sérieusement il Le trouverait. Mais il savait aussi que Dieu le guiderait vers le Bab, et en vérité c'est ce qui arriva. Après avoir prié et jeûné, Mulla Husayn prit la route. Il sentit son coeur attiré comme par un aimant vers la ville de Chiraz. Il y arriva et comme il marchait en dehors de la porte de la ville, soudain un Jeune Homme au visage illuminé s'approcha de lui. Le Jeune Homme lui souhaita la bienvenue chaleureusement, comme à un ami qu'Il connaissait de longue date, et l'invita à venir chez Lui. Mulla Husayn accepta et L'accompagna.

Au cours de la soirée, le Bab déclara qu'Il était le Qa'im, la Porte du Promis, et Mulla Husayn devint le premier à croire en Lui. Mulla Husayn avait découvert l'objet de ses recherches et trouvé le désir de son coeur. Il se sentit comme si toutes les joies du paradis étaient en lui. Cette nuit est devenue mémorable dans l'histoire.


4. LE SECRET DE TEHERAN

Peu de temps après que le Bab eut déclaré Sa mission, Il demanda à Mulla Husayn d'accomplir une tâche spéciale. Il lui demanda d'apporter une Tablette spéciale, une lettre qu'Il avait révélée, à Téhéran. Il dit à Mulla Husayn que dans cette ville un Mystère y était caché. Mulla Husayn devait découvrir ce Mystère et s'assurer que la Tablette du Bab Lui fut délivrée.

Donc Mulla Husayn entreprit un autre voyage, cette fois pour Téhéran. Sur la route il traversa plusieurs villes et dit aux gens qui y habitaient que Dieu avait envoyé un nouveau Prophète. Mais pratiquement personne ne voulut accepter la nouvelle Foi. Quand Mulla Husayn atteint Téhéran il prit une chambre dans une école religieuse. Il annonça au directeur de l'école la grande nouvelle. Mais l'homme ne voulut pas l'écouter. Il fut même dur envers Mulla Husayn.

Donc maintenant, Mulla Husayn était à Téhéran. Comment allait-il découvrir ce secret dont le Bab lui avait parlé ? A qui allait-il donner la Tablette que le Bab avait révélée ? Qui serait-il ?... Mulla Husayn n'en avait aucune idée. Mais il était certain d'une chose, Dieu l'aiderait à exécuter les ordres du Bab. Après tout, Dieu ne l'avait-il pas déjà aidé à trouver le Bab !

Tout à coup, au milieu de la nuit, on a frappé à sa porte. C'était un élève de l'école. Son nom était Mulla Muhammad. Mulla Muhammad dit qu'il avait appris combien son professeur avait été dur avec Mulla Husayn. Cela avait rendu Mulla Muhammad très triste. Il avait honte pour son professeur.

Alors Mulla Husayn posa à l'élève toutes sortes de questions.
"Quel est votre nom ? D'où êtes-vous ?" Il était de Nur, dans la province de Mazindaran. Puis il demanda si un parent de la famille du fameux Mirza Buzurg de Nur possédait un caractère aussi noble que Mirza Buzurg. Mulla Muhammad dit qu'un des fils de Mirza Buzurg a justement un caractère aussi noble que Son père. " Quelle est Sa profession ?" demanda Mulla Husayn.
"Il réconforte l'affligé et nourrit l'affamé."
"Quelle est Sa situation ?"
"Il n'a aucune situation excepté qu'Il aide et protège le pauvre et l'étranger."
"Et quel est Son nom ?"
"Husayn-`Ali."
Mulla Husayn continua ses questions. "Comment passe-t-Il Son temps?"
" Il va se promener dans les bois et apprécie la beauté des plaines."
"Quel âge a-t-Il ?"
" Vingt-huit ans."(vingt-sept ans de notre calendrier)
" Le voyez-vous souvent ?"
"Fréquemment je visite Sa maison." répondit l'élève.

Alors Mulla Husayn demanda à l'élève s'il accepterait de remettre quelque chose à Mirza Husayn-`Ali. Mulla Muhammad accepta. Il reçut la Tablette du Bab, enroulée dans un tissu. Mulla Husayn lui demanda de la remettre dès le lendemain matin. Et quand il serait de retour de venir chez lui aussi rapidement que possible et lui dire ce que Mirza Husayn-`Ali avait dit.

Aussitôt que le jour se leva, Mulla Muhammad partit pour la maison de Mirza Husayn-`Ali. Là il vit un des frères de Mirza Husayn-`Ali et lui dit pourquoi il était venu. Peu après il fut invité à rentrer. Mirza Husayn-`Ali déroula la Tablette et commença à la lire à haute voix. Quelle voix splendide Il avait et comme Il lisait merveilleusement bien! Mulla Muhammad adorait L'écouter. Quand Mirza Husayn-`Ali lut une page Il savait: ces mots viennent de Dieu, exactement comme les paroles du Coran.

Que pensez-vous ? Qui était Mirza Husayn-`Ali ? Il avait lu seulement une page des écrits du Bab et Il savait déjà que le Bab était un Messager de Dieu. Qui pouvait-Il être autre que Baha'u'llah ?

Comme Mulla Husayn fut heureux quand l'élève revint. Baha'u'llah avait envoyé un cadeau pour Mulla Husayn: un paquet de thé et du sucre. Nous penserions que c'est un présent très ordinaire mais à cette époque, c'était un cadeau très spécial. Mulla Husayn était si heureux quand il reçut ce cadeau qu'il le prit dans ses mains et l'embrassa. Il prit Mulla Muhammad dans ses bras et embrassa ses yeux.

Mulla Husayn avait atteint son but. Il avait découvert le Secret dont le Bab avait parlé. Maintenant il pourrait voyager et dire à beaucoup et beaucoup de gens que le Bab était apparu.


5. LE MESSAGER DU ROI

Quand le Bab commença à annoncer aux gens qu'un nouveau Messager de Dieu apparaîtrait bientôt Il était encore très jeune, Il avait à peine vingt-cinq ans. Mais Ses paroles avaient un pouvoir divin. Et ainsi il ne fallut que peu de temps avant que la Perse entière ait entendu parler de Lui. Même le Chah avait entendu parler de Lui. Il voulait en savoir plus sur le Bab. Aussi il envoya son serviteur le plus érudit, Vahid, se renseigner et tout connaître au sujet du Bab.

Sur le chemin, Vahid pensa aux questions qu'il allait poser au Bab. C'étaient les questions les plus difficiles qu'il pouvait trouver. Vahid n'avait jamais rencontré quelqu'un qui puisse répondre à ses questions. Est-ce que le Bab en serait capable ?

Le Bab écouta attentivement les questions de Vahid. Quelle surprise ce fut pour Vahid quand le Bab commença à répondre aux questions les plus difficiles et les plus compliquées. C'étaient les bonnes réponses. Cela Vahid en était sûr. Il sut également que lui-même n'aurait jamais été capable de les trouver. Et, il pensa, aussi, que le Bab était l'homme le plus érudit du pays.

Vahid voulut poser des questions. Il retourna auprès du Bab une seconde fois. Mais quand il voulut commencer, il avait complètement oublié ce qu'il désirait demander. Ceci ne lui était jamais arrivé auparavant. Quelques instants plus tard il entendit que le Bab parlait. A son grand étonnement, le Bab donnait les réponses aux questions que Vahid avait oubliées. Quoique Vahid n'eut rien dit, le Bab savait exactement ce qu'il allait demander.

Quand Vahid vint voir le Bab pour la troisième fois, il avait un plan. Il désirait que le Bab lui explique un chapitre du Coran. Mais il ne dirait pas quel chapitre. Si le Bab expliquait ce chapitre particulier mieux qu'il ne l'avait jamais entendu auparavant, Vahid serait certain que le Bab était un Messager de Dieu. Et alors il deviendrait Son disciple.

Mais qu'arriva-t-il ? Quand Vahid rencontra le Bab, tout son corps commença à trembler. Il ne pouvait pratiquement tenir sur ses pieds. Rapidement, le Bab vint vers lui, le prit par la main et le fit asseoir à Ses côtés. Le Bab demanda ce qu'Il pouvait faire pour lui. Mais Vahid ne pouvait prononcer un mot.

Puis le Bab demanda s'Il devait lui expliquer la sourate de Kawthar. Les larmes coulèrent sur les joues de Vahid. C'était exactement le chapitre du Coran qu'il voulait demander au Bab de lui expliquer. Quand Il eut donné une explication du chapitre du Coran, Vahid fut certain que le Bab avait un Message divin. Personne dans le monde entier ne pourrait maintenant le faire douter. Vahid devint un des disciples du Bab les plus dévoués.


6. CHACUN DEVRAIT SAVOIR

Le Bab avait dit clairement à Ses premiers disciples qu'ils devaient voyager à travers tout le pays pour faire connaître Sa Foi. Ils devaient dire aux gens que le Promis allait apparaître. Il leur dit: " Vous êtes comme le feu allumé dans les ténèbres de la nuit au sommet de la montagne. Que votre lumière resplendisse aux yeux des hommes!" On doit dire à tous que Dieu a envoyé un nouveau Messager. Après tout, qu'y a-t-il de plus important que la venue d'un nouveau Messager de Dieu ?

Le Bab n'avait que quelques années devant Lui pour préparer les gens au Jour Nouveau. Après très peu de temps Il fut emprisonné le plus loin possible de Ses disciples. Ses ennemis pensèrent qu'Il serait ainsi oublié. Mais cela ne se produisit pas. Au contraire, de plus en plus de gens crurent en Lui.

Six ans après la déclaration de Sa mission à Mulla Husayn, le Bab fut fusillé et tué par un régiment de sept cent cinquante soldats. A cette époque Il n'avait que trente ans. Le Bab savait que Son travail sur cette terre était terminé. Il avait préparé les gens à la venue du nouveau Messager de Dieu et leur avait dit de se tourner vers "Celui Que Dieu a rendu manifeste"

Que fit Baha'u'llah quand Il reçut la Tablette du Bab de Mulla Husayn ? Il enseigna la Foi du Bab, exactement comme le Bab l'avait demandé à Ses disciples. Qui pouvait, mieux que Baha'u'llah, parler du Bab ? Tous savaient en Perse qu'Il n'avait fréquenté aucune école. Ni qu'Il avait pas eu de professeur. Cependant Il était plus érudit que les théologiens qui avaient lu un grand nombre de livres.

Avant peu, beaucoup de gens crurent au Bab par l'enseignement de Baha'u'llah. Ils y avaient des hommes instruits et d'autres qui ne savaient ni lire ni écrire, des riches et des pauvres, des fermiers et des marchants. Ils sont devenus les adeptes du Bab et ils faisaient ce que Bab leur avaient demandé de faire. Ils allaient et annonçaient Sa venue à d'autres personnes. De cette façon le nombre de croyants grandissait de plus en plus.

Mais, malheureusement, il y avait aussi des gens qui ne voulaient pas croire en Lui et ne voulaient même pas Le connaître. Et savez-vous, chose étrange, qu'ils étaient le plus souvent les ulémas, les docteurs de la religion qui avaient l'habitude d'expliquer la signification du Coran aux gens: ceux-là même qui auraient dû en savoir plus !

Les ulémas dirent de mauvaises choses aux autorités sur Baha'u'llah. Ils dirent au Chah que par Lui des troubles et des rebellions envahiraient le pays. Ils continuèrent leurs mensonges jusqu'au jour où le Chah décida de faire tuer Baha'u'llah. Muhammad Shah dit à son ministre d'amener Baha'u'llah à Téhéran afin de L'emprisonner.

Baha'u'llah était dans un port quand Il entendit que le Chah voulait Le mettre en prison. Dans ce port était amarré un paquebot russe. Ses amis Lui dirent qu'Il devrait prendre le bateau et aller en Russie ainsi le Chah ne pourrait pas Le faire arrêter! Mais Baha'u'llah ne fuirait pas. Il ne se cacherait pas de ceux qui voulaient L'arrêter. Il resta où Il était.

Le jour suivant, Baha'u'llah était invité à une réunion. Il s'y rendit comme si rien n'avait d'importance. Soudain, un cavalier arriva et annonça que le Chah était mort. Maintenant les soldats ne pouvaient plus arrêter Baha'u'llah. Les ordres de Muhammad Chah n'avaient plus aucune valeur.

Baha'u'llah fit plusieurs voyages dans la région de Son enfance afin de donner les enseignements du Bab à un grand nombre de personnes. Une fois, au cours d'un de Ses voyages, Baha'u'llah vit un jeune homme assis à l'écart sur le bord de la route. Ses cheveux étaient en désordre. Il était habillé comme un derviche ou un mendiant.

Il avait allumé un feu près d'un ruisseau. Sur ce feu il faisait cuire son dîner. Pendant qu'il mangeait Baha'u'llah vint vers lui et lui demanda d'une façon amicale: " Dis moi, derviche, que faites-vous ?"
"Je mange Dieu" répondit-il sèchement. "Je rôtis Dieu et Le brûle."
Ses manières simples et faciles et sa réponse honnête et sincère impressionnèrent Baha'u'llah. Il sourit quand le derviche lui donna cette étrange réponse. Baha'u'llah l'aimait et Il resta parler avec lui.

Puis quelque chose de très étrange arriva. Baha'u'llah lui ayant parlé, ce ne fut pas long pour Mustafa - c'était le nom du derviche - de devenir une personne très différente. Soudainement il découvrit où était la vérité. Il vit la lumière de Dieu, sur Cet aimable Etranger qui lui avait parlé. Mustafa apprécia tellement ce que Baha'u'llah lui avait dit qu'immédiatement il se leva et suivit Baha'u'llah. Il en oublia même de prendre les ustensiles dans lesquels il préparait sa nourriture.

Son coeur brûlait d'amour pour Baha'u'llah. En chantant de joie il marchait derrière Baha'u'llah Qui était à cheval. " Vous êtes l'Etoile de la Direction " était ce qu'il chantait; "Vous êtes la Lumière de la Vérité. Faites-vous connaître du peuple, O Révélateur de la Vérité." Sur son chemin, Mustafa honora Baha'u'llah parce qu'il L'aimait beaucoup.

Les chants de Mustafa devinrent très familiers à beaucoup. Mais personne ne comprit exactement leurs significations. Excepté Mustafa, les gens ne savaient pas encore qui était Baha'u'llah. Qu'Il était un Messager de Dieu était encore un secret.


7. BAHA'U'LLAH AU SIYAH-CHAL

Savez-vous comment sont traités les gens en prison dans notre pays ? Naturellement, aussi bien que possible. Ils ont suffisamment à manger, ils ont un lit et leur cellule est chauffée en hiver. Ils sont en prison parce qu'ils doivent être punis. Le juge a décidé de leur punition et de la durée de leur emprisonnement. Une décision est prise afin qu'ils n'aient pas une peine trop courte mais le juge vérifie également qu'ils n'en aient pas une trop longue. Les prisonniers dans notre pays sont traités avec justice.

En Iran du temps du Bab et de Baha'u'llah, les choses étaient très différentes. Les prisonniers étaient mal traités, les prisons étaient froides et sales, la nourriture était mauvaise et souvent il n'y avait rien à manger.

Il était même possible d'être jeté en prison sans raison. C'est ce qui arriva à beaucoup de disciples du Bab. Ils n'ont jamais été devant un juge qui aurait dû décider s'ils avaient agi contre les lois de l'Iran. Ils étaient très mal traités et beaucoup d'entre eux furent torturés et tués. Pourquoi ? Parce qu'ils croyaient que le Bab était le nouveau Messager de Dieu.

Ces persécutions rendirent la vie des babis très difficile. Ils furent découragés, leurs chefs étaient partis, le Bab avait été exécuté, chaque jour ils pouvaient être arrêtés et jetés en prison ou même tués. A cause de ces troubles certains d'entre eux ne savaient réellement plus que faire.

Ceci fut le cas d'un jeune disciple du Bab qui L'avait vu avant Son exécution à Tabriz. Lui et quelques amis voulurent Le venger. Ils attaquèrent le Chah et lui tirèrent dessus. Par chance, il n'y avait pas de balle dans le fusil mais des petits plombs qui blessèrent légèrement Nasiri'd-Din Chah.

Cet attentat contre la vie du Chah eut des conséquences terribles pour les babis. Parce que l'un d'entre eux avait mal agi, tous les babis durent en souffrir. Chaque jour de plus en plus de babis étaient pris, torturés et tués. Ils n'avaient rien à voir avec l'attentat du Chah. Vous pouvez ainsi voir quelles injustices il y avait en Iran à cette époque. Les babis n'avaient pas la possibilité de prouver leur innocence. Les ennemis de la Foi firent tout ce qu'ils purent pour se venger. Ils voulurent mettre Baha'u'llah en prison car ils pensaient qu'Il était le chef des babis

Quand les amis de Baha'u'llah eurent connaissance de l'attentat, ils essayèrent de L'aider à fuir. Baha'u'llah refusa. Il savait que Sa vie était entre les mains de Dieu. Il ne voulait pas fuir. Il alla même volontiers au camp du Chah au moment où ceux-ci faisaient des plans pour L'emprisonner. Vous pouvez imaginer l'étonnement de ces gens! La personne qu'ils voulaient emprisonner était venue à eux de Son plein gré.

Du camp du Chah ils amenèrent Baha'u'llah au Siyah-Chal à Téhéran, la capitale de l'Iran. Le Siyah-Chal était une prison qui avait la réputation que si vous tombiez dedans, tout irait très mal pour vous. Baha'u'llah dut marcher pieds nus, enchaîné et tête nue sous le soleil brûlant environ vingt kilomètres jusqu'à la prison. Les gens au bord de la route se moquaient de Lui et Lui jetaient des pierres.

Le Siyah-Chal était un cachot souterrain, qui était un certain temps un réservoir d'eau. On y accédait par un passage sombre et ensuite les prisonniers devaient descendre trois marches. Le cachot était enveloppé d'une épaisse obscurité et son sol était couvert d'ordures. Il y régnait une odeur infecte. Des rats et des souris infestaient l'endroit. Il y avait environ 150 prisonniers dont certains étaient babis.

Les pieds de Baha'u'llah ainsi que ceux de Ses compagnons, étaient enserrés dans un bloc de bois. Autour du cou de Baha'u'llah était placée une lourde chaîne qui pesait 50 kilos. Jour et nuit cette chaîne pendait à Son cou et sur Ses épaules, les blessant et faisant des coupures qui Lui laissèrent des marques pour le restant de Sa vie. Les trois premiers jours et nuits Baha'u'llah n'eut rien à boire ni à manger.

Il y avait beaucoup de babis avec Baha'u'llah dans ce sombre souterrain. Que faisaient-ils dans ce cachot ? Vous pouvez difficilement l'imaginer en de telles circonstances, mais ils chantaient !! Ils chantaient un poème que Baha'u'llah leur avait appris: dans lequel ils glorifiaient Dieu et exprimaient leur confiance en Lui. Leurs voix étaient si puissantes, qu'elles transperçaient les murs du cachot. On pouvait même les entendre du palais du Chah.

Que signifie ce bruit ? demanda le Chah à ses serviteurs.

Ceux sont les babis qui chantent dans leur prison, lui répondit-on.

Mais le Chah ne fit rien pour libérer les prisonniers innocents.

La famille de Baha'u'llah Lui préparait de la nourriture. Ils demandèrent aux gardiens de la prison s'ils pourraient la donner à Baha'u'llah. Au début les gardiens ne voulurent rien entendre mais comme la famille insista, ils leur donnèrent la permission. Cependant, la Famille n'était jamais sure qu'Il mangeait. Que faisait Baha'u'llah ? Malgré Sa faim, Il donnait la nourriture à Ses amis prisonniers qui mouraient presque de faim.

Une nuit, Baha'u'llah fut réveillé par Mirza "Abdu'l-Vahhab de Chiraz. Cet homme était attaché à Lui par de lourdes chaînes. Il avait fait un rêve et il voulait le raconter à Baha'u'llah. Il dit que dans son rêve il flottait dans un espace qui était très grand et très beau. Il lui semblait avoir des ailes et il pouvait aller où il lui plaisait. Une sensation de réel plaisir remplissait son être. Il avait plané au-dessus de cet immense espace avec une telle rapidité et si facilement qu'il ne pouvait le décrire.

Baha'u'llah dit à `Abdu'l-Vahab que ce serait son tour ce jour même d'offrir sa vie pour sa Foi. Baha'u'llah lui promit que s'il restait inébranlable jusqu'à la fin, il se retrouverait dans cet espace éternel qu'il a vu dans son rêve; avec la même rapidité et la même facilité il atteindrait le royaume de souveraineté immortelle.

Comme cela se produisait chaque jour, un des gardiens de la prison est venu chercher un des babis pour l'exécuter. Que pensez-vous ? Quel nom fut appelé ? Le nom de `Abdu'l-Vahab!

Pendant que Baha'u'llah était dans cette prison horrible et sombre, quelque chose d'incroyable Lui arriva. Une nuit, dans un rêve, Baha'u'llah entendit des paroles merveilleuses venant de toutes parts. Elles Lui disaient qu'Il triompherait, qu'Il ne devait pas être effrayé par ce qui Lui était arrivé et qu'Il était en sécurité. Dans ce trou noir, le Siyah-Chal, Dieu annonça à Baha'u'llah qu'Il était le nouveau Messager divin dont le Bab avait si souvent annoncé la venue. Dans une Tablette qu'Il révèlera plus tard, Baha'u'llah nous a décrit cet événement formidable.

"Tandis que Je sombrais sous le poids des afflictions, J'entendis une voix merveilleuse et infiniment douce qui M'appelait au-dessus de Ma tête. Levant les yeux, J'aperçus une Créature virginale - personnification du souvenir du nom de mon Seigneur - qui flottait en l'air, devant Moi. Elle ressentait tant de joie en son âme que son expression resplendissait du bon plaisir de Dieu, et que son visage rayonnait de la clarté du Très-Miséricordieux. Entre ciel et terre, elle lançait un appel qui captivait le coeur et l'esprit des hommes. Elle Me fit part, d'une façon à la fois objective et subjective, de nouvelles qui réjouirent Mon âme et celle des serviteurs estimés de Dieu.

Montrant Ma tête du doigt, elle s'adressa à tous ceux qui sont au ciel et à tous ceux qui sont sur terre en ces termes: 'Au nom de Dieu, voici la Beauté de Dieu parmi vous, et la puissance de sa souveraineté est en vous, si seulement vous pouviez le comprendre. Celui-ci est le Mystère de Dieu et son Trésor, la Cause de Dieu et sa Gloire, pour tous ceux qui sont dans les royaumes de la Révélation et de la création, si vous êtes de ceux qui le perçoivent'.

Dans cette vision, Dieu annonça à Baha'u'llah qu'Il était en sécurité. Mais en apparence il n'y en avait aucun signe. La mère du Chah désirait que l'attentat de son fils soit vengé. Elle n'était pas satisfaite par la mort de tous les babis qui avaient déjà été exécutés. Elle pensait que c'était Baha'u'llah qui avait comploté l'attentat et elle exhortait les autorités à ordonner Son exécution. Les ennemis de la Foi firent tout leur possible pour l'aider. Ils désiraient être dans ses petits papiers. Et que firent-ils? Un jour lorsque la famille apporta la nourriture pour Baha'u'llah, en secret, les ennemis y mélangèrent du poison. Baha'u'llah mangea la nourriture empoisonnée et devint très malade, mais Il ne mourut pas. Sa santé en fut altérée durant des années.

Les ennemis demandèrent aussi à un jeune babi nommé Azim si Baha'u'llah avait été le chef du groupe qui avait tenté l'assassinat du Chah. Mais Azim répondit que c'était lui qui avait encouragé un autre jeune à assassiner le Chah. Il dit qu'il attendait ardemment la vengeance de la mort du Bab. Vous pouvez imaginer ce qui arriva à Azim: il fut tué.

Après la mort de Azim ceux qui voulaient se venger de l'attentat étaient plus ou moins satisfaits; les cris de vengeance se calmèrent. Il devint évident également clair que Baha'u'llah n'avait rien à voir avec cet attentat. Le Premier ministre envoya chercher Baha'u'llah, qui était toujours prisonnier dans le Trou noir. D'abord on Lui offrit des vêtements neufs, mais Il ne les accepta pas. Baha'u'llah alla directement au bureau du Gouverneur portant les vêtements souillés par les conditions de la prison.

Savez-vous la première chose que le Premier Ministre osa dire à Baha'u'llah ? Si Baha'u'llah avait suivi son avis et ne s'était pas engagé dans la Foi du Bab, Il n'aurait jamais été traité aussi indignement. Baha'u'llah répondit immédiatement que si le Premier ministre L'avait écouté, les affaires du Gouvernement ne seraient pas dans un tel état.

Alors le Premier Ministre demanda ce qu'il devait faire. Baha'u'llah lui répondit qu'il devrait donner ordre aux gouverneurs des provinces d'arrêter de persécuter les babis innocents, de piller leurs maisons et de nuire à leurs enfants.

Le jour même les ordres furent donnés d'arrêter ces actes cruels et honteux. Le Ministre écrivit que cela suffisait. On devait arrêter de persécuter et d'emprisonner les babis. Et ainsi, les atroces persécutions s'arrêtèrent enfin. Baha'u'llah fut immédiatement relâché et quitta le Siyah-Chal.


8. A BAGDAD

Quelle joie pour Sa famille quand Baha'u'llah fut libéré. Enfin Il était de retour chez Lui et ils étaient à nouveau réunis.

Pour Navvab, la femme de Baha'u'llah et les enfants cela avait été terrible. Chaque jour on venait chercher un babi de la prison et on l'exécutait. Navvab ne savait que trop bien qu'un jour ce pourrait être son Epoux.

Les ennemis de la Foi lui rendirent la vie très difficile après qu'ils eurent jeté Baha'u'llah en prison. Elle et ses enfants furent chassés de la grande et belle maison où ils habitaient. Les biens de la famille furent volés ou détruits. Leurs amis et leurs serviteurs effrayés les quittèrent. Navvab n'a pu prendre avec elle que le minimum et a dû le vendre. Avec l'argent qu'elle reçut, elle dut payer les gardiens de la prison afin de pouvoir donner de la nourriture à Baha'u'llah. Ils ne l'auraient jamais permis s'ils n'avaient pas touché de l'argent.

A Sa sortie de prison, Baha'u'llah resta dans la maison d'une cousine, Maryam. Il était très malade. Comme vous le savez, on avait essayé de L'empoisonner et les lourdes certaines personnes se mirent en avant et déclarèrent qu'elles étaient le Promis annoncé par le Bab. Les pauvres babis étaient encore plus troublés par cela.

Quand Baha'u'llah arriva à Bagdad Il était gravement malade; tellement malade, que certains pensaient qu'Il allait mourir. Heureusement, Il guérit. Aussitôt qu'Il le put, Baha'u'llah commença à enseigner et à encourager les croyants et à les conseiller. Très vite, Baha'u'llah fut respecté de plus en plus chaque jour. Il eut de plus en plus d'amis et d'admirateurs, un d'entre eux était le gouverneur de Bagdad.

Cela rendit très heureux tous ceux qui aimaient Baha'u'llah. Mais il y avait les autres qui n'aimaient pas cela. Ils étaient jaloux ! Un d'entre eux était Mirza Yahya.

Mirza Yahya était le jeune demi-frère de Baha'u'llah. Quand leur père mourut, Mirza Yahya avait neuf ans. Baha'u'llah s'occupa de lui comme un père.

Quand le Bab était encore vivant, Il demanda à Mirza Yahya de guider la communauté babie. Le Bab n'avait pas fait cela parce que Mirza Yahya était la personne capable de diriger la Foi. Il avait pris cette décision pour détourner l'attention des ennemis de la Foi de Baha'u'llah. Le Bab savait Qui était Baha'u'llah et Il voulait que Sa vie soit protégée. Après tout, c'était l'époque pendant laquelle des milliers de babis furent tués pour leur Foi.

Le Bab, lui-même, savait que Mirza Yahya n'était pas la personne capable de diriger les babis. Bientôt ceci devint évident, car quand Mirza Yahya eut connaissance du martyre du Bab, il partit dans les montagnes. Quand il sortait parmi la foule il se déguisait afin de ne pas être reconnu. Si les gens venaient à lui avec des questions, il ne répondait pas correctement. Profondément déçus, ils rentraient chez eux.

Cependant Mirza Yahya insistait pour être le dirigeant des babis. Il essaya de les persuader à le reconnaître comme le chef. Mais les disciples du Bab étaient plus sages. Ils n'attachaient aucune importance à Mirza Yahya. Ils savaient depuis longtemps qu'il ne serait jamais leur chef. Ceci rendit Mirza Yahya encore plus envieux. Il essaya de semer la discorde parmi les babis. Il leur raconta aussi des choses odieuses mais absolument fausses sur Baha'u'llah.

Baha'u'llah souffrit beaucoup à cause des ennemis de la Foi. Il n'y a pratiquement rien qu'ils n'aient fait pour persécuter les disciples et détruire la Foi! Mais Baha'u'llah souffrit beaucoup plus de ceux qui se disaient croyants mais travaillaient de toute leur force contre Lui. Ils firent cela parce qu'ils étaient ambitieux et jaloux. Ils désiraient les honneurs qui n'étaient pas pour eux ou être des chefs, même s'ils étaient incapables de diriger. Personne ne pourra jamais comprendre la douleur de Baha'u'llah. Baha'u'llah écrivit que Sa tristesse sur tout ce que Lui fit Mirza Yahya était plus grande que celle d'une mère qui aurait perdu son enfant.

Baha'u'llah sentait que beaucoup de choses plus graves pourraient arriver. Pour cette raison Il décida de quitter Bagdad. Et, un matin quand Sa famille se réveilla, ils découvrirent que Baha'u'llah avait disparu. Personne ne savait où Il était.


9. SEUL DANS LES MONTAGNES

Très loin, sur les hauteurs de la montagne, vivait un homme seul, un derviche. D'où il venait, personne ne le savait. Il se faisait appeler Muhammad le derviche. On savait seulement qu'Il était très bon avec tous. S'Il voyait quelqu'un rempli de tristesse, Il allait tout de suite l'aider.

Une fois Il vit un garçon assis sur le bord de la route, pleurant. Il voulut le réconforter et lui demanda pourquoi il pleurait.

"Oh ! Monsieur, répondit le garçon, le maître m'a puni parce que mon écriture est mauvaise. Je ne peux pas écrire correctement et maintenant je n'ai même pas de copie. Je n'ose pas retourner à l'école..."

"Ne pleure plus, dit le derviche. Je vais écrire quelque chose pour toi et te montrer comment le recopier. Puis tu pourras le montrer à ton maître."

Quand le maître vit comment la copie avait été aussi magnifiquement écrite, il fut très étonné. Il n'avait jamais vu une si belle écriture.

"Qui t'a donné ceci ? " dit le maître au garçon.
"Le derviche sur la montagne l'a écrite pour moi."
"Celui qui a écrit cela n'est pas un derviche mais un roi " dit le maître.

Vous avez déjà deviné, naturellement, que nous parlons de Baha'u'llah. Quand Il quitta la maison de Bagdad, au milieu de la nuit, sans que personne ne Le voit, un de Ses serviteurs partit avec Lui. Mais il fut tué par des voleurs tout de suite et Baha'u'llah resta seul. Il marcha longtemps dans le désert jusqu'à ce qu'Il trouva un endroit où pratiquement personne ne pouvait vivre. Quelques paysans y venaient une ou deux fois par an: au printemps pour semer, et à la fin de l'été pour moissonner.

Baha'u'llah passa la plus grande partie de son temps au sommet de la montagne. Là Il vivait dans une cabane que les paysans utilisaient comme abri quand le temps était mauvais.

Ce fut une période difficile pour Baha'u'llah. Il arriva plus d'une fois qu'Il n'ait rien à manger. Il était aussi très triste de ce qu'avait fait Mirza Yahya. Des années plus tard, Baha'u'llah a écrit au sujet de cette période dans le Livre de la Certitude: "Les larmes coulaient de mes yeux, et le sang de mon coeur: combien de nuits ai-je passées à jeun, et combien de journées sans repos ! Malgré toutes ces calamités et ces afflictions continuelles, je jure par Celui qui tient mon âme entre ses mains, que je n'ai jamais été plus heureux: j'ai connu le vrai bonheur et la joie parfaite, car je n'avais pas le spectacle des malheurs, des soucis, des maladies de chacun. Réfugié en moi-même, je ne m'occupais que de Dieu..."

Pensez-vous qu'il fut possible pour Baha'u'llah de rester inaperçu dans cet endroit isolé où ne vivait presque personne? Quelqu'un découvrirait-il tôt ou tard que le derviche Muhammad était un Etre exceptionnel ?

Imaginez une pièce si sombre que vous ne pouvez même pas voir votre main. Puis quelqu'un allume une lampe dans cette pièce. Tout d'un coup tout devient différent. Alors vous pouvez voir où sont placées les tables et les chaises, vous voyez les photos sur les murs et beaucoup d'autres choses. Le fait d'allumer la lampe a changé la pièce entière. Et que pouvez-vous voir en premier ? la lampe.

Il en était ainsi quand Baha'u'llah vivait dans le désert. Sa lumière divine ne pouvait pas rester cachée. Quelqu'un qui habitait dans une maison des environs, Le découvrit après avoir rêvé du Prophète Muhammad. Il en parla à quelques dirigeants de la ville de Sulaymaniyyih. Un d'entre eux vint voir Baha'u'llah et, après une longue conversation, obtint qu'Il descende en ville et y habite.

Au début personne ne pensait que le derviche Muhammad avait une sagesse ou une connaissance exceptionnelle car Il parlait peu, mais ceci changea rapidement. Les étudiants et les érudits commencèrent à Lui poser des questions. Il pouvait répondre même aux questions les plus difficiles sur lesquelles ils avaient réfléchi des années. Ils s'asseyaient en silence, remplis d'admiration. Et quand Il écrivit un poème qui était plus beau et meilleur que les poèmes du fameux Ibnu'l-Farid, ils furent entièrement convaincus de Sa grandeur.

Maintenant toutes sortes de gens venaient Lui rendre visite: les kurdes, les iraniens, les arabes, les érudits et ceux qui pouvaient à peine lire et écrire, les riches et les pauvres. Ils aimaient être en Sa présence et L'entendre parler. Et, s'ils avaient quelques problèmes ils le Lui disaient, et le derviche Muhammad leur montrait la façon de les résoudre. Les gens voulaient qu'Il reste à Sulaymaniyyih pour toujours. Mais cela serait-il possible ?chaînes autour de Son cou avaient laissé des blessures profondes et douloureuses. Maryam et Navvab Le soignèrent du mieux qu'elles purent. Mais Baha'u'llah était à peine sorti de prison qu'une nouvelle calamité s'abattit sur Lui et Sa famille. Le Chah leur donna l'ordre de quitter l'Iran; dans un mois ils devaient avoir quitté Téhéran. Cependant, seul Baha'u'llah pouvait décider du pays où Il irait.

Quand le consul de Russie entendit cela il suggéra que Baha'u'llah aille en Russie. Là, Il pourrait vivre librement et sans être inquiété. C'est ce consul qui avait tout essayé, quand Baha'u'llah était dans le Siyah-Chal, pour Le faire sortir. Cette personne voulait une fois de plus L'aider. Il offrit à Baha'u'llah la protection du gouvernement russe et mit à Sa disposition tout ce dont Il aurait besoin pour Son voyage en Russie.

Baha'u'llah accepterait-il cette offre ? S'Il disait oui, Sa vie deviendrait plus facile. Mais pendant que Baha'u'llah était enfermé dans le Trou Noir, Il avait souvent pensé aux actions des babis et à leur situation. Il se demandait comment des personnes si nobles et intelligentes avaient été poussées à commettre un attentat contre le Chah. Dans la prison Baha'u'llah avait pris la décision de se consacrer sincèrement à la rééducation des babis. Dans Sa sagesse impénétrable, Baha'u'llah choisit d'aller à Bagdad et non en Russie.

En été, l'Iran est un pays chaud, mais pas en hiver. Alors, il peut faire très froid, spécialement dans les montagnes. Et c'était juste au milieu d'un hiver très rigoureux que Baha'u'llah et Sa famille durent entreprendre leur voyage vers Bagdad. Ils ne purent même pas s'acheter des vêtements chauds pour se protéger du froid.

Donc ils partirent pour Bagdad au milieu de l'hiver, en janvier, à travers les montagnes enneigées. Baha'u'llah était toujours malade. Le temps avait été trop court pour qu'Il puisse se remettre des souffrances endurées dans cette terrible prison. Plus tard, quand Il arriva presque à la fin de Sa vie terrestre, Baha'u'llah a décrit Son voyage." Il se fit, Il écrivit, un moment où le froid était si intense qu'on ne pouvait pas parler, et la glace et la neige si abondantes qu'il était impossible de bouger."

Baha'u'llah ne parla à personne de la vision qu'Il eut au Siyah-Chal dans laquelle une Créateur Virginale Lui apparut. Cependant les gens disaient qu'Il avait beaucoup changé. Un pouvoir qui n'avait jamais été vu avant se dégageait de Lui. Les gens s'en étaient aperçus sans pouvoir l'expliquer.

Quelques croyants loyaux et dévoués eurent vaguement conscience de la transformation de Baha'u'llah et du grand secret qui émanait de Lui. Ils voulaient le dire à tous mais Baha'u'llah les en empêcha. Il leur ordonna de ne rien dire pour le moment. Le temps n'était pas encore venu pour cela. Il fallut dix bonnes années avant de le dévoiler. Vous savez, j'en suis sûre, le nom du Jardin où Baha'u'llah annonça qu'Il était le Messager de Dieu pour notre temps. C'était le Jardin de Ridvan !

Baha'u'llah avait quitté l'Iran, le pays de Sa naissance, pour toujours. Il n'y retournerait jamais. Les ennemis de la Foi pensaient que les choses allaient se calmer en Iran et que la Foi du Bab s'éteindrait. Mais ils se trompaient. En bannissant Baha'u'llah, Nasiri'd-Din Chah a aidé à réaliser le Plan de Dieu. Après tout, personne ne pouvait le retenir. Le bannissement de Baha'u'llah permit que la Foi s'étende à travers la monde avec plus de force que jamais.


10. LA TRISTESSE DE BAHA'U'LLAH

Vous souvenez-vous de ce que Baha'u'llah avait décidé en quittant la prison ? de rééduquer les babis. Il voulut faire cela à Bagdad.

Les babis avaient de graves difficultés. Le Bab avait été exécuté à Tabriz. Mulla Husayn, Quddus, Tahirih et beaucoup d'autres grands babis avaient été tués. Il n'y avait vraiment personne vers qui ils pouvaient se tourner pour demander des conseils. En très peu de temps ils avaient beaucoup changé. Au début, après la déclaration du Bab, ils étaient des gens nobles et honnêtes qui auraient tout donné pour leur Foi, même leur propre vie. Plusieurs babis étaient morts en martyrs. Mais maintenant ils avaient peur; ils ne se rencontraient que secrètement.

Ils étaient divisés. L'unité qu'ils auraient dû avoir était presque inexistante. Le Bab avait prophétisé que "Celui que Dieu rendrait manifeste" apparaîtrait bientôt. C'était Baha'u'llah mais cela ne devait pas encore être connu. Pendant cette période


11. ENFIN DE RETOUR

Il y avait maintenant longtemps que Baha'u'llah avait quitté Sa maison. Sa famille ne savait toujours pas où Il était. Navvab, la femme de Baha'u'llah, et leurs enfants Bahaiyyih Khanum et `Abdu'l-Baha, étaient très tristes.

Mais il y avait quelqu'un qui n'était pas triste parce que Baha'u'llah était parti. C'était Mirza Yahya. Après tout, il désirait que les babis le voient lui comme un chef et non Baha'u'llah. Maintenant que Baha'u'llah était au loin il avait sa chance.

Baha'u'llah savait très bien que Mirza Yahya était heureux. Mais plus tard, Il expliqua pourquoi Il était parti au loin. Son départ était en réalité un test. Si Mirza Yahya était le vrai chef cela serait devenu clair et il aurait alors été capable de diriger les babis. Ils auraient donc consulté Mirza Yahya pour leurs problèmes et il les aurait aidés à les résoudre. Mais Mirza Yahya pouvait-il réellement être le chef des babis ?

Mirza Yahya vivait dans la maison de la famille de Baha'u'llah. Ils firent tout leur possible pour lui plaire car c'était ce que Baha'u'llah leur avait demandé. Mais il n'était pas une personne reconnaissante. Il faisait toujours des remarques sur la nourriture. Et il n'aidait jamais à la maison; même pas pour les gros travaux, comme aller chercher de l'eau dans le puits. Il laissait ceci à Navvab et à Bahaiyyih même si elles avaient à peine la force de soulever le lourd seau d'eau.

Mirza Yahya était effrayé. Il avait peur d'être pris et jeté en prison. Il ne pensait qu'à sa propre sécurité. Bahaiyyih n'était pas autorisée à jouer avec les enfants du voisinage. Son petit frère, qui était né quelques mois après leur arrivée à Bagdad, tomba malade. Mais Mirza Yahya ne permettait à personne de venir le voir, même pas au docteur. Et quand le petit garçon mourut, ils n'eurent pas la permission d'organiser des funérailles. Ils durent donner son corps à un homme et ils ne surent jamais où l'enfant fut enterré.

Quand ils déménagèrent pour une autre maison. Mirza Yahya n'alla pas avec eux. Il était beaucoup trop effrayé d'être vu et alla vivre seul dans une petite maison. Tout le monde était heureux d'être débarrassé de lui.

Très vite, il devint évident que Mirza Yahya n'était pas un grand chef. Au lieu de guider le peuple vers Dieu il leur enseigna des actions mauvaises. Il fit même assassiner Mirza 'Ali-Akbar, un cousin du Bab. Il dit aux babis que durant la nuit ils devaient voler tous les biens des pèlerins musulmans qui arrivaient dans la région.

Les babis ne s'entendaient plus. Ils étaient divisés. En très peu de temps ils eurent une mauvaise réputation. Ils étaient en disgrâce. Ils n'osaient plus sortir. Il était donc clair que Mirza Yahya ne pourrait jamais inspirer une nouvelle vie à la Foi ou donner l'espoir aux babis. Non, en fait c'est le contraire qui se produisit !

La famille et les amis fidèles de Baha'u'llah attendaient avec de plus en plus d'impatience Son retour. Où pouvait-Il bien être ? Dès qu'ils le pouvaient, ils essayaient de découvrir la moindre chose Le concernant. Mais ils échouèrent toujours. `Abdu'l-Baha en particulier languissait de son Père. Il était terriblement triste de Sa disparition. Une fois il fit la même prière toute la nuit pour le retour de son Père.

Le jour suivant, `Abdu'l-Baha et son oncle Mirza Musa ont rencontré deux personnes qui leur parlèrent d'un personnage admirable qui vivait en derviche dans les montagnes désertes de Sulaymaniyyih. Ils L'appelaient "Celui qu'on ne peut nommer". Grâce à Son amour, tout le monde dans cette région L'aimait. Quand ils entendirent cela, `Abdu'l-Baha et Mirza Musa surent immédiatement que le derviche devait être Baha'u'llah!

Deux amis fidèles entreprirent le voyage à la recherche de Baha'u'llah. Quand ils arrivèrent à Sulaymaniyyih ils s'aperçurent combien Il était respecté de tous. Même les plus intelligents venaient vers Lui et écoutaient Ses sages leçons et Lui demandaient conseil. Ces gens furent très tristes en entendant que le Derviche Muhammad voulait les quitter.

"Oh Maître, ils disaient. Est-ce que nous ne Vous reverrons plus ?" Baha'u'llah les rassura et leur dit qu'ils pourront venir Lui rendre visite à Bagdad.

Avec beaucoup d'enthousiasme, la famille attendait à Bagdad le retour de leur Père. Navvab fit un splendide manteau de riche tissu persan pour Baha'u'llah. C'était une des quelques pièces qui restaient de son trousseau.

Enfin, Il arriva. Ils entendirent des pas et un moment après un derviche entra. Malgré le déguisement ils reconnurent leur Père.

Comme ils étaient heureux qu'Il fut de retour! `Abdu'l-Baha était sûrement le plus heureux d'entre eux. Il enfouit sa tête dans les vêtements de son Père. Il prit Sa main et la serra très fort. C'était comme s'il ne Le laisserait jamais partir.

Alors Sadiq fit cette remarque: "Comment celui qui possède un tel trésor peut-il être appelé pauvre ?"


12. LE GRAND CHANGEMENT

C'aurait pu être un jardin splendide. Le meilleur jardinier au monde y travaillait. Les fleurs les plus belles auraient pu y fleurir. Mais, hélas, il y avait un jaloux qui pensait être le meilleur jardinier. Une nuit, il détruisit tout le travail du vrai jardinier; il piétina les fleurs, arracha les jeunes plants et sema des mauvaises herbes partout. Ceci rendit le vrai jardinier très triste. Il ne pouvait pas travailler ainsi. Il pensa: "Si l'autre croit qu'il peut faire mieux que moi, laissons-le essayer." Et il partit.

Le mauvais jardinier était maintenant abandonné à ses propres moyens. Mais pensez-vous qu'il puisse faire le travail ? Naturellement non ; il ne pouvait se débrouiller seul. En très peu de temps le jardin fut dans un état lamentable. Personne ne venait le visiter. Il fut changé en un désert sauvage.

Alors les gens souhaitèrent le retour du vrai jardinier. Après de nombreuses recherches ils le trouvèrent et lui demandèrent de reprendre le jardin en main.

Le vrai jardinier fut choqué quand il vit un désert de ce dont il avait désiré faire un jardin splendide. Il se remit au travail. Il fallut peu de temps pour que le jardin commence à changer. Les premières fleurs parfumées s'épanouirent. Bientôt le jardin fut en parfait état. Les mauvaises herbes avaient disparu et de plus en plus de belles fleurs et des arbrisseaux y poussaient. Et les gens vinrent à nouveau pour l'admirer. Il en vint de plus en plus. Après quelques années le jardin était si magnifique et connu que des gens vinrent de loin pour l'admirer. C'était devenu le jardin des délices.

C'est ce qui arriva aux babis. Quand Baha'u'llah revint des montagnes de Sulaymaniyyih vers Bagdad, Il vit que les babis avaient perdu leur foi. Cela Le rendit très triste. Mais, encore une fois, Il commença à les enseigner et à leur montrer le chemin de Dieu. Il leur apprit à redevenir des hommes honnêtes et sur lesquels on peut Lui rendre visite. En réalité ceci était très étrange. Baha'u'llah n'avait pas encore dit qu'Il était le Promis, Celui dont le Bab avait annoncé la venue pour bientôt. Cependant les babis faisaient le voyage dangereux vers Bagdad pour être avec Baha'u'llah, si grande était Sa force d'attraction pour eux. Ils sentaient qu'Il était plus qu'une personne ordinaire.

Il y avait d'autres visiteurs. Ceux-ci étaient les érudits de Sulaymaniyyih. Ils avaient appris à connaître Baha'u'llah quand Il habitait dans leur ville comme un derviche. Ils L'avaient souvent écouté et Lui avaient soumis leurs problèmes. Ils furent très ennuyés quand Baha'u'llah les quitta. Mais, heureusement, Il les avait invités à Lui rendre visite à Bagdad dans la maison de Mirza Musa, le babi. Et Il était tout juste revenu à Bagdad quand ils commencèrent à arriver.

Tous ces visiteurs rendirent les habitants de Bagdad très curieux. Ils se demandaient qui était Celui que les visiteurs venaient voir. Ils vinrent se rendre compte et peu après de nombreuses personnes de Bagdad furent attirées vers Baha'u'llah comme par un aimant. Même les savants de Bagdad vinrent Lui rendre visite et Lui poser des questions. Les réponses données par Baha'u'llah étaient si brillantes qu'ils devinrent Ses admirateurs. Même des princes Lui rendirent visite. Et le Consul de Grande Bretagne qui représentait son pays à Bagdad a écrit des lettres à Baha'u'llah et Lui a offert sa protection. Il était prêt à transmettre tout message que Baha'u'llah désirerait adresser à la Reine Victoria.

Baha'u'llah avait une très grande influence sur les gens. En Sa présence ils se sentaient inimaginablement heureux. Il fit sortir de chacun le meilleur de lui-même et grâce à Lui ils développaient leurs meilleures qualités telles que la gentillesse, l'honnêteté, la piété, l'humilité, l'abnégation. Baha'u'llah leur apprit à se soumettre à la volonté de Dieu.

Les croyants, malgré leurs modestes revenus, organisaient des fêtes joyeuses en l'honneur de Baha'u'llah. De telle façon que les rois de la terre n'en avaient jamais rêvée de pareilles. Les croyants qui avaient été très proches de Baha'u'llah étaient si profondément touchés et si heureux que tout dans ce monde leur paraissait sans importance.

Un d'entre eux écrit plus tard sur ces jours heureux: Plusieurs nuits plus de dix personnes vécurent sur moins d'un centime de dattes. Personne ne savait réellement à qui appartenaient les chaussures, les vêtements ou les tuniques qui se trouvaient dans leurs maisons. Qui allait au bazar pouvait dire que les chaussures qui étaient à ses pieds étaient les siennes et celui qui était en présence de Baha'u'llah pouvait affirmer que le vêtement et la tunique qu'il portait alors lui appartenaient.

Ils oubliaient leurs propres noms, leurs coeurs étaient vides de tout excepté de leur adoration pour leur Bien-Aimé....

Ô, pour la joie de ces jours, et pour l'allégresse et le prodige de ces heures!

Comme tout avait changé depuis le retour de Baha'u'llah.
Il n'y avait, maintenant, aucune trace du désordre qui avait été créé durant le temps où Mirza Yahya devait diriger la Foi. Il était évident pour les babis de savoir qui était leur vrai Chef. Il ne pouvait plus y avoir de doute possible!

Moins d'un an après le retour de Baha'u'llah à Bagdad, les babis furent une fois de plus les croyants ardents qu'ils avaient été du temps du Bab. Maintenant les gens les respectaient au lieu de les insulter dans la rue. De nouveau, ils étaient heureux, maintenant que leur Chef était de retour parmi eux.

Quand les babis, en Iran, apprirent que Baha'u'llah était de retour à Bagdad, ils vinrent


13. LE LIVRE DE LA CERTITUDE

Haji Mirza Siyyid Muhammad ne pouvait pas le croire. Naturellement il pouvait voir que son Neveu était différent des autres. Mais de croire que le Fils de sa soeur était le Qa'im, le Promis qu'attendaient depuis si longtemps les disciples de Muhammad, qui priaient chaque jour pour Sa venue - cela était trop pour lui.

C'était différent pour son frère Haji Mirza Siyyid 'Ali car dès qu'il sut que le Bab s'était déclaré comme un Messager de Dieu, il était devenu tout de suite un de Ses disciples. Il a consacré avec amour le reste de sa vie à la nouvelle Foi. Quelques mois avant l'exécution du Bab à Tabriz, cet oncle a sacrifié sa propre vie pour la Cause.

Naturellement Haji Mirza Siyyid Muhammad fut très triste de ce qui était arrivé aux membres de sa famille. Son frère et son Neveu ont tous deux étaient exécutés. Sa soeur, la mère du Bab, a dû partir vivre loin en Iraq car elle ne pouvait plus supporter de rester à Chiraz où elle avait vécu avec son Fils.

Souvent il parlait aux autres de la prétention du Bab, même aux babis, qui alors essayaient d'effacer ses doutes. Les gens continuaient à essayer de le convaincre que son Neveu était le Qa'im promis. Jusqu'à ce qu'un des disciples du Bab dit que la même chose s'était produite au temps de Muhammad: un des oncles de Muhammad ne pouvait pas croire que son Neveu était un Messager de Dieu ; cependant c'était vrai. Le disciple du Bab dit alors à Haji Mirza Siyyid Muhammad qu'il devrait faire lui-même une recherche pour savoir si oui ou non le Bab était un Messager de Dieu. Après tout, Dieu pouvait faire de son Neveu le Qa'im promis, n'est-ce pas ?

Haji Mirza Siyyid Muhammad fut très bouleversé par ces paroles. "Que dois-je faire maintenant ?" demanda-t-il.

Le croyant avec qui il parlait lui suggéra d'aller à Bagdad et de rendre visite à Baha'u'llah. Il fut d'accord que c'était la meilleure chose à faire.

Quand il alla voir Baha'u'llah il fut cordialement reçu. Haji Mirza Siyyid Muhammad sentit combien c'était merveilleux d'être en présence de Baha'u'llah. Il écrivit à son fils qu'il aimerait pouvoir rester pour toujours auprès de Lui. Encore et encore, les Paroles de Baha'u'llah le rendirent heureux. Il demanda à Baha'u'llah de lui dire la vérité sur le Message du Bab. Baha'u'llah accepta sa demande. Il demanda à l'oncle du Bab de faire une liste de toutes les questions qui réclamaient une réponse. Haji Mirza Siyyid Muhammad commença immédiatement et le jour suivant il avait écrit toutes ses questions.

Baha'u'llah donna des réponses détaillées aux questions En moins de deux jours et deux nuits Il avait révélé un livre d'environ 260 pages. Baha'u'llah appela, plus tard, ce livre le Kitab-i-Iqan. En français nous l'appelons le Livre de la Certitude.

Dans ce livre, Baha'u'llah explique le fait que chaque fois que Dieu envoie un nouveau Messager les gens refusent de l'accepter. Moise fut rejeté par les égyptiens, Jésus par les juifs et cela prit beaucoup de temps avant que les arabes croient en Muhammad. Les gens disent qu'ils attendent la venue du nouveau Promis. Même ils demandent à Dieu de L'envoyer rapidement. Mais quand Il vient ils ne croient pas en Lui.

Quand un nouveau Messager de Dieu apparaît, les choses sont toujours différentes de ce que nous attendions. Les gens veulent qu'Il dise les choses qu'ils désirent entendre, et qu'Il fasse les choses selon leurs espérances. Les juifs voulaient que Jésus les délivre des mains des romains qui avaient conquis Israël ; ils désiraient qu'Il soit réellement un roi terrestre.

Un Messager de Dieu vit comme une personne ordinaire qui mange, boit et dort. Quand ils Le voient, la plupart des gens ne remarquent rien de spécial en Lui. Ils se demandent comment une telle personne pourrait être envoyée par Dieu. Il était exactement comme eux, n'est-ce pas ? Certainement Il ne pouvait pas être le Messager promis pour guider son peuple et le ramener vers Dieu. Alors ils se détournent de Lui car Il n'est pas comme ils l'attendaient. Ils sont même allés plus loin: ils ont dit qu'Il était un incroyant car Il ne gardait pas les lois qui étaient en vigueur dans leur pays depuis des centaines d'années. Et ils L'ont persécuté; parfois même ils L'ont mis à mort!

Baha'u'llah explique dans le Livre de la Certitude que les gens doivent devenir des chercheurs de la Vérité. Ils ne doivent pas suivre les autres aveuglément, ou croire automatiquement ce que les autres disent ou se laisser conduire dans la mauvaise direction par leur critique. Celui qui recherche la Vérité doit mettre sa confiance en Dieu. Alors la différence entre la vérité et le mensonge sera aussi claire pour lui que la différence entre la lumière et l'ombre.

Essayez d'imaginer ce qu'il adviendrait si le soleil ne paraissait plus. A quoi ressemblerait la terre ?

Elle serait sombre et froide. Les arbres, les fleurs, les fruits et les animaux disparaîtraient. Il n'y aurait plus ni lumière et ni chaleur et toutes les choses mouraient. En peu de temps il n'y aurait plus de vie. La terre deviendrait une planète morte.

Que serait-il arrivé aux hommes si Dieu n'avait pas envoyé Ses Messagers ? Nous n'aurions pas su comment vivre. Car, de même que le soleil aide les arbres et les plantes à pousser sur la terre, les Messagers de Dieu, par leur connaissance et leur amour, aident les hommes à se développer. Ils sont les Educateurs de l'humanité.

Les Messagers sont des sources d'amour pour l'humanité. Ils nous aiment plus que quiconque sur cette terre. Par Eux pour apprenons que nous devons aimer Dieu. Et que nous devons nous aimer les uns les autres.

Les Messagers de Dieu sont aussi des sources de connaissance pour l'humanité. Par Eux nous apprenons à connaître Dieu. Car Dieu est si grand et si élevé que nous, gens ordinaires, ne pouvons Le connaître par nous-mêmes. Comme Dieu désire que nous le connaissions, Il envoie Ses Messagers. Ces Messagers ont une connaissance divine. Même l'être le plus avisé de ce monde ne pourra jamais espérer les égaler. Jamais les Messagers de Dieu ne diront à l'humanité tout ce qu'Ils savent. Les hommes ne seraient pas capables de le supporter. Ils révèlent aux êtres humains ce qui est nécessaire pour cet âge et pas plus.

Vous pouvez comparer la connaissance qu'Ils possèdent à un grand océan. Ce grand océan est le trésor de la Connaissance de Dieu. De cet océan Ils prennent une goutte de connaissance et la révèlent à l'humanité. Cette unique goutte de l'océan de la Connaissance peut changer complètement la vie des gens qui écoutent. Les gens se libèrent de leurs vieilles habitudes, leur peur se transforme en courage, leur gêne en tranquillité et leurs doutes en certitude. Toutes ces richesses sont données à ceux qui croient au Messager de Dieu.

Baha'u'llah raconte, dans le livre de la Certitude, l'histoire d'un pauvre homme qui se plaignait de sa pauvreté à Sadiq, un chef de la religion musulmane. Alors Sadiq lui répondit qu'il était très riche.
Le pauvre homme fut surpris d'entendre cela et dit: "Où sont mes richesses ? Je ne possède même pas un sou."
"Ne possédez-vous pas mon amour ?" répondit Sadiq
Il dit: "Oh oui, je le possède, O descendant du Prophète de Dieu !"
Et Sadiq lui demanda: "Echangeriez-vous cet amour pour un billet de mille dinars?"
Il répondit: " Non, je ne l'échangerai jamais même si le monde entier et tout ce qu'il contient m'étaient donnés."

Dans le livre de la Certitude nous pouvons trouver un exemple de comment enseigner la Foi. Haji Siyyid Muhammad avait demandé à Baha'u'llah de lui dire la vérité sur le Bab. Baha'u'llah, dans ce livre, qui en est Sa réponse, ne prouve pas tout de suite que le Bab est le Qa'im Promis. Il parle d'abord des autres Prophètes qui sont venus l'un après l'autre, dans l'histoire de la religion et de son unicité. Il donne la signification de passages difficiles de la Bible et du Coran et explique la raison pour laquelle la plupart des gens n'ont pas reconnu le Messager de Dieu quand Il est apparu. Baha'u'llah prouve la véracité et l'autorité de Christ et de Muhammad.

Baha'u'llah n'écrit rien à propos du Bab avant la fin du livre. Il rappelle à Haji Mirza Siyyid Muhammad comment les disciples du Bab furent persécutés et donnèrent leurs biens et leur vie pour la nouvelle Foi, comme l'avaient fait les disciples du Christ et de Muhammad.

Le Bab était un jeune homme de vingt-cinq ans quand Il établit Sa Foi. Beaucoup de gens travaillèrent contre Lui et cependant ils ne purent arrêter le Message enseigné par ce Jeune Homme.
N'était-ce pas une preuve de Son pouvoir divin ? Encore et encore, Baha'u'llah pressa Haji Mirza Siyyid Muhammad de méditer sur ceci: alors il comprendra la grandeur de la Révélation du Bab.

Heureusement, l'oncle du Bab réfléchit sur les paroles de Baha'u'llah. Quand il lut le Livre de la Certitude il n'eut plus aucun doute. Maintenant il reconnaissait que le Bab était un Messager de Dieu. Il y croyait avec une certitude absolue.


14. LES ENNEMIS ARRIVENT A LEUR FIN

De plus en plus de gens vinrent rendre visite à Baha'u'llah quand Il habitait à Bagdad. Ils venaient de toutes les classes de la société: des érudits de Sulaymaniyyih, des babis de Perse, des chefs religieux de Bagdad, des membres du gouvernement et même des princes. Tous étaient attirés par Baha'u'llah comme par un aimant et ils désiraient tous visiter Sa maison hospitalière. Même le gouverneur de Bagdad est venu en personne Lui présenter ses respects.

Quand Il vivait à Bagdad, Baha'u'llah quittait souvent Sa maison. Il allait rendre visite aux croyants ou marcher le long des rives du Tigre. Les croyants étaient très inquiets quand Baha'u'llah marchaient dans les rues de Bagdad. Ils pensaient que c'était réellement dangereux pour Lui. Ils avaient peur qu'Il soit tué.

C'est très compréhensible qu'ils soient effrayés car il y avait des gens qui souhaitaient que Baha'u'llah soit tué. C'était un supplice pour eux que tant de gens soient attirés par Lui et Le respectent. Baha'u'llah connaissait bien leurs plans. Mais, malgré l'insistance des Ses disciples et de Ses proches, Il retournait dans la ville sans que personne ne L'accompagnât pour assurer Sa protection. Et s'Il voyait les gens qui Lui voulait du mal, Il allait vers eux. Ceci les embarrassait réellement. Ils eurent honte et décidèrent de ne pas poursuivre leurs plans.

Un de ceux qui désiraient tuer Baha'u'llah était Rida, un bandit. Le consul général l'avait engagé moyennant une énorme somme d'argent. On lui avait donné un cheval et deux pistolets afin de trouver Baha'u'llah et de Le tuer.

"Et", le consul général assura le bandit, "vous n'avez pas à avoir peur d'aller en prison. Je ferai en sorte que cela n'arrive pas".

Alors le bandit commença à chercher une bonne occasion. Où mettrait-il ses plans démoniaques à exécution ? Un jour, il sut que Baha'u'llah allait aux bains publics. Quelques babis faisaient le gué dehors. Mais le bandit s'arrangea pour pénétrer à l'intérieur quand ils ne regardaient pas. Il avait un pistolet sous son manteau. Au bout de quelques instants il se tenait face à Baha'u'llah. Maintenant il avait sa chance - la chance qu'il attendait depuis longtemps. Et qu'arriva-t-il ? ... Il perdît son contrôle de soi!

Une autre fois, le même bandit se cacha et attendit que Baha'u'llah passe dans la rue où il faisait le gué. Une fois de plus il attendait sa chance, avec son pistolet prêt. Mais, quand Baha'u'llah s'approcha il fut si effrayé qu'il laissa tomber son pistolet sur le sol. Baha'u'llah savait ce qui s'était passé. Il dit à Son frère Mirza Musa de rendre l'arme au bandit et de lui montrer le chemin de sa maison.

C'était une période heureuse pour les babis à Bagdad. Leurs réunions se prolongeaient jusque tard dans la nuit quand ils chantaient les louanges du Bab et de Baha'u'llah dans leurs prières et leurs chants. Souvent ils étaient si absorbés dans leurs prières qu'ils ne se rendaient pas compte que le jour s'était levé. Les disciples dévoués de Baha'u'llah n'avaient qu'un but: Baha'u'llah. Encore et encore, ils cherchaient toutes les occasions pour être en Sa présence. Quand ils avaient réussi et qu'ils devaient partir, la première pensée qu'ils avaient était quand pourrais-je Le revoir ? Un prince qui était venu rendre visite à Baha'u'llah dit: "je ne sais pas comment expliquer que, même si le poids de tous les malheurs du monde accable mon coeur, je sens que, aussitôt que je suis en présence de Baha'u'llah, tout disparaît. C'est comme si j'étais entré au paradis."

Mais les ennemis étaient toujours actifs. Ils essayaient par tous les moyens de détruire la Foi. Par exemple, ils mentaient au sujet de Baha'u'llah et des babis. Ils importunaient les babis dans l'espoir qu'un d'entre eux soit tellement furieux qu'il veuille se venger. Mais grâce à l'influence de Baha'u'llah, les babis ne se laissèrent tenter par aucun moyen de vengeance.

Les ennemis commencèrent également à écrire des lettres au Chah de Perse. Ce qu'ils dirent sur Baha'u'llah dans ces lettres était, naturellement, des mensonges. Ils disaient qu'Il était une personne très dangereuse, qu'Il était un traître pour la sécurité de la Perse et de son gouvernement. A la fin ils dirent qu'il était nécessaire que Baha'u'llah quitte Bagdad, Il devrait aller ailleurs, de préférence aussi loin que possible de la Perse.

Après tant d'insistance et de nombreuses lettres, ils arrivèrent enfin à leur fin: les autorités donnèrent l'ordre de demander à Baha'u'llah d'aller à Constantinople.

L'exil de Baha'u'llah à Bagdad dura dix ans. Durant toutes ces années Baha'u'llah savait qu'Il était le Messager de Dieu. Après tout, Il avait reçu Sa révélation dans le Siyah-Chal à Téhéran. Mais Il ne l'avait dit à personne.

Il y avait quelques croyants qui avaient découvert, par eux-mêmes, que Baha'u'llah était le Promis annoncé par le Bab. Mais Baha'u'llah leur avait dit de n'en parler à personne. Le temps approchait où Il allait faire la Grande Révélation. Cela arriverait avant qu'Il ne prépare Son voyage pour Constantinople.


15. DANS LE JARDIN DE RIDVAN

La nouvelle s'étendit tel un incendie dans Bagdad. " Le savez-vous ? Où l'avez-vous entendu ? " les gens se demandaient les uns les autres. La nouvelle circulait que Baha'u'llah allait quitter Bagdad. Les autorités Lui avaient demandé d'aller à Constantinople.

Les habitants de Bagdad étaient très tristes. Ils avaient appris à L'aimer pendant toutes les années qu'Il avait vécues parmi eux.

Les plus affligés d'entre eux étaient les babis. Quand ils apprirent la nouvelle ils ne purent dormir des nuits entières, leur tristesse était immense. Beaucoup pleurèrent et pleurèrent et ne pouvaient s'arrêter de pleurer. D'autres dirent qu'ils allaient se suicider s'ils ne pouvaient pas aller à Constantinople. Et ils l'auraient fait si Baha'u'llah ne les en avait pas empêchés. Il réconforta et calma les gens. Ses paroles les aidèrent à se soumettre à la volonté de Dieu.

La nouvelle du départ s'étendit rapidement dans Bagdad et les villages avoisinants. Pendant des années c'était devenue une habitude pour beaucoup de rendre, chaque jour, visite à Baha'u'llah. Mais maintenant qu'ils savaient qu'Il allait partir pour Constantinople, il y avait une grande précipitation à Le voir. Des visiteurs en grand nombre venaient à Lui afin d'être en Sa présence une fois de plus et Lui rendre les honneurs.

La maison où habitait Baha'u'llah était trop petite pour tout ce monde .Quand Najib Pasha, une personnalité de Bagdad, apprit cela, il proposa à Baha'u'llah d'utiliser le Jardin de Najibiyyih pour recevoir Ses invités. C'était un jardin magnifique près de Bagdad, sur l'autre rive du Tigre. Plus tard les disciples l'appelèrent le "Jardin de Ridvan".

Quand Baha'u'llah quitta Sa maison quelques jours plus tard pour aller dans ce jardin, la ville entière de Bagdad était aux aguets. Les gens se tenaient sur les terrasses de leurs maisons afin de L'apercevoir. Plusieurs se jetèrent à Ses pieds dans la rue. Ils se bousculèrent pour Le toucher un seul instant, pour entendre quelques mots qu'Il prononçait ou pour voir Son visage une fois seulement.

Un petit garçon âgé de quelques années courut vers Lui et s'accrocha à Ses vêtements. En pleurant, il supplia Baha'u'llah de ne pas l'abandonner. Quand les gens virent cela, leur tristesse s'amplifia. Baha'u'llah comprenait parfaitement, naturellement, que Son départ était très dur pour tous. Il les réconfortait et leur promit qu'ils pourraient Lui rendre visite dans le Jardin de Ridvan.

Pendant le séjour de Baha'u'llah dans le Jardin de Ridvan, quelque chose d'incroyable se produisit. Un secret qui était resté caché pendant dix années fut révélé. Baha'u'llah annonça aux disciples qui étaient avec Lui qu'Il était le Messager de Dieu promis par le Bab et par tous les Ecrits Sacrés du passé.

Baha'u'llah savait depuis dix ans qu'Il était le Promis. Dieu le Lui avait révélé quand Il était prisonnier dans le Siyah-Chal, le cachot noir et sale, à Téhéran. Dans une vision Baha'u'llah avait vu un ange qui Lui disait qu'Il était en sécurité et qu'Il triompherait. Pendant toutes ces années Baha'u'llah n'en avait parlé à personne. Mais maintenant qu'Il devait quitter Bagdad, le temps était venu pour révéler Son rang.

Quelle nouvelle merveilleuse c'était pour les disciples qui entendirent Baha'u'llah cette après-midi-là dans le Jardin de Ridvan! Baha'u'llah Lui-même dégageait la plus grande joie. Il savait qu'Il allait être banni vers un pays étranger et lointain. Il savait que Sa vie y serait très dure et qu'Il y souffrirait cruellement. Et cependant, par Sa révélation qu'Il était le Messager de Dieu, ces jours dans le Jardin de Ridvan étaient des moments de bonheur et Il les appela "Le Plus Grand Festival".

Nous ne savons pas comment Baha'u'llah annonça qu'Il était le Promis que le Bab avait si souvent prédit. C'était un événement si grand et si émouvant qu'il devait être indescriptible. Aucun de Ses disciples ne donnèrent une description de ce qui s'était passé exactement. Pouvez-vous imaginer une telle chose ? Qu'on puisse être si heureux qu'il est impossible d'en parler plus tard ?

Le Jardin de Ridvan était magnifique avec ses splendides parterres de roses multicolores. Très tôt chaque matin, quand le jour se levait, les jardiniers ramassaient les roses et les jetaient sur le sol de la tente de Baha'u'llah. Parfois, la pile était si haute que les visiteurs qui venaient voir Baha'u'llah ne pouvaient même pas voir par-dessus. Alors Baha'u'llah donnait les roses à Ses disciples et leur demandait de les distribuer aux amis persans et arabes de Bagdad.

Et les opposants à la Foi ? Au début ils étaient heureux. Ils avaient enfin réussi: Baha'u'llah devait quitter Bagdad. Mais ceci changea rapidement. Ils commencèrent à le regretter amèrement. Tout se passa différemment de ce qu'ils avaient espéré!

Les opposants à la Foi avaient souhaité voir Baha'u'llah humilié. Mais qu'arriva-t-il ? Quand Il passa dans les rues de Bagdad pour se rendre au Jardin de Ridvan Il fut acclamé par la population comme aucun roi ne l'avait jamais été.

Les opposants avaient souhaité détruire la nouvelle Foi. Mais une fois de plus, exactement le contraire se produisit. A ce moment même Baha'u'llah annonçait qu'Il était le Messager de Dieu. A ce moment même la plus grande fête commençait, celle que les baha'is célèbrent maintenant chaque année: La Fête de Ridvan.

Cette Fête dure douze jours: du 21 avril qui en est le premier jour au 2 mai le dernier jour. Douze jours - le même nombre de jours que Baha'u'llah est resté dans le Jardin de Ridvan.


16. CONSTANTINOPLE

Bagdad était plein d'activités! Il y avait foule dans les rues. Cela se produisait chaque fois que Baha'u'llah se promenait. Aussitôt que les gens entendaient dire que Baha'u'llah était en ville, ils se précipitaient pour L'apercevoir ou entendre une de Ses paroles de sagesse.

Mais maintenant, ... la ville était plus grouillante que jamais elle ne l'avait été. Les habitants de Bagdad savaient que Baha'u'llah devait partir pour Constantinople. Peut-être ne Le verraient-ils plus jamais. C'était leur dernière chance de L'apercevoir.

Baha'u'llah montait le cheval que Ses disciples Lui avaient offert. C'était un cheval splendide, le plus pur et le meilleur qu'ils aient trouvé. Les gens entouraient Baha'u'llah de telle façon que le cheval ne pouvait avancer. Plusieurs baissaient la tête dans la poussière devant ses sabots et les embrassaient. D'autres embrassaient les étriers. Parfois il semblait que le cheval allait piétiner les gens agenouillés sur la route. Il y en avait d'autres, aussi, qui essayaient de marcher avec lui afin de rendre un dernier hommage à Baha'u'llah. Et cela rendait le passage encore plus difficile.

Tout Bagdad était triste. Non seulement les croyants et les amis de Baha'u'llah mais également Ses ennemis. Au début ils avaient fait tout ce qu'ils pouvaient pour se débarrasser de Baha'u'llah. Ils étaient heureux d'avoir réussi. Mais maintenant qu'ils voyaient la tristesse du peuple de Le voir partir, Ils auraient préféré qu'Il reste.

Baha'u'llah était un prisonnier d'état. Mais Il ne ressemblait en rien à un prisonnier devant quitter Bagdad. Les prisonniers ne sont pas aimés. En général les gens sont heureux quand ils partent. "Enfin nous nous en sommes débarrassés" disaient-ils. Au contraire, Baha'u'llah quittait Bagdad comme un roi que Ses sujets aiment beaucoup. Et n'est-Il pas le Roi des Rois ?

Ainsi commença le voyage vers Constantinople, un long voyage vers une ville lointaine dans un pays inconnu.

Voyager n'était pas facile à cette époque et à plus forte raison dans la région que Baha'u'llah devait traverser. Les routes étaient accidentées et défoncées. Parfois, elles étaient très étroites, en particulier dans les montagnes. Plusieurs croyants ont fait le voyage à pied. Quelquefois ils avaient une sorte de chaise placée sur le dos d'un mulet ou d'un cheval: qu'on appelait "howdaghs". Deux personnes pouvaient s'y asseoir. Ils pouvaient se protéger du soleil brûlant avec des parasols. Mais il y avait aussi des gens qui marchaient à côté des animaux afin qu'ils ne quittent pas la route. Il n'est pas étonnant que de tels voyages soient si longs.

Pendant le voyage de Baha'u'llah avec Ses compagnons vers Constantinople ce n'était pas différent. Ce voyage dura plus de cent jours. Ils traversèrent les montagnes et les vallées d'Iraq et de Turquie, par des endroits isolés où personne n'habitait. Parfois ils voyagèrent plusieurs heures sans jamais rencontrer un être vivant.

`Abdu'l-Baha et les croyants qui allaient avec lui à Constantinople entouraient Baha'u'llah et Sa famille avec une grande dévotion. Aucun effort n'était trop grand pour eux afin de rendre le voyage aussi confortable que possible. Ils étaient si heureux de ne pas être obligés de rester à Bagdad. Maintenant ils étaient chaque jour avec leur Bien-aimé. Pour cette raison ils étaient prêts à faire un voyage long et fatigant.

Ils formaient une joyeuse bande de voyageurs. Ils s'amusaient beaucoup pendant leur long voyage. Un des croyants, appelé Jinab-i-Munib avait une voix magnifique. Par ses chansons et ses prières qui glorifiaient Baha'u'llah, il rendait les voyageurs encore plus heureux et plus gais.

Dans chaque ville et village Baha'u'llah était reçu comme un prince. Des fêtes étaient préparées et les plats les plus délicieux étaient servis. D'autres personnes avaient voyagé dans ces régions mais la population n'avait jamais reçu quelqu'un qui avait été aussi aimable avec eux que Baha'u'llah. Tous étaient attirés vers Lui.

Enfin, après plus de cent jours, les exilés arrivèrent dans le port de Samsun. Là ils embarquèrent sur un vapeur qui traversait la Mer Noire pour atteindre Constantinople en trois jours. Ceci était beaucoup plus rapide que le voyage sur terre.

Quand Baha'u'llah arriva à Constantinople la période la plus difficile de Sa vie terrestre allait commencer. Lui-même savait très bien quelles souffrances L'attendaient! Il l'avait prédit tant de fois dans des Tablettes. Ce serait également le temps des plus grands triomphes. Les rois et les dirigeants du monde allaient apprendre que Dieu avait envoyé un nouveau Messager.


17. LES BABIS DEVIENNENT DES BAHA'IS

Un grand nombre de personnes étaient venues dire adieu à Baha'u'llah avant Son départ de Bagdad. Ils étaient très tristes de Le voir partir. C'était si merveilleux de L'écouter et tous étaient si heureux auprès de Lui.

Mais toutefois, pratiquement personne ne savait ce que Baha'u'llah avait révélé dans le Jardin de Ridvan. Peu de personnes savaient que Baha'u'llah avait annoncé: Qu'Il était le Messager de Dieu pour cet âge.

Baha'u'llah Lui-même le savait depuis dix ans. Pendant toutes ces années Il ne l'avait dit à personne. Certains l'avaient découvert par eux-mêmes. A ceux-là Baha'u'llah avait demandé de ne pas en parler.

Quand Baha'u'llah, Sa famille et quelques croyants fidèles arrivèrent à Constantinople, le temps était venu pour que les babis apprennent que Baha'u'llah était Celui que le Bab avait promis que Dieu rendrait manifeste. Maintenant il n'y avait aucune raison de le garder secret.

Baha'u'llah savait que ceci devait être fait avec beaucoup de précaution. Les babis en Iran étaient toujours persécutés. Les ennemis étaient toujours à l'affût. Si un babi quittait sa maison, il n'était jamais sur qu'il y retournerait. S'il y avait quelqu'un qui voulait en savoir plus sur la Foi, il devait aller, secrètement, au milieu de la nuit, afin que personne ne le voit, rendre visite aux babis.

Une fois, au milieu de la nuit, deux hommes frappèrent à la porte de Haydar-`Ali, un des disciples les plus loyaux de Baha'u'llah. Les hommes désiraient en savoir plus sur la Foi. Quand il eut parlé avec eux pendant plusieurs heures, un d'entre eux accepta la Foi. L'autre n'était pas encore sur de lui. Il devait encore réfléchir. Alors Haydar-`Ali lui donna le "Livre de la Certitude" afin qu'il l'étudie.

Cet homme avait l'habitude de lire dans la soirée. Mais après un certain temps il fut effrayé. Imaginez si quelqu'un rentrait à l'improviste et le trouvait entrain de lire un livre des babis. Comme résultat, il risquait de perdre tout ce qu'il possédait; il pourrait même être tué! Il se leva, verrouilla sa porte et essaya de continuer sa lecture. Puis il pensa: il est encore très tôt dans la soirée; si quelqu'un venait et découvrait que j'ai verrouillé ma porte, il penserait que je lis un livre des babis. Aussi il décida d'aller se coucher.

Mais, il pensa encore, imaginez si quelqu'un s'apercevait que je suis allé me coucher de si bonne heure. Il penserait que j'allais me lever au milieu de la nuit pour lire un livre des babis. Finalement, il cacha le livre dans l'étable.

Les croyants en Iran devaient toujours être très prudents. Donc Baha'u'llah envoya en Iran des croyants intelligents et sages pour annoncer aux babis ce qui était arrivé dans le Jardin de Ridvan. Un d'entre eux était Jinab-i-Munib, celui qui avait chanté de si belles chansons pendant le voyage de Bagdad à Constantinople.

Il partit donc une fois encore pour l'Iran. Il alla en premier lieu à Téhéran. Prudemment, il parla à quelques babis de l'événement du Jardin de Ridvan. Peu après, il reçut une Tablette que Baha'u'llah avait révélé pour lui. Dans celle-ci Munib avait reçu l'ordre de se lever et de stimuler les babis. Puis il voyagea dans tout l'Iran annonçant aux babis la nouvelle de la Révélation de Baha'u'llah.

Chaque fois qu'un nouveau Messager de Dieu apparut ce fut difficile pour les disciples du Messager précédent de L'accepter. Ceci était-il vrai pour les babis ? A maintes reprises, le Bab leur avait dit que "Celui que Dieu rendrait manifeste" viendrait bientôt. Le Bab avait tout fait pour préparer les gens à la venue de Baha'u'llah. Ils connaissaient Baha'u'llah. Il était le plus important croyant parmi les babis, celui à Qui ils pouvaient parler de leurs problèmes et de leurs difficultés. Mais pouvaient-ils aussi croire que Baha'u'llah était Celui qui avait été promis par le Bab?

Beaucoup y crurent immédiatement. Mais il y en avait quelques-uns qui ne pouvaient l'accepter tout de suite. Il y en avait même qui se sont mis en colère; il fallait donc une grande sagesse et beaucoup de patience pour le leur expliquer.

Ahmad était un des croyants envoyés par Baha'u'llah en Iran afin d'informer les babis sur "Celui que Dieu rendra manifeste". Il arriva à un endroit appelé Furugh où Mulla Mirza Muhammad et ses frères habitaient. Quand Ahmad leur annonça que Baha'u'llah était le Promis ils l'attaquèrent et commencèrent à le battre. Ils cognèrent si fort qu'ils lui cassèrent une dent.

Alors que fit Ahmad ? Partit-il fâché ? Non! Quand ils se sont arrêtés de le battre et se sont calmés, il continua à leur expliquer. Ils ont commencé à lire certains Ecrits du Bab. Peu après, les frères ont comprit que Ahmad avait raison. Ils ont accepté Baha'u'llah et sont devenus des baha'is.

Grâce à tous ces croyants fidèles et courageux, la bonne nouvelle fut connue de tous les babis de l'Iran. Certains trouvaient cela difficile à accepter mais après un peu de réflexion presque tous les babis ont accepté Baha'u'llah.

Les babis sont devenus des baha'is, des disciples de Baha'u'llah. C'était ce que le Bab avait souhaité!


18. DE CONSTANTINOPLE A ANDRINOPLE

Ce n'était pas une façon de traiter les gens !

Ce n'était pas une façon de traiter Baha'u'llah, Sa famille et un petit groupe de Ses disciples: de les bannir en plein hiver. Ils devaient quitter Constantinople le plus vite possible. On ne leur donna même pas le temps d'acheter des vêtements chauds.

Qu'était-il arrivé ?

Quand Baha'u'llah arriva de Bagdad à Constantinople après un long voyage, Il fut reçu comme un roi. Beaucoup de personnes sont venues Lui rendre visite et Lui présenter leurs respects, même des ministres du gouvernement ! Ils pensaient que Baha'u'llah avait besoin d'eux et qu'Il leur demanderait leur aide, ou qu'Il pourrait leur demander d'intervenir pour Lui auprès des autorités.

Ils avaient aussi pensé que Baha'u'llah agirait comme un simple mortel; qu'Il ferait appel aux personnes éminentes leur demandant des privilèges spéciaux pour Lui-même. C'était la coutume à cette époque. Ce n'était pas très honnête, bien sûr, mais presque tout le monde agissait ainsi. Et quand presque tout le monde fait quelque chose, les gens ne pensent pas que ce soit si malhonnête.

Pensez-vous qu'un Messager de Dieu ait besoin d'agir ainsi ? Qu'Il ait besoin de demander de l'aide, ou des privilèges spéciaux pour Lui-même. Naturellement non ! Un Messager est très au-dessus de cela. Il n'a pas besoin des autres. C'est tout le contraire: les gens ont besoin de Lui. Ainsi Baha'u'llah n'a pas demandé l'aide des gens éminents ou des privilèges spéciaux pour Lui-même.

Pour cette raison certains Le respectaient beaucoup. L'un d'entre eux, un homme venu de Perse, dit même qu'il était très fier de son compatriote. Il avait souvent honte de la conduite des princes persans qui avaient tous l'habitude d'accepter tous les présents qu'ils pouvaient obtenir. Il était heureux d'entendre parler de quelqu'un qui n'agissait pas comme eux.

Il y avait aussi des gens qui avaient une opinion différente. Ils étaient fâchés avec Baha'u'llah car Il ne rendait visite à personne. L'un d'entre eux était Husayn Khan, l'ambassadeur de Perse à Constantinople. Il était mécontent car Baha'u'llah n'allait pas à l'ambassade de Perse.

Les autorités persanes n'arrêtaient pas de dire à Husayn Khan qu'il devrait dire du mal de Baha'u'llah. Et, naturellement il en profita. Il pouvait maintenant dire que Baha'u'llah était fier et têtu, qu'Il pensait qu'Il n'avait pas à obéir aux lois du pays et qu'Il faisait des plans qui pourraient mettre le gouvernement en danger.

Naturellement, les histoires de Husayn Khan étaient fausses. Baha'u'llah nous enseignait d'obéir aux lois des gouvernements, et Lui-même donnait l'exemple. Il nous enseignait les Lois de Dieu et personne ne les suivait mieux que le Messager Lui-même.

Husayn Khan continuait de raconter ses histoires fausses jusqu'à ce que, finalement, les autorités de Constantinople donnèrent ordre à Baha'u'llah de partir pour Andrinople. Une fois de plus Baha'u'llah était exilé. Une fois de plus, c'était en plein hiver, exactement comme quand Lui et Sa famille furent bannis de Téhéran.

Ce n'était pas une façon de traiter les gens! Surtout par un hiver si froid. Il faisait si froid que même les personnes âgées de cent ans ne pouvaient se rappeler d'un tel froid. Les rivières qui, en général ne gelaient pas, étaient recouvertes d'une épaisse glace. Même les animaux qui habituellement vivaient dehors pendant l'hiver, étaient glacés à mort. Quand les exilés avaient besoin d'eau pendant leur voyage, ils devaient avant tout faire un grand feu pour faire fondre la glace.

Ce n'était pas une façon de traiter les gens! On ne leur avait pas donné le temps pour acheter des vêtements. Ils ont dû partir si vite, dans les chariots ouverts ou sur le dos des mules qu'ils ne pouvaient presque pas se protéger du froid et du vent. Ce terrible voyage dura douze jours.

Ils étaient exténués quand ils arrivèrent à Andrinople. Le départ de Constantinople était une grande humiliation. Quand Baha'u'llah y était arrivé Il avait été reçu comme un roi. Maintenant, quatre mois après, Il était renvoyé.

Baha'u'llah savait qu'il y avait des gens qui voulaient L'humilier. Mais Il savait aussi que le temps venu, Il serait triomphant. Ecoutez ce que Baha'u'llah dit dans Sa lettre à Husayn Khan: 'Même si tous les gouvernements du monde s'unissaient et prenaient Ma vie et la vie de tous ceux qui portent ce nom, ce Feu divin ne s'éteindra jamais... Quoiqu'il puisse Nous arriver, grand sera Notre gain et manifeste la perte qui les affectera.


19. BAHA'U'LLAH EST EMPOISONNE

La vie de chaque Messager de Dieu a été difficile. Ils ont tous beaucoup souffert par la main de leurs adversaires.

Moïse a souffert par la main du Pharaon d'Egypte, Jésus par celle des juifs et le Bab par celle des chefs de l'Islam. Baha'u'llah aussi avait des ennemis très puissants qui s'opposaient à Lui, parmi eux le Chah de Perse et le Sultan de l'empire ottoman.

Mais Baha'u'llah a souffert plus encore de ceux qui prétendaient être ses disciples et en même temps complotaient continuellement contre Lui. En particulier, le demi-frère de Baha'u'llah, Mirza Yahya, Lui rendit la vie réellement difficile.

Mirza Yahya était un garçon de neuf ans quand son père mourut. Baha'u'llah avait alors douze ans. Depuis cette date, Baha'u'llah prit soin de Mirza Yahya comme l'eut fait un père.
Même quand il était adulte, Baha'u'llah le prit souvent sous sa protection. Même si Mirza Yahya avait fait une mauvaise action, Baha'u'llah demandait à ceux qui étaient au courant de n'en parler à personne. Mais Mirza Yahya était de nature ingrate. Il n'était jamais satisfait de la façon dont Baha'u'llah et sa famille le traitaient.

Mirza Yahya était également un homme ambitieux. Il voulait que les croyants le prennent pour leur chef. Ceci devint à nouveau évident à Andrinople. Quand Baha'u'llah s'est installé dans cette ville avec sa famille et ses disciples. Les gens ont compris qu'ils pouvaient faire confiance aux baha'is. S'ils leur achetaient quelque chose ils étaient toujours bien traités. Ils furent rapidement attirés vers Baha'u'llah. Même le gouverneur d'Andrinople devint un de ses admirateurs.

Comme à Bagdad, Mirza Yahya fut jaloux. Il voulait avoir tous les honneurs. Il voulait que les croyants le suivent et le considèrent comme leur chef. Mais il ne pouvait pas être en compétition avec Baha'u'llah. Quand il était en présence de Baha'u'llah il devenait muet. Il ne pouvait pas prononcer un mot, tellement accablé par la majesté de Baha'u'llah.

Une chose était claire: Mirza Yahya ne deviendrait jamais le chef des baha'is par un moyen honnête. Mais il était déterminé à le devenir. Si ce ne pouvait se faire de façon honnête, alors il faudrait utiliser d'autres moyens. Il ne s'arrêterait pas, il n'a même pas hésité à envisager de tuer Baha'u'llah. On ne peut pas comprendre cela. Quand Mirza Yahya était un petit garçon, Baha'u'llah a pris soin de lui comme un père. Et malgré tout ce qu'il a fait de mauvais, Baha'u'llah l'a toujours traité avec bonté.

Et maintenant Mirza Yahya désirait tuer son Frère.
Il commença à faire quelque chose qu'il n'avait pas l'habitude de faire.

De temps en temps il invita Baha'u'llah a prendre le thé chez lui . Pendant ce temps il apprenait comment faire du poison. Et un jour quand Baha'u'llah lui rendit visite, il versa le poison dans la tasse de thé de Baha'u'llah.

Le résultat fut terrible. Baha'u'llah devint très malade - très très malade. Durant un mois entier Il souffrit et eut une grosse fièvre. Ils firent venir le docteur. Il fut alarmé par la pâleur du visage de Baha'u'llah et pensa qu'Il allait mourir. Il se jeta au pied de Baha'u'llah, et, sans prescrire aucune médecine, il partit. Quelques jours plus tard le docteur tomba malade et mourut.

Baha'u'llah a dit que ce docteur avait donné sa propre vie pour Lui. Et cela Lui permit de guérir. Mais Il n'a jamais plus été en bonne santé. Après son empoisonnement, ses mains tremblèrent toujours un peu. Il ne put plus jamais écrire d'une aussi belle écriture qu'auparavant.

Une fois de plus, Baha'u'llah prit Mirza Yahya sous sa protection. Il dit à ses disciples qui savaient ce qu'avait fait Mirza Yahya de n'en rien dire.

Alors que dit Mirza Yahya ? Il dit que Baha'u'llah avait essayé de l'empoisonner! Mais personne ne le crut. Les gens savaient que Baha'u'llah était une source d'amour et de pardon. Et parce que Mirza Yahya avait porté une telle accusation, le bruit courut que c'était lui qui avait empoisonné Baha'u'llah.

Cependant Mirza Yahya de pouvait pas s'arrêter. Son désir d'être chef ne connaissait aucune limite. Maintenant il commença à imaginer un autre plan pour tuer Baha'u'llah.

En ce temps-là il n'y avait pas de bains ou de douches dans les maisons. Mais il y avait des bains publics. C'est là que les gens allaient prendre leurs bains. Généralement ils prenaient leur temps pour se laver et se relaxer. Les gens importants avaient un serviteur qui les aidait. Le barbier de Baha'u'llah, Ustad, souvent veillait sur Lui et sur sa famille quand Ils allaient aux bains.

Parfois Mirza Yahya était accompagné par Ustad. Il essaya même de se faire suivre par Ustad et que ce dernier délaisse Baha'u'llah. Mais Ustad resta ferme et ne l'écouta pas; cependant, il était respectueux envers Mirza Yahya car il était le frère de Baha'u'llah.

Puis un jour, Mirza Yahya vint aux bains et, parlant à Ustad, essaya d'insinuer qu'il devrait tuer Baha'u'llah. Il parla très intelligemment et très méchamment et émit des insinuations diaboliques. Il parla de telle façon qu'il apparut qu'il était le successeur du Bab et que son Frère avait injustement pris la tête des croyants.

Graduellement il parut évident à Ustad que Mirza Yahya désirait qu'il tua Baha'u'llah.

Quand Ustad réalisa ce que désirait Mirza Yahya, il fut atterré. Il eut l'impression que le ciel lui était tombé sur la tête. Sans dire un mot il partit. Il était furieux. D'abord il voulut retourner aux bains et tuer Mirza Yahya. Mais il changea d'avis car il savait que Baha'u'llah ne l'approuverait pas. Que dirait-il si Baha'u'llah lui demandait pourquoi il avait tué Mirza Yahya ?

Encore furieux, il retourna aux bains et cria à Mirza Yahya:
" Sortez d'ici!" Tout tremblant Mirza Yahya s'enfuit.

Ustad était terriblement fâché. Il ne pouvait retrouver son calme. D'abord il parla à Mirza Musa (le frère fidèle de Baha'u'llah ), puis à `Abdu'l-Baha. Puis il parla au secrétaire qui le dit à Baha'u'llah. Baha'u'llah dit qu'Ustad ne devait en parler à personne.

Ce soir-là Ustad ramassa tous les écrits de Mirza Yahya. Il les porta dans la maison de Baha'u'llah pour les brûler. Les amis lui dirent de ne pas le faire. Mais Ustad dit: "Jusqu'à ce jour je respectais Mirza Yahya, mais maintenant, à mes yeux, il ne vaut pas plus qu'un chien."

Et Mirza Yahya - avait-il appris sa leçon ? Arrêterait-il enfin de causer continuellement des problèmes? Non! Il devait apporter encore des souffrances à Baha'u'llah.


20. LA PLUS GRANDE SEPARATION

Ustad, le barbier de Baha'u'llah, était sous l'effet de ce qui s'était passé. Il avait reçu l'ordre de Baha'u'llah de ne rien dire. Mais Ustad ne pouvait tout simplement pas tenir sa langue. Après tout, quelle était la situation ?

Mirza Yahya voulait tuer Baha'u'llah. D'abord il a essayé de L'empoisonner. Heureusement Baha'u'llah n'est pas mort de cela. Puis Mirza Yahya a demandé à Ustad dans le bain s'il pourrait assassiner Baha'u'llah. Mais il n'aurait jamais dû demander cela à Ustad. Ustad aimait profondément Baha'u'llah. Il ne pourrait jamais Lui causer du tort. Il pensait que c'était horrible que Mirza Yahya ait même osé lui suggérer une telle chose. Il ne pouvait pas garder cela pour lui seul. Aussi il ne fallut pas beaucoup de temps pour que les croyants d'Andrinople soient au courant de ce qui était arrivé.

Après cela, Baha'u'llah décida d'annoncer officiellement à Mirza Yahya qui Il était. Baha'u'llah révéla une Tablette dans laquelle Il dit qu'Il était la Source de la Révélation divine. Il était Celui dont, sans cesse, le Bab avait annoncé à ses disciples la Manifestation éminente. Baha'u'llah dit aussi que Mirza Yahya devait Le suivre.

Baha'u'llah donna cette Tablette à son secrétaire qui devait aller chez Mirza Yahya et lui lire la Tablette à haute voix. Et il devait attendre la réponse de Mirza Yahya.

Mirza Yahya demanda s'il pouvait avoir un jour de réflexion avant de donner sa réponse. Cela lui fut accordé. Le jour suivant il donna sa réponse. Savez-vous ce que Mirza Yahya a osé dire ? Il dit que lui-même était le dépositaire d'une révélation divine. Il donna même le jour et l'heure où il reçut cette révélation. Il dit également que tous les gens du monde devraient se soumettre à lui.

Cette réponse de Mirza Yahya aurait pu causer beaucoup de différents parmi les croyants. Certainement Baha'u'llah ne voulait pas de querelles à cause de Lui. Il n'y avait rien qu'Il ne haïssait plus que la désunion. Aussi Il décida de Se retirer dans une maison voisine. C'était la maison de Rida Big. Il ne voulut parler à personne. Seule sa famille pouvait venir chez Lui.

Ce n'était pas la première fois que Baha'u'llah se retirait. Il avait fait la même chose à Bagdad, Cette fois-là, aussi, c'était Mirza Yahya qui avait rendu sa vie si difficile. Alors Baha'u'llah était resté pendant deux ans dans le désert de Sulaymaniyyih. Personne de sa famille savait où Il était. Les croyants étaient très inquiets car ils ne pouvaient plus voir Baha'u'llah.

Maintenant c'était la même chose. Les croyants fidèles étaient très tristes. Ils ne pouvaient plus écouter leur Bien-aimé leur parler de Dieu et ils ne pouvaient plus Lui demander conseil. Un d'entre eux écrivit plus tard: "Nous étions complètement abattus et avions très peur d'être privés de sa présence pour toujours."

Avant que Baha'u'llah parte pour la maison de Rida Big, Il ordonna que tous ses biens soient partagés en deux. Tout ce qui était dans la maison, les meubles, la literie, les vêtements - tout ce qui s'y trouvait - la moitié alla à Mirza Yahya. Il reçut également sa part de l'argent que les exilés recevaient du gouvernement. Lui et sa famille recevraient tout ce qui leur était dû. Non, Mirza Yahya n'avait aucune raison de se plaindre. Comme toujours, Baha'u'llah le traita très bien.

Et cependant, comme si souvent, Mirza Yahya n'était pas satisfait. Il alla trouver les autorités et se plaignit qu'il n'avait pas reçu assez. Il envoya même une de ses femmes voir le gouverneur d'Andrinople. Elle devait lui dire qu'ils n'avaient rien reçu et que les enfants mouraient presque de faim.

Et savez-vous le pire de tout ? Les paroles de Mirza Yahya s'étaient répandues de tous côtés. Et plusieurs personnes les crurent. Cela est même arrivé jusqu'à Constantinople. Il y avait dans cette ville des gens qui avaient beaucoup de respect pour Baha'u'llah et pour son attitude noble et digne. Même ces gens avaient entendu ces mauvaises paroles. De telle façon que les admirateurs de Baha'u'llah devinrent ceux qui l'insultaient et le méprisaient. Et tout cela à cause des affreux mensonges de Mirza Yahya.

Pendant deux longs mois les croyants furent séparés de leur Bien-aimé. Pendant deux longs mois ils ne purent le voir. Ils étaient comme les plantes privées des rayons du soleil, et, pour cette raison, ne pouvaient pousser.

Ce fut une période très difficile pour eux. Une période durant laquelle ils étaient mis à l'épreuve. Ils pouvaient choisir: Est-ce que je reste fidèle à Baha'u'llah ou est-ce que je suis Mirza Yahya ? Il devint alors clair qui étaient les vrais croyants.

Jusqu'à ce jour ce fut toujours possible pour ceux qui voulaient détruire la Foi de se mêler librement aux croyants fidèles. Malgré toutes leurs mauvaises actions ils étaient toujours comptés parmi les croyants. Combien de fois avaient-ils jeté les vrais croyants dans l'embarras ? Combien de fois avaient-ils essayé d'induire les autres dans l'erreur ? Très souvent!

Maintenant il était clair qui, parmi les croyants, restait fidèles à Baha'u'llah. Heureusement, à Andrinople, presque tous le restèrent. Une poignée seulement allèrent aider Mirza Yahya dans ses mauvaises actions. Maintenant ils étaient séparés des croyants. Ils étaient comme les branches mortes qui sont sciées de l'arbre vivant.

Ce fut la période de la Plus Grande Séparation.


21. LA MERE DE ASHRAF

Quand les babis entendirent que Baha'u'llah avait annoncé, dans le jardin de Ridvan, qu'Il était le Messager de Dieu, beaucoup d'entre eux n'eurent qu'un souhait: ils désiraient Le voir ; ils voulaient être avec Lui, entendre ses paroles. Ils étaient prêt à entreprendre un pèlerinage long et difficile de Perse à Andrinople, car voyager, à cette époque, n'était pas facile.

Un d'entre eux était Siyyid Ashraf de Zanjan. Ashraf et sa mère étaient des loyaux disciples du Bab. Quand ils entendirent que Baha'u'llah avait déclaré qu'Il était le nouveau Messager, ils crurent en Lui et furent très très heureux. A cette époque Ashraf était un jeune garçon d'environ dix-sept ans mais, cependant, il fit le long voyage jusqu'à Andrinople. Il voulait être avec Baha'u'llah.

Quand il retourna en Perse il ne fut pas long à vouloir repartir vers Andrinople, cette fois, une de ses soeurs l'accompagna.

Sa mère resta seule à Zanjan. C'était très difficile pour elle. Les gens de Zanjan n'avaient pas vu Ashraf et sa soeur depuis longtemps. " Où peuvent-ils bien être ?" se demandaient-ils. Plus particulièrement les oncles de Ashraf se demandaient où pouvaient-ils être. Ils ne voulaient pas qu'Ashraf et sa soeur deviennent baha'is. Le père d'Ashraf avait déjà était tué quand les babis avaient été persécutés et ils ne voulaient pas que la même chose arrive à Ashraf.

Aussi ils allèrent chez la mère d'Ashraf. Ils l'avaient blâmée quand le père d'Ashraf devint babi et fut tué. Et maintenant elle faisait de même avec ses enfants. Elle leur enseignait comment être un disciple de Baha'u'llah. Ils étaient furieux contre elle et disaient même de mauvaises choses sur sa fille. La mère d'Ashraf était désespérée. Elle n'en pouvait plus. En pleurant elle quitta la salle et dans son coeur pria Baha'u'llah de faire revenir ses enfants le plus tôt possible.

Le lendemain matin quand Ashraf et sa soeur furent en présence de Baha'u'llah, Il leur dit qu'ils devaient retourner chez eux immédiatement. Il dit que la nuit dernière leur mère l'avait prié de les lui renvoyer. La mère d'Ashraf habitait à plus de mille kilomètres d'Andrinople. Et cependant Baha'u'llah savait ce qu'elle lui avait demandé la nuit d'avant. Il avait entendu sa prière et Ashraf et sa soeur devaient retourner chez eux aussitôt que possible.

Sur le chemin du retour il devint évident combien Ashraf avait changé depuis sa visite chez Baha'u'llah. Son amour pour Lui était de plus en plus grand. Baha'u'llah avait donné à Ashraf la mission de porter son Message aux croyants du Bab les plus fidèles. Et c'est ce qu'il fit, avec une grande énergie et beaucoup d'enthousiasme. Sa maison devint un centre d'activités baha'ies. Beaucoup de babis apprirent d'Ashraf que Baha'u'llah était le Promis que le Bab avait annoncé pour bientôt.

Ashraf avait un ami qui l'aidait beaucoup dans son travail pour Baha'u'llah. C'était Aba-Basir. Aba-Basir était aveugle. Il avait été jeté hors de chez lui par sa famille quand ils avaient découvert qu'il était devenu un disciple de Baha'u'llah. Aba-Basir était très intelligent. Il pouvait comprendre les Tablettes de Baha'u'llah mieux que quiconque. Il était aussi capable des les expliquer aux autres. Baha'u'llah lui avait donné le nom de Basir qui signifie celui qui voit.

Maintenant il y avait de plus en plus de membres du clergé musulman qui voulaient arrêter le développement de la Foi de Baha'u'llah, spécialement à Zanjan. Vingt ans auparavant, les babis avaient été cruellement persécutés. Presque deux mille d'entre eux avaient été tués, y compris le père d'Ashraf et celui de Aba-Basir. Et maintenant la nouvelle religion commençait à s'étendre de nouveau. Les ennemis ne voulaient pas que ceci se passe. Aussi ils décidèrent que Ashraf et Aba-Basir devaient être tués. Ceci mettrait fin à la propagation de la Foi. Les deux hommes furent saisis et jetés en prison.

D'abord les ennemis parlèrent à Aba-Basir. Ils lui dirent qu'il ne serait pas exécuté s'il disait qu'il ne croyait pas en Baha'u'llah. Est-ce que Aba-Basir ferait cela ? Naturellement non ! Il fit tout à fait le contraire: il commença à leur parler de Baha'u'llah. Il leur prouva qu'Il était un Messager de Dieu. En fait, disait-il, ils devraient eux aussi croire en Lui. Quand ils entendirent ceci le clergé devint furieux. Ils firent en sorte que Aba-Basir soit immédiatement exécuté.

Après ils allèrent parler avec Ashraf. Les ennemis firent leur maximum pour le persuader de dire qu'il ne croyait pas en Baha'u'llah. Ils le rouèrent de coups. Mais malgré tout ce qu'ils faisaient cela ne servait à rien, Ashraf refusa absolument de renier Baha'u'llah. Cependant il y avait certains parmi les ennemis qui souhaitaient lui sauver la vie. Ils l'aimaient parce qu'il avait beaucoup de qualités et était toujours très aimable avec tous. Certains pensaient que c'était un désastre de le tuer. Mais le gouverneur avait donné les ordres pour son exécution, excepté si Ashraf disait qu'il ne croyait plus en Baha'u'llah. Aussi ils firent de leur mieux pour obtenir que Ashraf renie sa Foi.

Mais malgré leur persévérance à essayer de le persuader, Ashraf resta ferme. Alors ils pensèrent qu'ils pourraient être rusés. Ils appelèrent la mère d'Ashraf. Si elle pouvait voir de quelle façon son fils avait été battu et si elle voyait le corps de Aba-Basir, certainement elle demanderait à Ashraf de renier sa Foi. Après tout, elle sauverait la vie de son fils. Car quelle mère désire que son fils soit exécuté ?

Comme ils étaient dans l'erreur! Ils n'avaient pas compté sur la fermeté de la foi de la mère d'Ashraf. Jamais elle ne pourra renier Baha'u'llah et ne voudra jamais que son fils le fasse. Elle dit même à Ashraf qu'il ne serait plus son fils s'il rejetait la Vérité de Baha'u'llah pour sauver sa vie.

Donc ce plan ne marcha pas non plus. Ils pensèrent à une autre ruse. Un d'entre eux alla trouver Ashraf, lui murmura quelque chose à l'oreille puis cria à l'assistance qu'Ashraf lui avait dit qu'il n'était plus baha'i. Quand il entendit ceci, immédiatement Ashraf dit que ce n'était que mensonge. Il n'avait pas renié sa Foi et il ne le ferait jamais. Alors le bourreau s'approcha et tua Ashraf avec son sabre.

Après la naissance d'Ashraf, son père fut tué. Maintenant la mère d'Ashraf a vu, aussi, son fils tué devant ses yeux. Cependant elle n'était pas fâchée ou rebelle envers Dieu. Au contraire, elle était reconnaissante car Ashraf était resté fidèle à Baha'u'llah. Baha'u'llah loua son courage et sa confiance en ces mots:
"Que ma bénédiction, ma compassion, et ma louange, et ma gloire soient sur elle. Moi-même j'expierai pour la perte de son fils - un fils qui maintenant demeure dans le tabernacle de ma majesté et de ma gloire, et dont le visage rayonne d'une lumière qui enveloppe, par sa splendeur, les servantes des cieux dans leurs chambres célestes, et parmi elles les habitantes de mon paradis et celles des cités sacrées. L'oeil qui se posera sur son visage, s'exclamera 'Voyez il ne peut pas être autre qu'un ange'!"


22. BANNI UNE FOIS ENCORE

Mirza Yahya ne s'arrêtait pas. Il désirait toujours être le chef des babis. Il avait essayé d'empoisonner Baha'u'llah. Il avait demandé au coiffeur de Baha'u'llah, Ustad, de le tuer. Il avait fait tuer des fidèles disciples du Bab. Il avait menti au sujet de Baha'u'llah. Mais il ne voulait pas s'arrêter. Une autre chose qu'il fit avec ses partisans fut d'écrire des lettres aux babis de Perse. Que pensez-vous qu'il ait écrit ? Mirza Yahya écrit que les babis devaient le suivre et lui obéir; il était leur chef et non Baha'u'llah.

Comme résultat plusieurs babis devinrent confus. L'un d'entre eux était Mir Muhammad de Chiraz. Un des partisans de Mirza Yahya lui dit que ce dernier voulait avoir une confrontation avec Baha'u'llah devant tous. Chacun poserait à l'autre ses questions. Les réponses qu'ils donneraient devraient être suffisantes pour que celui qui écoute puisse juger qui dit la vérité et qui ne la dit pas. Ceci parut une bonne idée à Mir Muhammad. Il encouragea l'aide de Mirza Yahya à faire cette proposition à Mirza Yahya. Puis Mir Muhammad en parlerait à Baha'u'llah.

Mirza Yahya et ses aides pensèrent que Baha'u'llah n'accepterait jamais une telle réunion. Après tout, Il ne quittait plus sa maison et n'allait jamais rendre visite à Mirza Yahya. Mais ils se trompaient. Dès que Baha'u'llah entendit la proposition, Il alla à la mosquée suggérée par Mirza Yahya. Quand Il y arriva, Il dit à Mir Muhammad d'aller chercher Mirza Yahya.

Mirza Yahya viendra-t-il avec Mir Muhammad? Osera-t-il? Baha'u'llah attendit jusqu'au coucher du soleil. Plusieurs personnes sont venues et reparties... mais pas de Mirza Yahya!

La nouvelle s'était répandue comme un feu de paille dans Andrinople. Beaucoup de gens étaient sortis de leur maison. Ils voulaient voir ce qui allait se passer. Et maintenant ils virent ce qui était arrivé. Mirza Yahya avait souvent dit qu'il souhaitait une rencontre avec Baha'u'llah. Cette fois, il en avait l'occasion et il ne l'avait pas prise. Il avait peur. Une fois de plus il était clair que Mirza Yahya ne serait jamais un chef et qu'en réalité il n'était qu'un froussard. Il était maintenant clair pour les gens d'Andrinople que Baha'u'llah était le vrai chef et que Mirza Yahya ne l'était pas.

Mirza Yahya était comme un gros nuage noir devant le soleil. On ne peut pas voir le soleil à travers un tel nuage ou même sentir ses rayons. Mais naturellement il brille. Le soleil brille toujours, même derrière les nuages. Un Messager de Dieu est comme le soleil. Il répand la lumière de Dieu. Il pense toujours à Dieu. Il peut toujours révéler les paroles de Dieu.
Même quand certains rendent cela très difficile pour lui et même s'Il a de grands malheurs, la lumière du Messager divin continue de briller.

Malgré que Mirza Yahya rendait les choses très difficiles pour Baha'u'llah, il ne pouvait pas arrêter l'oeuvre de Baha'u'llah. Car, pendant ces années à Andrinople, quand Mirza Yahya s'opposait sans cesse à Baha'u'llah, la lumière de Baha'u'llah brillait avec encore plus d'éclat qu'auparavant.

Jour et nuit, Baha'u'llah révélait des tablettes dans lesquelles Il exposait, à l'humanité, la sagesse divine. Parfois plus d'un millier de versets étaient révélés en moins d'une heure. `Abdu'l-Baha et plusieurs secrétaires étaient occupés pendant des journées et des nuits entières, notant les versets qui avaient été révélés. Mais il était impossible de Le suivre.

C'est aussi pendant ces temps difficiles à Andrinople que Baha'u'llah révéla une de ses plus importantes tablettes. C'était la Tablette aux Rois, en persan 'Suriy-i-Muluk'.
Baha'u'llah commença aussi à annoncer sa mission aux dirigeants du monde et aux chefs religieux. Ceci était un événement très important.

D'autres choses sont arrivées à Andrinople qui montrent que le travail de Baha'u'llah ne pouvait pas être interrompu. Le travail d'un Messager de Dieu est le travail de Dieu. Y a-t-il eu dans le monde quelqu'un qui pouvait arrêter cela? Les habitants d'Andrinople étaient attirés vers Baha'u'llah comme par un aimant. Ils avaient beaucoup d'attachement pour Lui. S'ils apprenaient qu'Il sortait, ils quittaient rapidement leurs maisons pour aller au devant de Lui. Plusieurs se jetaient à terre et baisaient ses pieds. Même les dirigeants de la ville avaient un grand respect pour Baha'u'llah. Régulièrement ils Lui rendaient visite.

Il y a autre chose qui peut vous montrer que la lumière de Baha'u'llah ne pouvait pas être éteinte: les premiers pèlerins venaient de Perse à Andrinople. Andrinople était très loin de la Perse et les pèlerins devaient entreprendre un voyage long et périlleux. Mais ils venaient.

Les ennemis de la Foi avaient exilé Baha'u'llah en un endroit loin de son pays natal. Ils pensaient qu'ainsi cela mettrait fin à la nouvelle Foi. Mais qu'arrivait-il? Au de s'éteindre, elle commença à s'étendre aussi à Andrinople. Même les autorités de la ville devenaient des admirateurs de Baha'u'llah. Ses disciples de Perse venaient Lui rendre visite. A Constantinople, les ministres gouvernementaux faisaient tout leur possible pour arrêter l'extension de la Foi. Mais le nombre de ses disciples continuait de s'accroître.

Il y avait aussi une personne qui conspirait contre Baha'u'llah. C'était Mirza Yahya. Il ne devint pas plus sage. Lui-même et ses aides commencèrent à écrire des mauvaises choses concernant Baha'u'llah, même aux ministres de Constantinople. Ils écrivirent que Baha'u'llah avait l'intention de renverser Constantinople avec une armée, que certains des commandants venaient de l'armée bulgare et plusieurs milliers de ses disciples devaient Le suivre.

Ce n'était que mensonges. Cependant le gouvernement commença à s'alarmer par tous ces rapports. Les ministres les portèrent au Sultan `Abdu'l-`Aziz et il donna ordre que Baha'u'llah et ses compagnons quittent Andrinople. Baha'u'llah était exilé dans la prison de `Akka. Le Sultan avait décrété que Mirza Yahya devait également partir. Il fut banni à Chypre, une île de la mer Méditerranée.

Peu de temps après, soudainement un matin, la maison de Baha'u'llah fut cernée par des soldats. Personne n'avait l'autorisation de sortir ni de rentrer. Quel était l'avenir de Baha'u'llah maintenant?


23. DEPART D'ANDRINOPLE

Imaginez que vous et votre famille ayez habité pendant des années dans une jolie maison. Vous aimeriez y rester. Vous avez vos amis et camarades de jeux parmi les voisins, vous connaissez les gens qui habitent tout près et ils vous connaissent. Vous pouvez circuler facilement, vous avez des endroits où vous jouez avec les autres enfants et où vous pouvez vous isoler si vous le désirez.

Soudain la nouvelle arrive que vous devez quitter votre demeure. Vous et votre famille devez aller vivre quelque part ailleurs car il y a des gens qui ont raconté des histoires sur vous et ont dit de mauvaises choses qui ne sont que des mensonges. Vous devez quitter la maison le plus vite possible et aller dans un endroit que vous savez déjà être invivable. Si cela arrivait ce serait horrible, n'est-ce pas? Eh bien, c'est ce qui est arrivé à Baha'u'llah quand Il habitait à Andrinople. Soudain la nouvelle arriva qu'Il devait partir le plutôt possible et aller dans la prison d'`Akka.

Cela faisait la quatrième fois que Baha'u'llah et sa famille étaient exilés. Vous souvenez-vous des autres fois? La première était quand Il fut banni de Téhéran. A cette époque, Il était très malade, venant à peine d'être libéré de l'épouvantable prison du Siyah-Chal. Pendant l'hiver glacial et enneigé Lui et sa famille, avec deux de ses frères, ont fait le voyage jusqu'à Bagdad. Quand Ils y eurent vécu pendant dix ans Ils furent exilés à nouveau. Ils durent faire le long voyage jusqu'à Constantinople. Et après quatre mois la nouvelle arriva qu'Ils devaient partir. Ils durent quitter Constantinople pour Andrinople le plus rapidement possible au milieu d'un très rude hiver. On ne Leur laissa même pas le temps d'acheter des vêtements chauds. Tremblant de froid, Ils arrivèrent à Andrinople après un terrible voyage.
Baha'u'llah habitait maintenant à Andrinople depuis cinq ans. Il était arrivé en prisonnier. Mais très vite les habitants d'Andrinople constatèrent qu'Il était une personne exceptionnelle. Ils commencèrent à Le respecter et à L'aimer. Même le gouverneur de la ville devint un de ses admirateurs. Il essaya de protéger Baha'u'llah contre les mauvais mensonges des autorités de Constantinople. Mais les ennemis de la Foi continuèrent à créer le trouble jusqu'à ce que, finalement, Sultan `Abdu'l-`Aziz envoya l'ordre du départ de Baha'u'llah.

Peu de temps après, un matin, la maison de Baha'u'llah fut encerclée par des soldats. Personne n'avait l'autorisation d'entrer et personne ne pouvait sortir. Ceci fut un jour terrible pour les disciples de Baha'u'llah. Plusieurs d'entre eux furent arrêtés et jetés en prison. Ils n'avaient aucune idée de ce qui allait leur arriver. Peut-être seraient-ils tués. Peut-être ils seraient éloignés de Baha'u'llah et envoyés dans un endroit où ils ne pourraient plus Le voir.

Pour eux, ceci était le plus terrible: ne plus jamais être avec Baha'u'llah. Baha'u'llah les avait même prévenus que s'ils restaient près de Lui ils risquaient d'avoir de graves difficultés. Mais ils désiraient rester avec Lui, qu'importe ce qui pouvait leur arriver.

Savez-vous ce qui obsédait le plus ses disciples? C'était de se demander ce que le gouvernement aller faire de Lui et si la persécution s'arrêterait. Les ennemis de la Foi continuaient toujours de Lui causer des ennuis.

Après avoir été gardés prisonniers un jour et une nuit les baha'is furent informés qu'ils devaient quitter Andrinople le plus vite possible. Ils n'eurent même pas le temps de vendre leurs tables, chaises et autres mobiliers qu'ils ne pouvaient emporter avec eux. Ils ont dû faire ces ventes si vite qu'ils n'en récoltèrent que peu d'argent. Puis ils partirent. Ils ne savaient même pas où ils allaient. Peut-être ne verraient-ils plus Baha'u'llah. Ceci était une pensée terrible.

Vous rappelez-vous comment cela se passa quand Baha'u'llah quitta Bagdad? Tout Bagdad était dans les rues. Combien les gens étaient tristes de Le voir partir!

Eh bien, c'était exactement pareil à Andrinople. Des masses de gens étaient devant leur maisons pour Le voir une dernière fois. Ils étaient tristes. Et ils se disaient les uns aux autres:
"Pourquoi doivent-Ils, Lui et sa famille, être les victimes d'un traitement si cruel? Ils ont été toujours si aimables et honnêtes envers tout le monde. Ils n'ont certainement pas mérité cela."

La tristesse des gens pouvait se voir sur leurs visages. Ils s'approchaient de Baha'u'llah pour embrasser ses mains. D'autres s'agenouillaient pour saisir ses vêtements et embrasser le pan de son manteau. C'était comme si les murs et les portes de la ville étaient tristes.

Et ainsi Baha'u'llah quitta Andrinople.


24. LE SULTAN ABDU'L-AZIZ

Le Sultan `Abdu'l-`Aziz était un homme puissant. Il était le chef de l'immense Empire ottoman. Des millions de gens étaient ses sujets et lui obéissaient. Il était très riche et possédait à Constantinople de splendides palaces avec de grands et magnifiques jardins. Il régnait sur des millions d'êtres mais se souciait-il d'eux? Voyait-il si les pauvres avaient suffisamment de nourriture à manger et de vêtements pour se couvrir? Son gouvernement voyait-il s'il y avait assez d'écoles pour les enfants? Voyait-il si les habitants de son royaume étaient traités avec justice? Et les personnes en prison savait-il dans quel état ils étaient?

Eh bien, nous avons vu comment était traité Baha'u'llah. Il n'avait rien fait de mal. Cependant le Sultan L'a forcé Lui et sa famille à quitter Bagdad pour Constantinople. Et peu de temps après, au milieu de l'hiver, Ils durent partir pour Andrinople. Ceci était aussi l'ordre du Sultan `Abdu'l-`Aziz.

Maintenant Baha'u'llah entreprenait un autre voyage. Le Sultan `Abdu'l-`Aziz avait décrété que Baha'u'llah devait aller dans la prison de `Akka. Ceci était une terrible perspective. Chacun savait que seuls les plus mauvais criminels étaient envoyés dans cette prison.

La première partie du voyage était sur terre, vers le port de Gallipoli. De là, ils devaient continuer en mer. Sur le trajet de Gallipoli, des soldats accompagnaient Baha'u'llah. A Gallipoli, leur capitaine vient dire au revoir à Baha'u'llah. Il était extrêmement humble et poli. Il dit à Baha'u'llah qu'il était très ennuyé de voir comment Baha'u'llah était traité par les autorités. Alors Baha'u'llah lui dit: "Dis au roi que ce territoire glissera entre ses mains et ses affaires seront dispersées. Je ne parle pas en Mon nom mais au nom de Dieu".

Baha'u'llah dit autre chose au capitaine. Il dit que le Sultan aurait dû organiser une réunion à laquelle Baha'u'llah aurait dû assister. Alors le Sultan aurait jugé par lui-même le cas de Baha'u'llah. Il se serait rendu compte si Baha'u'llah avait fait quelque chose contre la Volonté de Dieu. Il aurait demandé à Baha'u'llah de prouver la vérité de ses paroles. S'il avait trouvé que Baha'u'llah était en défaut, alors il aurait pu faire de Lui ce qu'il voulait. Mais ce que le Sultan faisait maintenant était une erreur. Il n'aurait jamais dû admettre tant d'hostilité et d'injustice. Il n'y avait aucune raison pour cela. Le Sultan ne faisait que ce que les gens mauvais lui avaient dit de faire.

Le capitaine écouta Baha'u'llah très attentivement et Lui promit qu'il rapporterait son message au Sultan. Mais cela changerait-il le Sultan `Abdu'l-`Aziz? Après dirigerait-il mieux son immense royaume ?

Déjà Baha'u'llah avait averti le Sultan `Abdu'l-`Aziz. En réalité il était le premier roi à qui Baha'u'llah avait annoncé qu'Il était le Messager de Dieu pour cet Age. Il lui avait déjà écrit en disant qu'il devrait prendre plus grand soin de son pays; qu'il ne devait pas laisser cela aux ministres qui ne faisaient pas ce qui était bon pour le pays et ses habitants mais faisaient le plus souvent ce qui était dans leur intérêt. C'était une étrange situation: le roi écoutait les ministres au lieu que ce soit les ministres qui l'écoutent. Si seulement ils avaient été honnêtes et sages! Mais ils n'étaient ni l'un ni l'autre.

Est-ce que le Sultan `Abdu'l-`Aziz écouta les avertissements de Baha'u'llah? Non, malheureusement, il ne le fit pas. Baha'u'llah prophétisa que son territoire lui serait pris. Et c'est ce qu'il advint. Le Sultan eut une très mauvaise fin.

Moins de dix plus tard, le Sultan `Abdu'l-`Aziz fut détrôné. Son peuple ne voulut plus de lui. Il ne pouvait plus gouverner et avait dépensé beaucoup trop d'argent pour ses plaisirs personnels. Il ne restait plus personne pour l'aider. Quatre jours plus tard il fut assassiné.

Son immense royaume eut aussi une très triste fin. Un an après l'assassinat du Sultan `Abdu'l-`Aziz il y eut une guerre atroce entre l'empire ottoman et la Russie. L'armée russe conquis une grande partie du territoire ottoman. Pendant cette guerre, dix mille personnes moururent de famine et d'épidémie. Le peuple souffrit terriblement.

Après cela, il y eut d'autres guerres. A la fin, il ne resta plus qu'un petit territoire de l'empire ottoman si puissant. Ce qui en reste est appelé aujourd'hui la Turquie.

Le Sultan `Abdu'l-`Aziz était un chef tout puissant qui pensait être l'homme le plus important du monde et que Baha'u'llah en était le moins important! Mais, maintenant, pratiquement plus personne ne se rappelle du Sultan `Abdu'l-`Aziz. Personne ne se souvient du roi qui n'a pas écouté l'avis de Baha'u'llah.


25. LA RENCONTRE

Tout était pour le mieux! Les croyants avaient obtenu l'autorisation de suivre Baha'u'llah à `Akka. A Gallipoli ils ont pris le navire tous ensemble. Mais comme ils avaient été anxieux!

Jusqu'au moment de monter sur le navire, les baha'is d'Andrinople ne savaient pas ce qu'il adviendrait d'eux, ni où Baha'u'llah serait envoyé, ni s'ils pourraient aller avec Lui. Ils avaient tous espéré pouvoir aller au même endroit que Baha'u'llah.

Au début ils avaient entendu que les autorités avaient décidé d'envoyer Baha'u'llah et deux de ses frères et un serviteur dans la ville-prison de `Akka et que tous les autres iraient à Constantinople. Ils étaient très tristes car ils allaient être séparés de Baha'u'llah. Mais finalement les autorités ont décidé qu'ils pourraient tous aller à `Akka. Certains croyants ont dû payer leur transport. Mais ils étaient trop heureux d'avoir à le faire. A la fin cela signifiait qu'ils pouvaient rester avec Baha'u'llah.

Pour pouvoir rester avec Baha'u'llah - ils étaient prêta à faire n'importe quoi, même aller en prison. Baha'u'llah les avait prévenus que les choses seraient encore plus difficiles. Si quelqu'un ne se sentait pas la force d'endurer de grandes difficultés il valait mieux qu'il ne vienne pas avec Lui. Ils avaient encore le temps de changer d'avis; quand ils seraient à bord il serait trop tard.

Mais aucun des croyants ne voulut Le quitter. Tous allèrent avec Lui. Car si leur vie allait être difficile, le plus dur était d'être séparé de Baha'u'llah.

Les habitants de Gallipoli ne comprenaient pas cela. Il y avait un Prisonnier Qui devait aller dans la ville-prison de `Akka. C'était là que seuls les criminels les plus mauvais allaient.
Et tous ces gens voulaient aller avec Lui! Ils acceptaient même de payer leur transport. Quel genre de personnes étaient-ils de vouloir de leur plein gré aller en prison avec Lui et de payer leur propre transport ? Mais, ils ne savaient pas qui était Baha'u'llah!

Après quatre jours le navire arriva à Alexandrie. Alexandrie est un port égyptien. Là ils devaient changer de navire. Heureusement il ne levait pas l'ancre immédiatement. Ils avaient donc le temps d'acheter de la nourriture et des boissons dans la ville. Certains d'entre eux eurent l'autorisation d'aller faire leurs achats.

L'un d'eux était Muhammad Ibrahim. Il marchait dans la rue quand soudain il entendit quelqu'un l'appelait par son nom. Il s'arrêta étonné et regarda autour de lui. Comment cela était-il possible ? Comment quelqu'un pouvait-il l'appeler par son nom dans cette ville étrangère ? Il s'aperçut qu'on l'appelait de la prison non loin de là.

Ah! Un visage familier. C'était Nabil, un des plus fameux disciples de Baha'u'llah!

Nabil avait été envoyé en Egypte par Baha'u'llah. Certains des amis y avaient été très mal traités et Nabil avait dû partir à leur aide. Et maintenant il était en prison à Alexandrie. Quelle coïncidence!

Muhammad Ibrahim dit à Nabil ce qui était arrivé: Baha'u'llah avait été exilé d'Andrinople vers `Akka. Le navire était à quai et seulement quelques-uns d'entre eux avaient été autorisés à aller faire des achats. Muhammad Ibrahim ne pouvait pas en dire plus car les soldats qui l'accompagnaient pour le surveiller lui avaient dit qu'il devait circuler.

Seul et désespéré, Nabil resta dans la cellule de sa prison. Il était maintenant si près de Baha'u'llah et cependant il ne pouvait pas aller près de Lui. Que pouvait-il faire?

Ce soir-là Faris Effendi entra dans la cellule de Nabil. Faris était un docteur. Les deux hommes étaient devenus de très bons amis. Nabil avait parlé de Baha'u'llah à Faris. Et Faris était devenu baha'i.

Quand Faris s'aperçut combien son ami était bouleversé, lui-même devint aussi bouleversé. Que pouvaient-ils faire? Heureusement Faris eut une idée. Il dit: Nous n'obtiendrons pas l'autorisation d'aller sur le navire. Mais nous pouvons faire quelque chose. Ecrivez le message que vous voulez. Et j'écrirai moi-même quelque chose. Demain, certains de mes amis doivent venir. Nous leur donnerons les lettres à porter au navire.

Puis tous deux écrivirent une lettre à Baha'u'llah.

Le matin suivant Constantin, l'horloger vint à la prison. Ils lui donnèrent leurs lettres afin qu'il les porte au navire. Du toit de la prison ils pouvaient voir les quais. Et ils pouvaient aussi très bien voir le navire sur lequel était Baha'u'llah.

Quelle calamité! Le navire était prêt à quitter le port. D'ailleurs il s'arrêta une quinzaine de minutes puis il commença à sortir du port. Nabil et Faris furent alors certains que leur plan avait échoué.

Mais ils avaient tort! Constantin avait pris un petit voilier et suivait le bateau. Quand le navire transportant Baha'u'llah s'éloigna, Constantin n'abandonna pas. Il continua! Le capitaine du navire vit le petit voilier arriver à sa hauteur. Et alors quelque chose se produisit que personne ne pouvait imaginer. Le capitaine donna l'ordre d'arrêter le navire. Les passagers étaient surpris que le capitaine fit arrêter le bateau pour cette raison. Puis ils virent Constantin grimper par l'échelle sur le pont et aller vers Baha'u'llah et ses disciples. Ainsi, malgré tout, les lettres furent remises aux mains de Baha'u'llah.

Dans la prison le docteur et Nabil attendaient anxieusement. Les larmes aux yeux, ils avaient vu le navire transportant leur Bien-Aimé partir. Il allait vers la ville-prison de `Akka. Il avait été si près et cependant ils n'avaient pas pu Le voir.

Soudain Constantin arriva et cria: " Par Dieu, j'ai vu le Père du Christ Lui-même!"

Combien Nabil et Faris étaient heureux! Baha'u'llah avait reçu leurs lettres. Sur le navire, Baha'u'llah leur avait révélé une Tablette. `Abdu'l-Baha avait aussi hâtivement écrit une lettre et Mirza Mihdi, un des autres fils de Baha'u'llah avait enveloppé dans un morceau de papier une poignée de bonbons et l'avait donné à Constantin.

Maintenant ils n'étaient plus tristes. Imaginez, tous deux avaient reçu une lettre de Baha'u'llah. Leur coeur était rempli de joie et de bonheur.


26. L'ARRIVEE A AKKA

Baha'u'llah avait quitté Andrinople il y avait dix-neuf jours. Ce fut un voyage difficile. Pendant dix jours Il avait été à bord d'un bateau à vapeur, enfermé dans un endroit beaucoup trop étroit pour Baha'u'llah et les soixante-dix personnes qui L'accompagnaient. Et cependant leurs peines n'étaient pas terminées. Cela allait être bien pire.

Cela commença quand le bateau arriva à Haïfa. Quatre de ses plus fidèles disciples furent séparés de Lui. Ils devaient suivre Mirza Yahya sur l'île de Chypre en Méditerranée. C'étaient les ordres du Sultan `Abdu'l-`Aziz. Mais ils auraient préféré rester avec Baha'u'llah et ne voulaient pas partir avec Mirza Yahya. Abdu'l-Ghaffar était l'un d'entre eux. Au moment où Baha'u'llah descendit du bateau à vapeur, Abdu'l-Ghaffar cria très fort "Ya Baha'u'l-`Abha!" et se jeta à la mer. S'il ne pouvait pas rester avec Baha'u'llah alors il préférait se noyer. Et c'est ce qu'il fit. Mais on le sortit de l'eau juste à temps. Et Abdu'l-Ghaffar dut malgré tout aller à Chypre. Les ordres du sultan devaient être exécutés.

Baha'u'llah et sa famille et les disciples qui avaient l'autorisation de L'accompagner furent transférés sur un petit voilier qui devait les conduire de Haïfa à `Akka. Ce n'était pas un long voyage. Quand vous êtes à Haïfa vous pouvez voir `Akka sur l'autre rive de la baie. Et cependant le voyage fut long, il dura presque une journée entière. Il y avait très peu de vent pour remplir les voiles et elles ne bougeaient presque pas. Il faisait aussi terriblement chaud ce jour-là. Le soleil brûlait les têtes. Sur le voilier il n'y avait pas la moindre ombre.

Beaucoup des habitants d'`Akka étaient à l'arrivée de Baha'u'llah. Ils étaient curieux de voir le "Dieu des persans"
C'était le nom qu'ils donnaient à Baha'u'llah. Ce n'était pas très réconfortant de voir tant de curieux. Ils injuriaient Baha'u'llah et ses compagnons. Parfois ils juraient et proféraient de si grands jurons que les baha'is en étaient effrayés.

Le pauvre peuple d'`Akka ne pouvait pas mieux faire. Dans les mosquées d'`Akka on leur avait dit que Baha'u'llah et ses disciples étaient des incroyants, des criminels qui voulaient détruire la religion de Dieu. Les habitants d'`Akka avaient été prévenus de ne pas parler à ces prisonniers.

`Akka était une ville très vilaine. Elle avait été fameuse. Mais quand Baha'u'llah y arriva, il ne restait rien de son ancienne gloire. Elle était une ville-prison où résidaient les criminels les plus terribles. C'était aussi une ville très sale, aux rues immondes et pleines de vermines. Il n'y avait même pas d'eau potable et l'odeur y était insupportable. Les gens disaient en plaisantant que si des oiseaux passaient au-dessus d'`Akka, ils tomberaient raides morts par sa puanteur.

Baha'u'llah arriva à `Akka en prisonnier. Lui-même, sa famille et ses disciples avaient enduré un voyage long et pénible. Ils étaient fatigués, ils avaient faim et soif. Mais la première nuit ils n'eurent rien à manger. Quand ils demandèrent s'ils pouvaient avoir un peu d'eau, ils n'en reçurent même pas - imaginez, après une journée sous un soleil brûlant. Ils n'avaient pas de lits. Ils durent dormir à même le sol.

Que Baha'u'llah vienne à `Akka était le Plan de Dieu. Dieu voulait que Baha'u'llah vienne en Terre sainte. Il y avait plus de deux mille ans, les prophètes d'Israël L'avait prédit.

Personne de peut dire que Baha'u'llah est venu en Terre sainte de son propre gré. En fait ceux sont les opposants à la Foi qui ont fait que cela se produise. Ils L'envoyèrent de place en place. Il fut exilé trois fois auparavant: d'abord à Bagdad et de là à Constantinople; très peu de temps après vers Andrinople. Ses ennemis pensaient alors: maintenant Il est si loin, nous n'entendrons plus parler de Lui. Mais ils avaient tort. Finalement ils L'envoyèrent dans l'infâme prison d'`Akka. Ils pensèrent qu'ils s'étaient définitivement débarrassés de Lui. Ils pensaient qu'ils pouvaient détruire la nouvelle religion.

Combien ils avaient tort! Au lieu d'empêcher la Foi de progresser, ils l'aidèrent! Les ennemis de la Foi avaient fait exactement ce qu'il fallait pour accomplir de Plan de Dieu.


27. LA PLUS GRANDE PRISON

A Andrinople Baha'u'llah avait prévenu les Baha'is: Celui qui Le suivrait devait se préparer à passer par de rudes épreuves. Quiconque pensait qu'il ne pourrait pas les supporter devait aller ailleurs tant qu'il en avait encore la possibilité. Mais personne ne Le quitta. Tous désiraient rester avec Baha'u'llah, qu'importait l'endroit où ils seraient bannis.

C'était une terrible épreuve que d'être dans la prison d'`Akka. Les difficultés commencèrent dès le premier soir. Baha'u'llah, sa famille et ses disciples étaient fatigués, affamés et, par dessus tout, assoiffés. Ils avaient passé pratiquement une journée sous un soleil brûlant dans le voilier. Ils demandèrent aux gardiens s'ils pouvaient avoir un peu d'eau. Mais ils n'en obtinrent pas. Ils n'eurent aucune nourriture ni lit pour dormir. Ils durent dormir à même le sol. Presque personne ne put dormir cette première nuit.

Le jour suivant on leur donna du pain, noir, trop salé; il fallait avoir très faim pour en manger, il avait si mauvais goût. Ils eurent aussi de l'eau d'un puits voisin de la prison. Mais elle était sale, sentait mauvais et n'était pas potable.

Savez-vous ce qui arrive aux gens qui habitent dans un endroit sale et plein de maladies, s'ils n'obtiennent pas de la bonne nourriture et n'ont pas d'eau potable? Ils deviennent malades. Aussi ce ne fut pas long avant que tous les baha'is tombent malades. Ils avaient une forte fièvre et pas de lit pour s'étendre confortablement. Seuls `Abdu'l-Baha et deux autres baha'is ne sont pas tombés malades. Ils prirent soin de leurs amis malades nuit et jour.

Trois des disciples de Baha'u'llah moururent, deux la même nuit. Les baha'is demandèrent à leurs gardiens s'ils pouvaient enterrer leurs amis quelque part en dehors de la prison. Ils voulaient faire cela eux-mêmes. Afin d'être surs que leurs amis seraient enterrés selon les instructions de Baha'u'llah.

Mais personne n'eut l'autorisation de sortir de la prison. Les gardiens demandèrent de l'argent pour prendre soin de leur enterrement. Où allaient-ils se procurer de l'argent? Baha'u'llah donna le tapis sur lequel Il dormait pour que les gardiens le vendent et avec cet argent qu'ils enterrent ses amis proprement. Ce tapis valait le double de ce qu'ils avaient demandé. Et cependant, les gardiens vendirent le tapis et gardèrent l'argent. Ils firent un trou et y jetèrent les corps, portant les vêtements qu'ils avaient au moment de leur mort, sans avoir été lavés et sans cercueil.

Les gardiens étaient des hommes cruels et rustres. Ils étaient le plus souvent très désagréables envers les baha'is. Mais malgré leur façon d'agir les baha'is restaient patients. Ils ne se mettaient jamais en colère. Ceci, d'ailleurs, surprenait les gardiens. Ils avaient l'habitude d'avoir à faire à des prisonniers qui les insultaient et se comportaient d'une manière hostile.

Ces gens, les baha'is, étaient toujours polis. Ils n'essayaient jamais de n'en faire qu'à leur tête. Ceci eut une grande influence sur les gardiens. Ils commencèrent à changer. Comment pouvaient-ils rester si désagréables envers des gens qui ne leur avaient jamais montrer aucune méchanceté? Après un certain temps les gardiens commencèrent à mieux traiter les baha'is et étaient moins durs avec eux.

Il y avait autre chose qui rendait la vie si dure dans la prison. Le Sultan `Abdu'l-`Aziz et ses ministres avaient décidé que les baha'is ne devaient avoir aucun contact avec l'extérieur. Ils n'étaient jamais autorisés à recevoir des visiteurs. Ils n'étaient pas autorisés à rendre des visites. Ils avaient même donné l'ordre que Baha'u'llah ne devait pas parler à ses disciples. Seule sa famille pouvait être près de Lui.

Ceci était très dur pour les pèlerins. Dès l'instant où ils entendirent que Baha'u'llah était dans la ville-prison d'`Akka, certains d'entre eux se mirent en route. Ils avaient un long et difficile voyage à faire, traverser de hautes montagnes et des déserts brûlants. Mais être près de Baha'u'llah pendant quelques instants en valait bien la peine. Mais quel désastre! Quand enfin ils arrivèrent à `Akka, ils ne purent pas voir Baha'u'llah, ils furent jetés en dehors de la ville. Pauvres pèlerins! Il n'y avait qu'une chose à faire.

Autour d'`Akka il y avait de hauts murs. Elle avait été autrefois une ville fortifiée; les soldats pouvaient la défendre plus facilement derrière les murs. Les pèlerins prirent l'habitude de se tenir derrière la deuxième douve qui entourait la ville et se tourner vers la prison afin de pouvoir voir la fenêtre derrière laquelle était emprisonné Baha'u'llah. Là, ils attendaient plein d'espoir. Verraient-ils Baha'u'llah?

Combien ils étaient heureux s'ils pouvaient L'apercevoir derrière des barreaux. Et combien ils étaient heureux s'Il leur faisait des signes de la main à travers les barreaux. Ils avaient juste aperçu Baha'u'llah de loin et ils retournaient chez eux le coeur rempli de joie. Ils pensaient et repensaient à cet ultime instant où ils avaient pu voir Baha'u'llah et L'avait aperçu leur faisant des signes. Cela avait été le meilleur moment de leur vie.

La vie dans la prison d'`Akka était extrêmement difficile pour Baha'u'llah. Vous rappelez-vous que déjà une fois Baha'u'llah avait été jeté en prison? C'était à Téhéran, dans le sombre cachot d'un profond souterrain. Il était appelé le Siyah-Chal.

Là il faisait froid, c'était très sale et l'odeur était épouvantable. Les pieds de Baha'u'llah étaient dans un carcan et Il avait une chaîne autour de son cou qui pesait plus de cinquante kilos.

Pourtant les souffrances de Baha'u'llah dans la prison d'`Akka étaient encore plus grandes. C'est pour cela qu'Il nomma cette prison "La Plus Grande Prison". Vous ne devrez pas oublier ce nom.


28. BADI

"Avez-vous un fils en âge de vous aider?" demanda Nabil quand il vit que le vieil homme avec qui il demeurait devait faire tout lui-même.
"Oui, j'en ai un mais il ne m'obéit pas. Il ne fait jamais ce que je lui demande. C'est un garçon à problèmes et il me brise le coeur" répondit le vieil homme.
"Amenez-le moi. J'aimerai le voir" dit Nabil
C'est ce qu'il fit. Quand il entra, Nabil vit que son fils était un garçon grand et maigre, au coeur simple. Son nom était Aqa Buzurg. Nabil demanda au père de laisser Aqa Buzurg être à son service aussi longtemps qu'il resterait dans la maison.

Quand ils furent ensemble, Nabil commença à parler de Baha'u'llah à Aqa Buzurg. Il lui lut à haute voix un poème que Baha'u'llah avait écrit quand Il était dans les montagnes de Sulaymaniyyih. Dans ce poème, Baha'u'llah décrit ses souffrances et ses chagrins. Les joues de Aqa Buzurg devinrent rouges quand il entendit ces versets divins. Des larmes coulèrent de ses yeux. Il se mit à pleurer. Il commença à regretter la mauvaise vie qu'il avait menée. Il fut attiré par les mots de Baha'u'llah. Durant la nuit ni l'un ni l'autre ne purent dormir. Alors ensemble ils lurent des écrits sacrés jusqu'au lever du jour. En peu de temps, les mots de Baha'u'llah avaient complètement changé Aqa Buzurg.

Aqa Buzurg demanda à son père s'il pourrait aller avec Nabil quand il voyagerait à travers l'Iran.

"Pas maintenant, répondit son père, d'abord tu dois apprendre à lire et à écrire et étudier le "Livre de la Certitude" avec ton enseignant. Puis tu dois recopier le "Livre de la Certitude". Quand tu auras fait tout cela tu pourras voyager."

Quelques mois plus tard, Aqa Buzurg était prêt pour le départ. Il alla tout d'abord à Bagdad pour aider les baha'is. Il devint leur porteur d'eau. Il puisait aussi l'eau pour arroser les fleurs du jardin de la maison où Baha'u'llah avait habitée.
En ce temps-là les gens n'avaient pas de robinets d'eau dans leur maison. S'ils avaient besoin d'eau ils devaient la chercher au puits ou à la rivière, aussi quelqu'un qui aidait à puiser l'eau était très utile.

Très vite Aqa Buzurg eut envie de voyager à nouveau. Maintenant il désirait aller à `Akka, auprès de Baha'u'llah. Il languissait d'être en présence de Baha'u'llah. Donc il fit le long et difficile voyage vers `Akka à pied. Et c'est un très long chemin!

Aqa Buzurg savait qu'il devait être très prudent s'il voulait entrer dans `Akka. Si la police s'apercevait qu'il était un baha'i, elle le jetterait dehors. Ceci ne devait pas arriver, pas après un si long voyage. Il garda ses vêtements de porteur d'eau et ainsi il put marcher dans `Akka sans être remarqué.

Mais maintenant c'était le plus dur. Personne ne pouvait rendre visite à Baha'u'llah. Si Aqa Buzurg allait à la prison et demandait à voir Baha'u'llah, qu'adviendrait-il? Il serait immédiatement jeté hors d'`Akka. Si cela arrivait, il ne pourrait jamais plus revenir dans la ville. Et il serait encore plus loin de son but. Mais que pouvait-il faire? Comment pouvait-il voir Baha'u'llah? Aqa Buzurg commençait à désespérer.

Il y avait une chose qu'il pouvait faire. Il alla à la mosquée et pria. Cela résoudrait-il son problème? Dans la soirée un petit groupe de persans vinrent à la mosquée. A son grand soulagement, Aqa Buzurg vit que l'un d'entre eux était `Abdu'l-Baha. Aqa Buzurg le reconnut tout de suite. Vite il écrivit un mot et le remit dans la main d'`Abdul-Baha, avec beaucoup de précaution, afin que personne ne le vit car alors son plan aurait échoué à la dernière minute.

Les prières de Aqa Buzurg furent entendues! Le soir même, `Abdu'l-Baha organisa sa visite à Baha'u'llah dans la prison.
Malgré les difficultés, Aqa Buzurg avait atteint son but.

Baha'u'llah savait Aqa Buzurg devait venir. Il avait une tâche très important à lui confier.

Baha'u'llah, pendant qu'Il vivait encore à Andrinople, avait écrit des lettres aux principaux rois et dirigeants du monde. Toutes ces lettres avaient été délivrées excepté une. Cette lettre spéciale était destinée au Chah de Perse. Elle ne pouvait pas être envoyée par le courrier ordinaire parce qu'on ne pouvait pas se fier aux courtisans du Chah. Si ses courtisans pensaient qu'il ne devait pas lire une lettre, ils la déchiraient ou la brûlaient, et donc il pouvait arriver que le Chah ne reçoive pas certaine lettre. Aussi la lettre de Baha'u'llah devait être remise personnellement au Chah par quelqu'un dont Baha'u'llah était sûr qu'il ferait en sorte que la lettre atteigne son destinataire. Cette personne était Aqa Buzurg.

A deux reprises Aqa Buzurg rendit visite à Baha'u'llah dans la Plus Grande Prison. Ces rencontres avec Baha'u'llah le changèrent encore plus qu'il ne l'avait déjà été. Le changement était si grand que Baha'u'llah lui donna un nouveau nom: "Badi" qui signifie "Magnifique".

Pendant ces visites Baha'u'llah parla à Badi de la Lettre qui devait être remise au Chah. C'était une mission très dangereuse. Le porteur de la lettre pouvait être tué. Badi ne le savait que trop bien. Cependant il demanda s'il pouvait remplir cette mission.

Plusieurs baha'is avaient demandé à Baha'u'llah s'ils pouvaient porter la lettre au Chah mais Il n'avait jamais donné son accord. Maintenant que Badi le demandait Il lui donna son autorisation.
Baha'u'llah savait que ce jeune garçon de dix-sept ans pourrait mener à bien cette mission difficile et dangereuse.


29. BADI VA TROUVER LE CHAH

Badi savait combien dangereuse était sa mission. Peut-être serait-il tué. Cependant il voulait l'accomplir. Il avait demandé s'il pouvait porter la lettre de Baha'u'llah au Chah. Maintenant il retournait en Perse, un voyage de plus de cent jours de marche.

Badi était pressé. Il désirait remettre la lettre au Chah le plus tôt possible. Aussitôt qu'il eut la Lettre, il se mit en route. On lui avait dit qu'il devait attendre de recevoir un peu d'argent pour son voyage. Mais quand le messager de Baha'u'llah vint lui porter l'argent, Badi était déjà parti. Il était sur le chemin de la Perse, portant la lettre de Baha'u'llah au Chah.

Badi voyagea seul, tout seul. C'est ce que Baha'u'llah lui avait dit de faire. En route il ne devait rendre visite à aucun baha'i. Badi ne dit à personne le but de son voyage. Tout le monde pensa qu'il retournait chez lui.

Baha'u'llah avait donné à Badi une autre instruction. Il devait remettre la lettre au Chah en personne. Personne ne devait faire cela pour lui. Ainsi il serait certain que le Chah en personne avait reçu la lettre et qu'elle ne serait pas déchirée ou confisquée par ses courtisans.

Comment Badi fit-il ce long voyage de `Akka en Perse à pied, à travers de hautes montagnes et des déserts brûlants? Nous tenons de quelqu'un qui a vu Badi sur le parcours qu'il paraissait très heureux et très gai. C'était comme s'il rendait à une invitation. Chaque fois qu'il avait parcouru une certaine distance, il s'arrêtait, sortait de la route, se tournait vers `Akka et baissait la tête vers le sol. Que faisait-il alors, pensez-vous? Il commençait à prier. Il priait Dieu de ne pas le priver de sa mission et il demandait à Dieu de lui donner la force de l'accomplir.

Après avoir voyagé pendant quatre mois, Badi arriva à Téhéran. Il demanda aux gens s'ils savaient où était le Chah. Il ne leur disait pas pourquoi il voulait le savoir. Cela devait être gardé secret. Ils lui dirent que le Chah était dans un de ses palais d'été. C'est donc là que se rendit Badi.

Comment pouvait-il être sûr que le Chah recevrait la lettre?
Baha'u'llah avait dit que personne autre que lui ne devait la remettre au Chah. Il ne pouvait pas entrer dans le palais et dire qu'il avait une lettre qui devait être remise au Chah en personne. On ne lui permettrai jamais de voir le Chah.

Badi alla s'asseoir sur un petit rocher près de la route où le Chah pourrait passer. Il attendit un, deux, même trois jours. Les gens pensèrent que ceci était étrange. "Pourquoi cet homme était toujours assis sur ce rocher?" se demandèrent-ils.

Badi attendit patiemment jusqu'à ce qu'enfin le Chah passa.
Calmement et avec dignité, Badi s'avança et lui dit qu'il avait un important message pour lui. De la façon dont parla Badi le Chah comprit immédiatement que la lettre était de Baha'u'llah. Lui-même avait un rôle important dans le bannissement de Baha'u'llah loin de la Perse. Et maintenant quelqu'un se présentait devant lui avec une lettre de Baha'u'llah.

Le Chah prit la lettre et dit à ses gardes de mettre Badi en prison. Ils devaient lui demander qui étaient ses amis et où on pouvait les trouver. En premier il devait être bien traité mais, s'il ne répondait pas, ils pourraient utiliser de rudes méthodes afin de le faire parler.

Les hommes du Chah demandèrent à Badi toutes sortes de questions. Tout d'abord, gentiment "D'où apportez-vous cette lettre?" "Qui vous a donné cette lettre?" "Il y a combien de temps?" "Qui sont vos amis?"

Badi leur dit franchement comment cela s'était produit: il avait reçu la lettre pour le Chah des mains de Baha'u'llah dans la prison d'`Akka. Baha'u'llah l'avait averti que ce serait une mission dangereuse. Et cependant il voulait l'accomplir, même quand il sut qu'il risquait d'être tué. Il y a quatre mois qu'il avait quitté `Akka. Ici, il attendait une opportunité favorable pour donner la lettre au Chah. Heureusement, il eût de la chance. "Si vous cherchez les baha'is, il y en a un grand nombre en Perse" dit Badi "Et si vous voulait mes amis: j'ai voyagé seul tout le long du parcours."

Alors les gardes du Chah voulurent forcer Badi à leur donner les noms de ses compagnons et les noms des baha'is de Perse. Ils lui dirent que s'il leur donnait les noms ils veilleraient à ce qu'il soit libre et lui épargnerait la mort.

Mais ceci ne fit pas peur à Badi. Il dit même qu'il avait hâte d'être mis à mort.


30. BADI - L'ORGUEIL DES MARTYRS

Les hommes du Chah continuaient de demander à Badi qui étaient ses amis et qui avait voyagé avec lui de `Akka en Perse. Mais Badi avait voyagé tout seul comme le lui avait dit Baha'u'llah.

D'abord ils n'étaient pas mauvais avec Badi. Mais Badi ne pouvait leur donner aucun nom. Alors ils commencèrent à le traiter durement, puis de plus en plus rudement et cruellement. Ils lui donnèrent des coups de bâton; cela signifie qu'ils lui frappaient la plante des pieds avec des bâtons et les fouettaient. C'était très douloureux mais il semblait que Badi ne sentait pas la douleur, il ne bougea même pas. Puis ils ont appliqué des fers rouges contre son corps. C'était comme si cela ne brûlait pas Badi. Les bourreaux ne pouvaient pas comprendre cela. Ils n'avaient jamais vu rien de semblable.

Pendant trois jours ils torturèrent Badi de cette façon. Mais quoiqu'ils fassent, Badi ne disait rien. Alors ils le tuèrent. Ils le tuèrent pour avoir porté une lettre de Baha'u'llah au Chah.

Qu'était-il écrit dans cette lettre? Baha'u'llah disait au Chah qu'Il était un homme comme les autres quand les brises de Dieu soufflèrent sur Lui et Lui donnèrent la connaissance de toutes choses. Ses paroles étaient de Dieu, pas de Lui-même. Il demandait au roi de Lui rendre justice et de prêter attention aux Paroles de Dieu. Si le Chah écoutait les mots divins, il se rendrait compte qu'il n'est pas important d'être le roi d'un grand pays.

Que fit le Chah de la lettre qu'il avait reçue des mains de Badi? Il la donna au clergé et leur dit qu'ils devaient y répondre. Mais le clergé ne fit pas ce que le Chah leur avait demandé. Au contraire, ils dirent que l'homme qui avait apporté la lettre du roi devait être tué.

Nasiri'd-Din Chah n'était pas un chef qui dirigeait son pays correctement. Pendant les années de son règne les choses s'aggravèrent en Perse. Il ne restait pratiquement aucun fonctionnaire honnête. Ils essayaient toujours d'obtenir de l'argent de façon malhonnête. Ceci était souvent au dépend du peuple qui de toute façon gagnait très peu d'argent. Le Chah lui-même ne s'occupait pas de son peuple. Il était beaucoup trop occupé par sa propre personne et son propre plaisir.

Pendant le règne de Nasiri'd-Din Chah en Perse de terribles choses se sont produites dans ce pays. Le Bab a été exécuté par un peloton à Tabriz. Des milliers et des milliers de disciples du Bab et de Baha'u'llah furent mis à mort. Baha'u'llah fut exilé loin de la Perse.

Ensuite, le Chah eut un grand rôle dans le bannissement de Baha'u'llah vers d'autres endroits jusqu'à ce qu'il soit finalement emprisonné à `Akka. Nasiri'd-Din Chah ne se souciait pas de ses sujets. Il était un mauvais roi. C'est pourquoi Baha'u'llah le surnomma "Le Prince des Oppresseurs".

Nasirid'-Din Chah fit également mettre Badi à mort. Son corps était mort, mais son âme était allée vers une nouvelle vie. Baha'u'llah écrivit une lettre au père de Badi et l'assura que son fils n'était pas réellement mort mais qu'il vivait dans un autre monde.

Badi sacrifia sa vie pour Baha'u'llah alors qu'il n'avait que dix-sept ans. Baha'u'llah l'appela "L'Orgueil des Martyrs".


31. LA PLUS PURE BRANCHE

Baha'u'llah était maintenant dans la Plus Grande Prison à `Akka depuis presque deux ans avec sa famille et les disciples qui étaient venus avec Lui d'Andrinople. Ils n'étaient pas autorisés à sortir de la prison, excepté certains qui, parfois, allaient en ville pour des achats. Mais les gardes allaient avec eux afin de s'assurer qu'ils ne s'échappent pas. Ceci n'était réellement pas nécessaire. Après tout, les baha'is avaient suivi Baha'u'llah de leur plein gré! Qui aurait voulu s'échapper? Tout ce qu'ils désiraient c'était d'être avec Baha'u'llah.

Baha'u'llah n'avait pas le droit d'avoir des visiteurs. Même pas les pèlerins qui avaient fait un long voyage depuis la Perse n'avaient l'autorisation de Le voir. Il ne leur était même pas permis d'entrer dans `Akka. La seule chose qu'ils pouvaient faire était de faire signe de la main vers la fenêtre de la cellule de la prison de Baha'u'llah depuis une certaine distance en dehors des murs de la cité.

Un des pèlerins s'appelait Ustad Isma'il. Malgré son grand âge il se rendit à `Akka. Mais il n'eut pas l'autorisation d'entrer dans la cité. Alors, comme les autres pèlerins, il espérait pouvoir voir Baha'u'llah ne serait-ce qu'un instant.

Mais quelle tristesse! La vue d'Ustad Isma'il n'était pas très bonne. Il attendit des heures et des heures scrutant la prison. Mais il ne pouvait pas voir Baha'u'llah lui faire des signes de la main depuis la cellule de sa prison.

De la prison la Sainte Famille vit ce qui se passait. Leurs yeux étaient remplis de larmes. Combien ils auraient aimé qu'Ustad Isma'il put voir Baha'u'llah et que les pèlerins puissent être admis en Sa présence. Mais ils ne pouvaient rien faire.

La vie était dure dans la prison. Il n'y avait qu'un coin où ils pouvaient avoir un peu d'air frais. C'était sur la terrasse du bâtiment. Là, ils pouvaient marcher de long en large. Ils pouvaient regarder vers la mer et voir le Mont Carmel dans le loin.

Le jeune frère d'`Abdu'l-Baha, Mirza Mihdi, allait souvent sur le toit. C'était son habitude d'y aller dans la soirée quand le crépuscule tombait pour prier et méditer. Il marchait de long en large et faisait attention de ne pas tomber. Mais, un soir, il était tellement absorbé dans ses prières qu'il oublia de regarder où il mettait les pieds et il tomba à travers une lucarne.

Le bruit de la chute et les cris de Mihdi alertèrent les autres qui arrivèrent pour voir ce qui était arrivé. Les choses ne paraissaient pas bonnes pour lui. Il était tombé sur un cageot de bois qui lui avait transpercé la poitrine. Ils appelèrent un docteur mais on sut tout de suite que Mirza Mihdi n'irait pas mieux.

Baha'u'llah demanda à Mirza Mihdi ce qu'il désirait. Il pouvait faire un voeu. Mirza Mihdi ne désirait rien pour lui-même. A cet instant il pensait aux pèlerins et dit qu'il désirait qu'ils ne soient plus privés de voir leur Bien-Aimé. Baha'u'llah répondit que cela se produirait; Dieu exaucerait son voeu.

Le lendemain de l'accident, Mirza Mihdi mourut.

Sa famille et les croyants étaient tristes. Il était si jeune, seulement vingt-deux ans. Mirza Mihdi avait toujours été si gentil avec tout le monde. Les baha'is avaient tellement appris de lui. Quand ils étaient réunis, il leur lisait souvent à haute voix les Tablettes que Baha'u'llah avait révélées. Il leur avait appris, par son exemple, à être courtois et patient et de toujours se soumettre à la Volonté de Dieu.

Parce qu'il L'avait toujours servi si fidèlement, Baha'u'llah appela Son fils la "Branche La Plus Pure".

Quand Baha'u'llah sortit du Siyyah-Chal et que le Chah Lui ordonna de quitter la Perse, Mirza Mihdi n'avait que quatre ans. Il était trop jeune pour faire ce dangereux voyage pendant le temps glacial de l'hiver. Il avait sept ou huit ans quand il fut amené à Bagdad pour vivre avec son Père et sa mère. Après, quand Baha'u'llah partit pour les autres villes où Il était exilé, Mirza Mihdi Le suivit. Ainsi, il était venu avec sa famille dans la prison d'`Akka.

La mère de Mirza Mihdi, Navvab, ne pouvait pas se consoler de la mort de son fils. Sa tristesse était si grande qu'elle tomba malade. Baha'u'llah alla la voir. Il lui dit que Dieu avait pris son fils pour que son peuple puisse être libre et que toute l'humanité puisse être unie et se tourner vers Dieu. Le coeur de Navvab fut réconforté par l'assurance de Baha'u'llah. Après cela elle ne pleura plus la mort de Mirza Mihdi.


32. LE MEURTRE DE SIYYID MUHAMMAD

Juste avant sa mort, Mirza Mihdi avait demandé à Baha'u'llah si sa vie pouvait être donnée en sacrifice pour les pèlerins. A cette époque ils ne pouvaient que faire des signes de la main à Baha'u'llah, loin en dehors des murs de la prison. Mirza Mihdi désirait qu'ils puissent être près de Baha'u'llah. Quatre mois après la mort de Mirza Mihdi son voeu fut exaucé et les portes de la prison s'ouvrirent. Baha'u'llah et Sa famille furent autorisés à quitter la Plus Grande Prison et à vivre dans un autre logement mais à l'intérieur des murs de la cité.

Maintenant qu'ils étaient hors de la prison, est-ce que la vie de Baha'u'llah serait plus facile? Vous penseriez que oui, mais il se trouve que les choses ne s'étaient pas améliorées.

Pendant la première année, Baha'u'llah et ses disciples durent déménager. En un an ils changèrent de maison quatre fois. La dernière demeure était d'ailleurs beaucoup trop petite. Treize personnes devaient vivre dans une seule pièce.
Et Baha'u'llah était toujours prisonnier. Il devait toujours rester à `Akka et n'avait pas la permission de quitter la cité. Il ne pouvait jamais se promener dans la campagne, ce qu'Il aimait beaucoup.

Les gens d'`Akka restaient toujours très hostiles envers Baha'u'llah et ses disciples. Après tout, Baha'u'llah avait été en prison. Les criminels et les tueurs étaient jetés dans cette prison. Aussi les gens d'`Akka pensaient que quiconque avait séjourné dans cette prison était un criminel. Ainsi ils croyaient que Baha'u'llah en était aussi un.

Il y avait quelqu'un d'autre, habitant également `Akka qui essayait, chaque jour, de rendre la vie de Baha'u'llah et de ses disciples encore plus difficile qu'elle ne l'était déjà. C'était Siyyid Muhammad. Siyyid Muhammad était un des aides de Mirza Yahya. A Bagdad et à Andrinople lui et Mirza Yahya avaient fait le maximum pour rendre la vie de Baha'u'llah misérable.

Quand Baha'u'llah fut banni d'Andrinople, Mirza Yahya fut envoyé dans l'île de Chypre dans la mer Méditerranée. Siyyid Muhammad dut rester à `Akka. Là, Siyyid Muhammad continua de faire ce qu'il faisait depuis des années. Chaque fois qu'il le put, il essaya de travailler contre Baha'u'llah et les baha'is. Il ne laissa passer aucune chance pour dire du mal de Baha'u'llah. Naturellement tout ce qu'il disait n'était que des mensonges, mais les habitants d'`Akka ne cherchaient pas plus loin et le croyaient.

Siyyid Muhammad et ses aides habitaient dans une pièce en face de la porte de la cité. Ils pouvaient voir qui entrait dans la cité, y compris les pèlerins qui arrivaient à `Akka après leur voyage depuis la Perse. Aussitôt que Siyyid Muhammad ou ses acolytes reconnaissaient un pèlerin ils le rapportaient à la police. Ces derniers arrivaient et renvoyaient les pèlerins d'où ils venaient.

Pauvres pèlerins! Ils avaient dû affronter un voyage fatiguant et, au dernier moment, tout allait mal. Tous ces ennuis étaient causés par Siyyid Muhammad et ses aides. Certains baha'is voulaient lui donner une grande punition. Comment pouvaient-ils les laisser s'en sortir ? Mais Baha'u'llah leur dit encore une fois d'être patients et de ne réagir d'aucune façon. Ceci rendait Siyyid Muhammad et ses aides encore plus audacieux, car quoiqu'ils fassent les baha'is ne feraient rien en retour.

Un des aides de Siyyid Muhammad alla même jusqu'à falsifier les Ecrits de Baha'u'llah. Il changea les Saintes Ecritures de telle façon qu'elles contenaient des choses affreuses. Ensuite ils les montrèrent à un maximum de gens à `Akka et leur dirent voilà ce que Baha'u'llah a écrit. Naturellement les habitants jugèrent Baha'u'llah encore plus mal que jamais. La conduite de ces gens était scandaleuse. Pouvez-vous imaginer combien les baha'is étaient furieux? Et cependant Baha'u'llah avait clairement dit qu'ils ne devaient rien faire.

Sept des baha'is ne purent le supporter plus longtemps. Ceci n'aurait-il jamais de fin? Cela allait-il durer encore et encore? Ce ne pouvait plus être accepté, pensaient-ils: cela devait être stoppé. Secrètement, sans en parler à personne, ces sept baha'is firent un plan. Le plan était de tuer Siyyid Muhammad et ses aides. Ils obtinrent des revolvers et un après-midi ils surgirent dans la maison de Siyyid Muhammad et tirèrent sur lui et deux de ses aides.

Les conséquences furent terribles. Tout `Akka était dans la plus grande agitation.

Vous voyez? Se disaient les gens. Ces baha'is sont des criminels et des tueurs après tout.

Les cris des gens pouvaient être entendus de toute part. Armés de bâtons et de pierres, d'épées et de fusils, ils se dirigèrent vers les maisons de Baha'u'llah et des autres baha'is. Chaque baha'i qu'ils rencontrèrent fut pris et jeté en prison.

On demanda à Baha'u'llah de se rendre au bâtiment du gouvernement. Là, le commandant de l'armée Lui demanda: "Est-il juste que certains de vos disciples agissent de telle manière?"

Baha'u'llah répondit immédiatement: " Si un de vos soldats venait à commettre un acte répréhensible, seriez-vous responsable, et puni à sa place?"

A la fin de l'interrogatoire, personne n'osa répondre à Baha'u'llah. Plus tard, le gouverneur Lui envoya une lettre d'excuses.

La haine des gens d'`Akka pour les baha'is était maintenant plus forte que jamais. Ils accusaient les baha'is d'être des gens impies. Dans les rues, où tout le monde pouvait les entendre, ils les injurieraient. Même leurs enfants ne pouvaient plus sortir sans être insultés ou qu'on leur jette des pierres.

Baha'u'llah avait souvent répété à ses disciples qu'ils ne devaient pas se venger. Plus Siyyid Muhammad leur avait causé d'ennuis, plus souvent Baha'u'llah avait répété son ordre. Cependant il y en avait qui pensaient qu'ils devaient tuer Siyyid Muhammad et ses aides. Ils ne firent pas ce que Baha'u'llah leur avait dit. C'était une des causes du chagrin de Baha'u'llah.

Ecoutez ce que Baha'u'llah a dit: " Ma captivité ne peut m'apporter aucune honte. Non, par ma vie, elle me confère la gloire. Ce qui peut me faire honte c'est la conduite de certains de mes disciples qui prétendent m'aimer, mais qui, en réalité, suivent le démon."


33. LE LIVRE LE PLUS SAINT, LE KITAB-I-AQDAS

Si nous devions mettre tous les Ecrits que Baha'u'llah a révélés dans des livres, nous aurions une longue rangée de plus d'une centaine de livres. Dans chaque livre, chaque Tablette et chaque Lettre de Baha'u'llah il y a un écrit important. Il contient les paroles de Dieu. Qu'est-ce qui peut être plus important qu'un livre que Dieu a donné à l'humanité? Et cependant il y a un livre dont Baha'u'llah Lui-Même a dit que c'était son livre le plus important. Il l'appela le "Livre Le Plus Saint". En persan: le "Kitab-i-Aqdas".

Le "Livre Le Plus Saint" contient les lois et les ordonnances révélées par Baha'u'llah. Les lois et les ordonnances sont les commandements auxquels nous devons obéir. Les lois sont nécessaires partout où les gens vivent en communauté. Autrement ils ne savent pas ce qu'ils doivent ou ne doivent pas faire. Sans elles, très vite tout tomberait dans un désordre complet. Vous savez, par exemple, qu'il y a un code de la route. Si tout le monde obéit à ce code, tout va bien. Mais quel désastre ce serait si les gens n'y obéissaient pas. Si nous conduisions sans nous occuper des feux quand ils sont au rouge ou du mauvais côté de la route ou si nous ne regardions pas avec attention quand nous traversons une rue, il en résulterait de terribles accidents.

Les gouvernements promulguent des lois auxquelles le peuple doit obéir. Les directeurs et les principaux d'écoles donnent des règles auxquelles les élèves doivent obéir. Mais les lois les plus profondes pour la réorganisation de la vie sur cette terre nous viennent de Dieu. Dieu, par ses Messagers, envoie exactement au monde les lois qui sont le plus utiles au progrès de l'humanité.

Les lois révélées par un Messager sont très différentes des lois que les gens font pour eux-mêmes. Elles ont tellement plus de pouvoir, comme en ont les paroles d'un Messager de Dieu. Les paroles même des gens les plus éclairés dans le monde
ou encore de tous les peuples réunis, ne pourront jamais avoir une influence aussi grande que les paroles des Messagers de Dieu.

Voici un exemple très clair: Baha'u'llah a révélé dans le Kitab-i-Aqdas: "Le Seigneur a ordonné que dans chaque ville une Maison de justice y soit établie" Ceci signifie que dans chaque agglomération une Assemblée spirituelle locale, qui sera appelée dans l'avenir, une Maison de justice, doit être formée.

Maintenant, plus de cent ans après, il y a plus de 32 000 Assemblées spirituelles locales dans le monde. En raison de ces paroles de Baha'u'llah, des milliers d'hommes et de femmes ont quitté leur maison pour aller vivre ailleurs, parfois dans des pays très éloignés de leur terre natale. Ceci a souvent demandé de gros efforts et beaucoup de grands sacrifices mais, malgré cela, ils se sont arrangés. Ils auraient fait n'importe quoi pour mettre à exécution ces commandements de Baha'u'llah.

A notre époque, nous ne pouvons même pas imaginer l'importance que l'influence du Kitab-i-Aqdas aura dans l'avenir. Le "Livre Le Plus Saint" sera distribué dans le monde entier. Les habitants de chaque ville et chaque village Le liront et obéiront à ses lois.

Les gens du monde entier seront protégés par les lois du Kitab-i-Aqdas. Le monde deviendra une monde sans danger. Baha'u'llah Lui-même a dit que ses lois et ordonnances sont " les moyens les plus sûrs pour garder l'ordre dans le monde et la sécurité de ses peuples."

Dans tout le monde des écoles seront ouvertes. Il viendra un jour où tous les enfants apprendront à lire et à écrire. Ceci n'est pas encore arrivé; il y a encore des millions d'enfants qui ne vont pas à l'école ou y vont trop peu. Dans tout le monde les gens ne parleront pas seulement la langue de leur propre pays mais aussi une langue universelle. Alors, dans le monde entier, chacun pourra se parler et s'écrire, même en habitant dans des pays différents.

Dans le monde entier les gens jeûneront du lever au coucher du soleil pendant le mois de jeûne et les prières obligatoires seront dites partout, car c'est ce que Baha'u'llah nous a enjoint dans le "Livre Le Plus Saint".

Toutes les lois du "Livre Le Plus Saint" ne s'appliquent pas encore à nous. Ce n'est pas encore possible. C'est comme le lever du soleil. C'est lent, cela prend du temps avant que le soleil commence réellement à chauffer. De la même manière, les lois de Baha'u'llah seront graduellement mises en pratique.

Nous pouvons difficilement l'imaginer. Il y a actuellement si peu de gens qui savent que Baha'u'llah est le Messager de Dieu pour cet âge. Mais le temps viendra quand les gens de toute la terre obéiront aux lois du Kitab-i-Aqdas par amour de Dieu.


34. LES ENNEMIS DEVIENNENT DES AMIS

Comment pourriez-vous habiter dans un endroit où tout le monde serait désagréable avec vous, où on vous ferait comprendre que vous auriez mal agi alors que vous n'auriez rien fait, où vous seriez accablé de sarcasmes et injurié chaque fois que vous
sortiriez? N'importe qui aurait cela en horreur.

Cependant c'est ce qui arriva à Baha'u'llah et à ses disciples à `Akka. Quand ils arrivèrent d'Andrinople, les gens se tenaient le long de la route et les insultaient. C'était si terrible que cela faisait peur.

Pendant des années les habitants d'`Akka pensaient que Baha'u'llah et ses disciples étaient des gens faibles qui voulaient détruire la religion de Dieu, qui avaient trahi le sultan et étaient des personnages violents et qu'il valait mieux qu'ils soient en prison. Ils pensaient que le mieux était de se tenir loin d'eux autant que possible.

Les gardiens de la prison pensaient la même chose. C'est pourquoi ils étaient si souvent désagréables et cruels envers les baha'is. Mais quoi qu'ils leur fassent, les prisonniers n'étaient jamais en colère au contraire ils restaient amicaux et polis. Quand les gardiens virent leur façon d'agir ils ne purent pas continuer d'être désagréables envers eux.

La même chose se produit avec les habitants d'`Akka. Comment pouvez-vous continuer de croire à de mauvaises choses au sujet de gens que vous ne voyez jamais faire quelque chose de mal? Mais, une fois ils ont très mal agi. C'était quand un petit groupe de baha'is tua Siyyid Muhammad et deux de ses disciples car ils rendaient la vie de Baha'u'llah et des baha'is misérable. Mais après un certain temps chacun à `Akka réalisa que Baha'u'llah désapprouvait fortement cet acte et que cela Lui avait causé une grande tristesse.

Shaykh Mahmud vivait à `Akka. Il était un musulman fanatique. Quand le décret du sultan fut lu dans la mosquée, disant que Baha'u'llah devait être banni à `Akka, Shaykh Mahmud fut furieux. Il put difficilement se contrôler. Il voulut voir Baha'u'llah et lui dire ce qu'il pensait de Lui. Il avait même l'intention de maudire Baha'u'llah et de L'insulter.

Il alla à la prison et dit aux gardiens de l'amener auprès de Baha'u'llah. Les gardiens n'étaient pas autorisés à laisser entrer quelqu'un. Ils devaient être sûrs que personne ne parlerait avec Baha'u'llah. Mais Shaykh Mahmud était un homme important à `Akka et ils ne purent pas refuser.

Cependant, ils lui dirent qu'il ne pourrait voir Baha'u'llah que si Baha'u'llah Lui-Même était d'accord. Shaykh Mahmud dut attendre quelques instants. Après un petit moment la réponse arriva. Shaykh Mahmud pourrait voir Baha'u'llah mais avant il devait changer ses intentions. Très étonné il partit. Comment Baha'u'llah pouvait-il savoir ce qu'il avait l'intention de faire?

Shaykh Mahmud essaya une seconde fois de voir Baha'u'llah. Cette fois il cacha une arme sous ses vêtements avec laquelle il pensait pouvoir attaquer Baha'u'llah. Encore une fois les gardiens allèrent demander à Baha'u'llah s'Il acceptait de le voir. Après quelques minutes la réponse vint: Shaykh Mahmud devait jeter ce qu'il transportait.
Une fois de plus, Shaykh Mahmud fut étonné. Il avait en secret caché une arme sous ses vêtements. Il pensait que personne n'était au courant. Et cependant Baha'u'llah le savait. Comment cela était-il possible? Il se demanda: qui est cet Homme qui connaît les secrets des autres gens?

Pour la troisième fois il alla à la prison. Mais maintenant Shaykh Mahmud était devenu une personne très différente. Maintenant il ne venait plus avec de mauvaises intentions et il eut la permission d'entrer. Dans la chambre de Baha'u'llah il se jeta à ses pieds et dit qu'il désirait devenir un de ses disciples.

Un des gouverneurs d'`Akka devint également un ami de la Foi. Quelle en était la cause? Les ennemis de la Foi!

Les ennemis voulaient que le gouverneur devienne lui aussi un ennemi de la Foi. Ainsi, pensaient-ils, il pourrait les aider à rendre la vie de Baha'u'llah difficile. Ils avaient un plan. Ils donnèrent les Ecrits de Baha'u'llah au gouverneur et lui demandèrent de les lire. Ils pensaient qu'il serait très fâché. Mais qu'est-il arrivé?

Juste le contraire! En lisant les Ecrits de Baha'u'llah le gouverneur commença à avoir un très grand respect pour Lui. Après cela il rendit souvent visite à `Abdu'l-Baha et quand il rentrait dans la maison d'`Abdu'l-Baha il retirait ses chaussures. Les gens d'`Akka prirent l'habitude de dire que, lorsqu'il avait des problèmes difficiles, il se rendait chez `Abdu'l-Baha et lui demandait de les résoudre.

Une fois, ce gouverneur eut la permission de rendre visite à Baha'u'llah. Il demanda à Baha'u'llah s'il pouvait faire quelque chose pour Lui. Il désirait Lui rendre service. Baha'u'llah ne demanda rien pour Lui-même. Il demanda quelque chose qui soit utile à tous les habitants d'`Akka.

Il y avait un aqueduc près d'`Akka. Un aqueduc est une sorte de conduite d'eau aérienne. Il pouvait apporter de l'eau fraîche à `Akka. Mais cet aqueduc avait été endommagé il y a plus de trente ans. Quand le gouverneur demanda à Baha'u'llah s'il pouvait Lui rendre un service, Baha'u'llah lui demanda de faire réparer l'aqueduc. Le gouverneur s'assura que cela fut fait le plus rapidement possible.

D'autres choses ont changé à `Akka. `Akka était une ville sèche depuis des milliers d'années avec quatre centimètres de pluie par an. Seulement les arbres et les plantes qui avaient besoin de très peu d'eau pouvaient pousser. Après l'arrivée de Baha'u'llah à `Akka la pluie tomba graduellement plus souvent. Pendant les vingt années qu'Il vécut à `Akka il y eut petit à petit plus de soixante centimètres de pluie par an.

`Akka devient très différente. Il y avait des puits qui ne contenaient que de l'eau saumâtre qui n'était pas potable. Soudain de l'eau potable claire et fraîche sortit de ces puits.
Quand Baha'u'llah arriva à `Akka, c'était une ville à l'odeur nauséabonde. Les gens disaient même que si un oiseau volait au-dessus de la ville, par sa puanteur il pourrait tomber. C'était aussi terrible que cela! Graduellement l'air au-dessus de `Akka devint également pur et frais. `Akka devint un endroit où on pouvait vivre sainement, il y avait même maintenant des hôpitaux pour les gens qui avaient besoin de bon air frais.

Comment ces changements se produisirent-ils? Les habitants de `Akka savaient comment. Ils disaient que c'était parce que Baha'u'llah habitait parmi eux.

Quand Baha'u'llah et les baha'is arrivèrent à `Akka les gens pensaient qu'ils étaient des criminels qui devaient être en prison. Des années après, ils pensaient différemment. Les baha'is étaient des gens aimables et honnêtes. Beaucoup de choses changèrent à `Akka grâce à la venue de Baha'u'llah.

Maintenant les gens avaient une bien meilleure compréhension de Qui était Baha'u'llah. Quand ils parlaient de Lui ils le faisaient avec le plus grand respect


35. MAZRA'IH

Baha'u'llah a vécu pendant neuf ans comme prisonnier à `Akka. Pendant toutes ces années Il n'est jamais sorti de la ville. Selon le décret du sultan `Abdu'l-`Aziz, Baha'u'llah ne devait pas quitter la maison dans laquelle Il était prisonnier.

Au début ce décret était exécuté à la lettre. Baha'u'llah n'était pas autorisé à recevoir de visiteurs. Il n'avait même pas l'autorisation de parler aux disciples qui étaient venus avec Lui dans la prison. Sa femme et ses enfants étaient les seuls autorisés à Le voir. Plus tard les portes de la prison s'ouvrirent et les pèlerins furent autorisés à se présenter devant Baha'u'llah.

Quand Baha'u'llah, quelques années plus tard, habita dans la Maison d'`Abbud, Il n'avait pas plus de liberté. Il était toujours à l'intérieur. Son unique exercice était de marcher de long en large dans sa chambre.

Puis un jour Il dit: "Je n'ai pas contemplé de verdure pendant neuf ans. La campagne est le monde de l'âme, la ville est le monde du corps."

`Abdu'l-Baha savait très bien ce que ces paroles signifiaient: Baha'u'llah avait la nostalgie de la campagne. Immédiatement `Abdu'l-Baha partit à la recherche d'une maison de campagne.

Il en trouva une à Mazra'ih, à trois kilomètres d'`Akka. C'était une jolie villa dans un environnement magnifique traversé par un ruisseau. Elle appartenait à Muhammad Pasha Safwat. Mais il n'habitait pas là; il préférait habiter sa maison d'`Akka, où il
était plus près de ses amis et pouvait profiter de leur compagnie. Lui-même était invalide et ne pouvait pas se déplacer facilement. Il se sentait trop isolé dans sa villa de Mazra'ih.

`Abdu'l-Baha alla le voir et lui demanda s'il voulait louer sa villa. Ceci amusa Muhammad Pasha Safwat. Il n'avait jamais pensé que les baha'is lui demanderaient une telle chose. Il était, réellement, un ennemi de la Foi et avait souvent essayé de s'opposer à elle. Maintenant voici `Abdu'l-Baha qui venait demander s'il pourrait louer sa villa. En fin de compte il accepta et la laissa à `Abdu'l-Baha pour un montant de location très bas. Immédiatement `Abdu'l-Baha paya la location pour cinq ans et envoya des ouvriers pour remettre la maison et le jardin en ordre.

Mais il y avait un autre problème. Baha'u'llah n'avait pas l'autorisation de sortir de la ville. Le décret strict du sultan était toujours en vigueur; pas une seule lettre n'en avait été changée. Il est vrai que maintenant les baha'is avaient plus de liberté, ils pouvaient recevoir des visiteurs et rendre visite aux autres. Mais pouvaient-ils quitter la ville?

`Abdu'l-Baha décida de faire un test. Un jour il désirait aller à Mazra'ih pour voir la villa par lui-même. Qu'arriverait-il s'il franchissait la porte d'`Akka? Est-ce que les soldats de garde l'arrêteraient et le renverraient? Ou le laisseraient-ils passer sans rien dire?

`Abdu'l-Baha marcha calmement et passa la porte. Il agit comme si cela était une habitude quotidienne. Par chance, rien ne se produisit! Les soldats le laissèrent passer! Le jour suivant il recommença avec quelques amis et une fois encore les soldats le laissèrent passer. Peu de temps après `Abdu'l-Baha donna une grande fête en dehors de la ville et y invita les autorités et les officiels d'`Akka. Un fois encore il n'y eut aucun problème. C'était comme si le décret du sultan n'existait plus.

Alors `Abdu'l-Baha alla chez Baha'u'llah et dit: "Le palais de Mazra'ih est prêt pour Vous, et un cocher attend pour Vous y conduire."

Mais Baha'u'llah ne voulait pas y aller. Il dit: " Je suis un prisonnier."

`Abdu'l-Baha essaya une seconde fois et même une troisième. Mais Baha'u'llah répondait toujours "Non". `Abdu'l-Baha n'osa pas insister.

Il alla voir le Mufti d'`Akka, qui était le chef religieux des musulmans.

Cet homme était très dévoué à Baha'u'llah. `Abdu'l-Baha raconta au Mufti ce qui était arrivé et lui demanda de l'aider. Il dit au Mufti: "Vous êtes audacieux. Aller ce soir en sa sainte présence, jetez-vous à ses genoux, prenez ses mains et ne partez pas tant qu'Il n'aura pas promis de quitter la cité.

Le Mufti se rendit chez Baha'u'llah, s'agenouilla, prit ses mains dans les siennes, les embrassa et demanda: "Pourquoi ne voulez-vous pas quitter la ville?"

Baha'u'llah donna la même réponse que celle qu'Il avait donnée à `Abdu'l-Baha: "Je suis un prisonnier".

Le Mufti répondit: "Dieu me pardonne! Qui a le pouvoir et faire de Vous un prisonnier? Vous Vous êtes gardé Vous-Même en prison. C'était votre propre volonté d'être emprisonné, et maintenant je Vous supplie de sortir et d'aller dans le palais. Il est beau et verdoyant. Les arbres sont magnifiques et les oranges comme des boules de feu!"

Chaque fois que Baha'u'llah disait qu'Il était un prisonnier et qu'Il ne pouvait pas sortir, le Mufti prenait ses mains et les embrassait. Encore et encore il supplia Baha'u'llah de quitter la ville. Encore et encore Baha'u'llah refusa parce qu'Il était un prisonnier. Mais le Mufti continua pendant une bonne heure, à la fin Baha'u'llah dit:
"Très bien."

Le jour suivant le cocher était prêt à transporter Baha'u'llah à Mazra'ih: Officiellement Baha'u'llah était toujours un prisonnier qui n'était pas autorisé à quitter `Akka. Mais le cocher passa la porte de la ville et personne ne dit mot.

Il n'y avait maintenant personne pour prendre la peine de voir si le décret du Sultan `Abdu'l-`Aziz était appliqué.


36. PLUS DE LIBERTE

Il y a eu beaucoup de changement depuis l'arrivée de Baha'u'llah d'Andrinople à `Akka. Il habitait maintenant dans une jolie villa à Mazra'ih, au milieu de la nature qui Lui avait tellement manquée. Deux années plus tard Il déménagea dans une maison plus grande. C'était le manoir de Bahji. Ceci avait une fois encore été arrangé par `Abdu'l-Baha; Il l'avait louée pour son Père.

Maintenant Baha'u'llah avait beaucoup plus de liberté. Il pouvait, ainsi que sa famille, sortir dans la campagne pour camper. Il allait souvent dans un jardin magnifique sur une petit île de la rivière qui était près d'`Akka. Baha'u'llah allait là avec sa famille et ses disciples pour pique-niquer. Parfois Il restait plusieurs semaines. Il dormait dans une petite maison de jardinier. C'était un endroit si agréable que le nom du Jardin de Ridvan lui fut donné, en souvenir du Jardin de Ridvan près de Bagdad où Baha'u'llah avait annoncé qu'Il était le Messager de Dieu pour notre ère.

`Abdu'l-Baha était très heureux quand il voyait son Père assis dans le jardin, à l'ombre d'un arbre, entouré de magnifiques fleurs et arbrisseaux. C'était mille fois mieux que les murs gris d'`Akka que Baha'u'llah avait dû regarder pendant plusieurs années.

`Abdu'l-Baha n'alla pas vivre avec Baha'u'llah en dehors de la ville. Il resta à `Akka. Il fit cela afin de servir et de protéger la Foi. Si quelqu'un avait à parler avec les autorités, c'était `Abdu'l-Baha qui le faisait. S'il y avait quelques difficultés, c'était `Abdu'l-Baha qui les résolvait. `Abdu'l-Baha était un bouclier qui protégeait Baha'u'llah et les croyants de tous les problèmes.

Il y avait des troubles assez souvent. Il y avait encore des gens qui voulaient s'opposer à la Foi.

Un d'entre eux était `Abdu'r-Rahman. Il était le gouverneur d'`Akka du temps où Baha'u'llah y habitait. `Abdu'r-Rahman était toujours amical envers les baha'is. S'il rencontrait `Abdu'l-Baha il était très poli. Mais d'un autre côté, il avait souvent des rencontres secrètes avec les opposants de la Foi et ensemble, ils faisaient des plans pour contrecarrer Baha'u'llah. Ils écrivirent des rapports à des membres importants du gouvernement dans lesquels ils leur rappelaient le décret du sultan `Abdu'l-`Aziz où il était rapporté que Baha'u'llah et ses disciples n'avaient pas l'autorisation de parler aux gens d'`Akka. Et, ils disaient dans leurs rapports que malgré cela les baha'is allaient et venaient où bon leur plaisait, qu'ils pouvaient avoir des magasins afin de vivre aisément. Et qu'ils pouvaient parler avec qui ils voulaient.

Après avoir envoyé un grand nombre de ces rapports, un ordre arriva du gouvernement: les baha'is devaient fermer leurs boutiques.

`Abdu'r-Rahman et ses amis furent ravis. Ils avaient obtenu ce qu'ils voulaient et ils allaient veiller à ce que cet ordre soit exécuté. Ils voulaient agir de telle façon que tous les habitants de la ville soient au courant de ce qu'il arrivait. Quelle mauvaise réputation les baha'is allaient avoir quand tous verraient que le gouverneur à ordonné la fermeture de toutes leurs boutiques. C'était exactement ce qu'`Abdu'r-Rahman et ses amis désiraient.

Le matin du jour prévu, `Abdu'r-Rahman et ses aides marchèrent à travers la ville. Ils allaient dire aux baha'is qu'ils ne pouvaient plus garder leurs boutiques. Ils arrivèrent devant la première. Elle était fermée. Devant la seconde, elle était fermée. Ils allèrent devant toutes les boutiques des baha'is. Elles étaient toutes fermées!

Comment cela avait-il pu arriver? Baha'u'llah savait ce qu'`Abdu'r-Rahman avait projeté et Il avait dit aux baha'is de fermer leurs boutiques ce jour-là.

`Abdu'r-Rahman dit: "Ils n'ouvrent pas leurs boutiques très tôt mais dans peu de temps ils seront là".
`Abdu'r-Rahman et ses aides attendirent plus de deux heures. Et aucun baha'i ne vint ouvrir sa boutique.

Puis vint le Mufti d'`Akka. Il était le chef des musulmans de la ville. Vous pouviez voir sur son visage que quelque chose n'allait pas. Il avait un télégramme dans sa main. C'était du supérieur d'`Abdu'r-Rahman. Il disait qu'`Abdu'r-Rahman avait été déchu de ses fonctions.

Maintenant `Abdu'r-Rahman n'était plus gouverneur, il ne pouvait donc plus interdire aux baha'is de garder leurs boutiques à `Akka!

Tout le monde était stupéfié: Comment cela avait-il pu arriver? Comment `Abdu'r-Rahman avait-il pu être déchu de ses fonctions au moment même où tous pensaient que les baha'is allaient être méchamment humiliés?

Quelqu'un demanda à `Abdu'l-Baha s'il s'était plaint aux supérieurs d'`Abdu'r-Rahman. `Abdu'l-Baha répondit que non. Mais il dit qu'il avait récité un grand nombre de prières.

Ceci s'était passé quand Baha'u'llah était encore à `Akka. Mais, même après, quand Il vivait à Mazra'ih et à Bahji, les opposants ont fait des choses très irritantes. Mais ils ne purent pas rendre la vie de Baha'u'llah plus difficile qu'elle ne l'avait été avant.
Ils ne pouvaient pas changer le fait que Baha'u'llah vivait maintenant dans une magnifique maison en dehors d'`Akka même si le décret du sultan était toujours en vigueur.


37. LE MONT CARMEL

Les opposants de la nouvelle Foi pensaient qu'ils pouvaient la détruire. C'est pourquoi ils avaient banni Baha'u'llah à `Akka. Ils pensaient qu'ils n'entendraient plus parler de Baha'u'llah et que cette nouvelle Foi serait bientôt éteinte.

Est-ce possible? Si Dieu envoie un nouveau Messager au monde, est-il possible pour des gens ordinaires de retenir et d'empêcher le travail du Messager qui est le travail de Dieu?

Naturellement non. Des gens ne peuvent pas contrecarrer le Plan de Dieu. Les opposants de Baha'u'llah ont certainement essayé. Mais qu'arriva-t-il? Au lieu de retenir le Plan de Dieu ils l'aidèrent. Ils s'assurèrent que Baha'u'llah soit banni à `Akka. Ainsi Baha'u'llah alla en Terre Sainte ce qui était exactement ce que Dieu avait prévu et ce que les Prophètes avaient prédit.

Le Mont Carmel est une montagne sacrée. On peut la voir de la baie d'`Akka. Elle est connue comme la Montagne de Dieu. Les milliers d'années auparavant les prophètes d'Israël ont fait des prophéties à propos de cette montagne. L'un d'entre eux, le Prophète Isaïe, prédit que Carmel "Verra la Gloire du Seigneur'. "La Gloire du Seigneur', à qui cela peut-il se rapporter? Réfléchissez un instant à la signification du nom de Baha'u'llah. Le moment est maintenant venu pour que Carmel "Voit la Gloire du Seigneur'.

Le décret du sultan `Abdu'l-`Aziz que Baha'u'llah ne devait parler à personne était toujours en vigueur. Mais maintenant Baha'u'llah pouvait aller où Il désirait et parler avec qui Il le souhaitait. Les opposants de la Foi ne pouvaient l'en empêcher. Ils ne pouvaient pas empêcher Baha'u'llah d'aller sur le Mont Carmel et d'y planter sa tente.
Ce qu'Il fit quatre fois.

Un jour Baha'u'llah et `Abdu'l-Baha se tenaient sur les pentes de la montagne. Il montra une étendue de pierres devant Lui et dit "`Abdu'l-Baha, ici doit être construit le Mausolée dans lequel reposera le corps du Bab.

Il y avait maintenant quarante ans que le Bab avait été exécuté à Tabriz. Son corps avait alors été jeté quelque part en dehors de la ville. La seconde nuit après sa Mort quelques babis étaient venus chercher le corps du Bab et L'avaient caché. Depuis Il avait été caché en Perse, si bien caché que les ennemis de la Foi n'avaient jamais pu Le trouver.

`Abdu'l-Baha ne pouvait pas commencer la construction du Mausolée du Bab immédiatement. Après l'ascension de Baha'u'llah, les briseurs du Covenant ont essayé de l'arrêter. Cependant, `Abdu'l-Baha continua de poursuivre les instructions de son Père. Cela prit dix-neuf longues années pour terminer une construction simple. Puis le corps du Bab put être enterré dans l'emplacement que Baha'u'llah avait indiqué.

Au début le Mausolée était une construction très simple. Quarante ans plus tard, Shoghi Effendi, le Gardien de la Foi, a fait édifier une magnifique superstructure avec un dôme, et fait créer autour des jardins merveilleux. Il appela le Mausolée du Bab la Reine de Carmel.

Quelques jours après que Baha'u'llah ait montré l'emplacement du Mausolée du Bab à `Abdu'l-Baha , Il révéla la Tablette de Carmel. Ceci eut lieu au sommet de la montagne, sur un promontoire. Dans l'avenir un Temple splendide sera construit à cet endroit.

La Tablette de Carmel est une Tablette très spéciale. Baha'u'llah dit que bientôt Dieu ancrera son Arche sur Carmel. L'Arche de Dieu est la Maison universelle de justice qui a été établie sur le Mont Carmel. Ceci est aussi un accomplissement du Plan de Dieu.

Dans l'avenir le Mont Carmel sera le centre du monde. Des gens viendront de toutes les parties du monde pour le visiter. Le siège de la Maison universelle de justice qui se dresse, maintenant, sur le Mont Carmel, se joindra à d'autres constructions qui appartiendront au Centre mondial de la Foi baha'ie. Elles seront construites en forme d'un arc sur le flanc de la montagne, entourées de magnifiques jardins.

Quand les édifices du Centre mondial seront terminés alors commencera une ère merveilleuse pour l'humanité: la Moindre Paix. Alors il n'y aura plus de guerre dans le monde. Ce n'est pas très lointain - cela doit arriver avant l'an 2000! C'est `Abdu'l-Baha qui l'a prédit.


38. L'ASCENSION DE BAHA'U'LLAH

"Je suis très content de vous tous. Vous avez rendu de nombreux services et avez été très assidus dans vos entreprises. Vous êtes venu ici chaque matin et chaque soir. Que Dieu vous aide à rester unis. Puisse Dieu vous aider à exalter la Cause du Seigneur de l'Existence."

C'étaient les paroles de Baha'u'llah à ses disciples qui étaient dans sa maison. Il leur parla aimablement, comme Il le faisait toujours. Et cependant ils étaient tristes, très tristes.
Baha'u'llah était malade. Il avait été malade auparavant. Mais cette fois ses disciples étaient terriblement inquiets. Il s'affaiblissait de jour en jour. Si cela continuait, il ne faudrait que peu de temps pour que Baha'u'llah ne soit plus avec eux. Que pouvaient-ils faire? Comment pourraient-ils vivre sans Lui?

Deux des disciples, Mirza `Andalib et Mirza Bassar, étaient très tristes. En pleurs, ils retournaient sans cesse au pied du lit de Baha'u'llah . Ils Le supplièrent de les laisser mourir à sa place. Ils voulaient garder Baha'u'llah en vie pour le monde, même si ce n'était que pour une courte période.

Mais Baha'u'llah n'alla pas mieux. Pendant trois semaines Il fut malade et Il quitta ce monde le 29 Mai 1892. Il avait alors 74 ans.

"Le Soleil de Baha s'est couché." C'est en ces termes que le télégramme qu'Abdu'l-Baha envoya au sultan, immédiatement après l'Ascension de Baha'u'llah, commençait. Dans ce télégramme il informait le sultan que le corps de Baha'u'llah serait enterré dans un petit pavillon juste à côté du manoir de Bahji. Le sultan donna son accord. Baha'u'llah fut enterré le même jour dans la soirée juste après le coucher du soleil.

La tristesse des baha'is était immense. Mais les gens d'`Akka regrettaient aussi profondément la disparition de Baha'u'llah. La plupart d'entre eux n'avaient pas réellement compris qui était Baha'u'llah. Ils ne savaient pas que, comme Muhammad, Il était un Messager de Dieu. Mais ils réalisaient que c'était une personne très spéciale qui venait de mourir. Beaucoup de gens de la ville et des villages avoisinants vinrent à Bahji dans la maison où Baha'u'llah avait vécu et où Il était enterré. Ils restèrent là pendant une bonne semaine, inconsolables.

Combien les choses avaient changées! Rappelez-vous ce qu'avaient fait les gens d'`Akka lors de l'arrivée de Baha'u'llah? Ils étaient tout le long de la rue à se moquer de Lui et de ses disciples et à L'injurier. Maintenant, vingt cinq ans plus tard, ils pleuraient avec beaucoup de tristesse parce qu'Il les avait quittés.

Pendant les quarante dernières années de sa vie sur terre, Baha'u'llah fut réellement un prisonnier. Son emprisonnement commença à Téhéran, dans le Siyiah-Chal, un puits noir et sale sous terre. Quelques jours après qu'Il fut libéré, les nouvelles arrivèrent qu'Il devait quitter le pays. Alors avec sa famille Il partit pour Bagdad. Là, Mirza Yahya Lui rendit la vie si difficile qu'Il se retira à Sulaymaniyyih. Pendant un certain temps Il vécut au sommet des montagnes, seul. La famille de Baha'u'llah ne savait pas où Il était.

Quand Il revint à Bagdad, les disciples du Bab avaient également perdu leur foi. Baha'u'llah leur redonna courage. Grâce à Lui, la Foi commença à grandir. Tant de gens vinrent à Bagdad. Puis Il alla à Constantinople et de là à Andrinople. A Andrinople, Mirza Yahya fit plusieurs mauvaises choses car il désirait être le chef. Il raconta toutes sortes de mensonges sur Baha'u'llah jusqu'à ce que le sultan décida de bannir Baha'u'llah dans la prison d'`Akka. Après neuf années, Il quitta la ville d'`Akka et put aller vivre dans une maison de campagne. Jusqu'à sa mort, Il resta un prisonnier de l'état.
On pourrait croire que l'acharnement des opposants de la Foi était de s'assurer que Baha'u'llah fut banni d'une place à une autre. Mais il n'en est pas ainsi. C'était le Plan de Dieu qui devait guider Baha'u'llah vers la Terre Sainte.

Baha'u'llah traversa la Mer Noire quand Il se rendit à Constantinople et la Méditerranée quand il alla à `Akka. Il habita dans les montagnes de Sulaymaniyyih et Il monta sur le Mont Carmel.

C'était le Plan de Dieu. Presque trois mille ans auparavant, le Prophète Michée avait prédit:
"Il viendra de la mer et ira à la mer et de la montagne à la montagne".


39. `ABDU'L- BAHA

Qui maintenant allait diriger les baha'is? Baha'u'llah n'était plus sur cette terre. Ils ne pouvaient plus Lui demander conseil. La tristesse des amis était sans limite.

Les ennemis de la Foi, au contraire, étaient heureux. Le sultan de Constantinople et le Chah de Perse eux aussi étaient satisfaits. Ils étaient ravis. Les baha'is qu'ils avaient persécutés n'avaient maintenant plus de chef. Une fois de plus, ils pensaient que la nouvelle Foi allait bientôt disparaître.

Etait-ce la vérité? Dieu laisserait-Il cela arriver? Cela ne s'est jamais produit et n'allait pas se produire maintenant.

Pendant sa vie, Baha'u'llah a écrit son Testament, dans lequel Il dit à sa famille et à ses disciples ce qu'ils devront faire après sa mort. Son Testament était cacheté avec le sceau de Baha'u'llah. Ceci était très important. Personne ne pouvait, en secret, ouvrir et lire le Testament ou changer quoique se soit du texte. Baha'u'llah avait donné son Testament à `Abdu'l-Baha afin qu'il soit en sécurité.

Le neuvième jour après l'Ascension de Baha'u'llah, le Testament fut lu. Tout d'abord, `Abdu'l-Baha avait réuni neuf baha'is. Puis le sceau fut décacheté et le Testament fut ouvert. Ils pouvaient tous voir qu'Il n'avait jamais été ouvert avant cet instant. Puis Il fut lu.

Aucune erreur ne pouvait être possible. Le Testament révélait, clairement, que Baha'u'llah nommait `Abdu'l-Baha comme son successeur. `Abdu'l-Baha était le chef de la Foi.

Tous devaient obéir à `Abdu'l-Baha. S'ils lui obéissaient, ils obéissaient à Dieu. S'ils lui désobéissaient, ils désobéissaient à Dieu. S'ils lisaient quelque chose dans les Ecrits de Baha'u'llah qu'ils ne pouvaient pas comprendre, ils devaient en demander l'explication à `Abdu'l-Baha. `Abdu'l-Baha était le seul à pouvoir expliquer correctement les Ecrits de Baha'u'llah. Personne d'autre ne pouvait le faire.

Pendant trente ans, `Abdu'l-Baha dirigea la Foi. Chaque jour il travailla depuis tôt le matin jusqu'à très tard dans la nuit pour propager et protéger la Foi. Il écrivit des milliers de lettres. De plus en plus de gens vinrent le voir, des gens de pays très différents et de religions diverses. Dans la maison d'`Abdu'l-Baha, c'était comme si de telles différences n'existaient pas. Chez `Abdu'l-Baha il y avait l'unité parmi les peuples.

L'unité parmi tous les peuples: c'était pour cela que Dieu avait envoyé Baha'u'llah au monde. C'est la raison pour laquelle Baha'u'llah a établi une nouvelle religion. La Foi est comme une petite graine. De cette graine minuscule sort d'abord une très petite plante. Cette petite plante devient de plus en plus grande jusqu'à ce qu'elle devienne un petit arbre. Quand il est encore petit nous ne pouvons pas imaginer que, plus tard, il sera un arbre grand et solide.

C'est la même chose avec la Foi baha'ie. Il y a des millions de gens qui n'ont jamais entendu parler de la Foi. Elle est encore au stade d'une jeune plante que vous ne pouvez à peine apercevoir. Elle deviendra tellement forte et puissante qu'elle abritera tous les peuples de la terre.

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