Médiathèque baha'ie

Mon premier pèlerinage

Souvenirs de May Maxwell




May Maxwell
Voir aussi
Histoire de May Bolles Maxwell et diaporama sur les débuts de l'histoire de la foi baha'ie en France

Préambule

Le premier groupe de pèlerins de l'Ouest a rendre visite à Abdu'l-Baha arrivèrent à Akka en 1898-1899. L'évènement historique est enregistré dans ce petit livre de May Maxwell, et je pense que rien d'autre ne convient comme préface qu'un réexamen de quelques activités de cette grande enseignante de nôtre foi, qui couvraient les premières années de la Cause baha'ie dans le monde occidentale.

May Ellis Bolles était durant sa visite en Terre Sainte en 1899, la première croyante commandée par Abdu'l-Baha à enseigner la foi en Europe, sa mission étant en particulier pour le peuple français. Elle avait la formation, le bagage nécessaire pour cela, car elle parlait français couramment, elle aimait la France - où elle avait vécu quelques années - , était aimée de ses amis français et était inlassable dans se efforts pour propager la foi.

La première personne à croire était une femme américaine, après laquelle vinrent plusieurs américains, incluant moi-même - puis d'autres personnes françaises, anglaises, et d'autres ; ainsi la communauté baha'ie fut formée, laquelle en 1901 et 1902 dénombrait entre 25 et 30 personnes avec May Bolles comme guide spirituel et comme enseignante. De ce premier groupe de Paris arrivèrent des baha'is de diverses parties de l'Amérique, de Hawaii ; du Japon et d'autres pays où la Foi est maintenant établie.

Dans les toutes premières années du siècle, May Bolles et Sutherland Maxwell se marièrent et allèrent vivre au Canada, où elle posa les fondations pour la situation présente de la Cause dans ce pays avec son assemblée spirituelle nationale, le 9ème pilier de l'organisation mondiale de la foi baha'ie.

Bien que toujours d'une santé délicate et jamais robuste, May Maxwell travailla sans cesse pendant 40 ans dans le champ de service baha'i, finissant sa vie à Buenos Aires en 1940 pendant une mission d'enseignement en Amérique du Sud.

Ce très court récit de quelques uns des services de May Maxwell rendus à la Foi serait incomplet si je mentionnais pas son seul enfant, Ruhiyyih Khanum Amatu'l- Baha, qu'elle entraîna dans les réalités spirituelles baha'ies, et qui est maintenant la femme de Shoghi Effendi Rabbani, le bien-aimé Gardien de la foi du monde baha'i.

Charles Mason Remey
Kampala, Ouganda, le 21 Février 1953.



Mon premier pèlerinage

Nous partîmes de Marseille le 9 Février 1898 à bord du S.S Carthage à destination de Bombay et nous arrivâmes à Port Said le 13 Février. Nous croisâmes à bord Ahmad Yasdi et Nurullah Effendi. Ils firent tout pour nous, ils nous obtinrent des chambres à l'hôtel, s'occupèrent de nos bagages, et durant le temps où nous fûmes là-bas, ils vinrent à nous presque à chaque heure de la journée et de la soirée, nous invitant dans leurs maisons, nous conduisant, et en fait nous montrant un amour et une gentillesse tels que nous n'en avions jamais vu auparavant. A ce moment-là, nous ne pouvions pas comprendre l'esprit qui les animait, mais plus tard, nous sûmes que nous étions morts et qu'ils étaient vivants et étaient revivifiés avec l'amour de Dieu.

L'après-midi de nôtre arrivée, Nurullah Effendi nous appela et nous conduisit à sa maison, où nous rencontrâmes sa chère épouse et ses filles avec les mêmes visages radieux et un amour merveilleux que nous avions vu chez nos deux amis, et là, pour la première fois, nous contemplions le visage de nôtre Maître bien-aimé. Je ne pouvais retirer mes yeux de la photographie, et ses amis nous donnèrent à chacun une copie et une mèche de cheveux de la Perfection Bénie.

Puis nous fûmes reçus avec du thé et un grand nombre de gâteaux sucrés, et lorsque nous partîmes, et bien qu'aucun mot n'ait été dit, hormis à travers une interprétation occasionnelle de nôtre ami, nous étions unis dans un lien indissoluble d'amour, et nous sentions qu'aucune langue ne pourrait être plus éloquente que ce silence dans lequel nos curs, seuls, avaient parlé.

Nous fûmes obligés d'attendre 2 jours le petit bateau allant le long de la côte de Beyrouth, et nous montâmes à bord le 15 vers 7h du soir accompagnés de nos fidèles amis. Avec quelle émotion profonde ils nous confièrent des messages d'amour de leur Maître et avec quels yeux ardents ils nous regardèrent lorsque nous partîmes. Ah ! Bientôt, j'allais comprendre. Je me souviens combien la mer était calme sous le soleil de midi lorsque nous stoppâmes à Jaffa le jour suivant, et nous parlâmes de la petite maison de Simon le tanneur et la merveilleuse vision que Saint-Pierre eût sur ce toit. Nous visitâmes le lieu historique pendant nôtre voyage retour, maintenant chaque heure qui nous séparait de nôtre bien-aimé semblait toujours trop longue. Ainsi, nous continuâmes nôtre voyage, nous asseyant tranquillement sur le pont jusqu'à ce que le crépuscule tombe sur nous, que les ombres augmentent, et avec la noirceur environnante, les étoiles brillaient une à une, grandes et resplendissantes dans cette claire atmosphère. Nous nous levâmes, partîmes et nous vîmes apparaissant à travers l'obscurité, tout d'abord à peine, puis grossissant et plus que jamais distincte et grande, la noble silhouette du Mont Carmel, puis les lumières scintillantes le long du rivage, et le souffle de la Terre Sainte se portait sur nous, chargé de parfum de roses et de fleurs d'orangers.

Là se trouvaient 2 pèlerins russes à bord qui pendant des heures, étaient restés debout sans bouger à la rambarde du bateau en regardant l'Est, et maintenant leurs regards étaient fixés sur Akka, et ainsi nous nous tenions tous debout en prière et en adoration alors que le bateau entrait lentement dans la baie de Haïfa et jetait l'ancre. Puis une confusion de bateaux suivit, des lumières et des voix dont nous ne faisions pas attention jusqu'à ce que nous fûmes arrivés au rivage et que nous vîmes les visages de nos amis américains rayonnants vers nous. Ils nous saluèrent cordialement alors qu'ils nous aidaient à sortir et dirent : "Nôtre Maître est à Haïfa". Nous fûmes conduits à la maison que le Maître avait pris pour les pèlerins américains et nous fûmes cordialement salué par sur Maryam et d'autres, et nous nous retirâmes pour passer nôtre première nuit en Terre Sainte, entre veille et sommeil, attendant le lever du soleil de ce glorieux jour.

Le jour suivant, vendredi 17 vers 7h, sur Maryam se précipitait dans nôtre chambre et annonçait qu'"Abdu'l-Baha arriverait dans quelques instants".

Nous avions à peine à peine le temps de nous habiller lorsqu'une soudaine agitation mis tous nos êtres en commotion. Nous sortîmes dans un grand salon central duquel s'ouvrait toutes les pièces dans la maison et en face la porte de l'une d'elle où nous vîmes les chaussures des croyants ; ainsi, nous savions que le Maître béni était à l'intérieur.

Les autres me précédait. A un moment, je me tenais sur le seuil et je vis à peine une pièce remplie d'une multitude de personnes assises tranquillement près des murs, et alors je contemplais mon bien-aimé. Je me trouvais moi-même à ses pieds, et il me releva avec gentillesse et je m'assis à côté de Lui, tout cela en disant quelques mots affectueux en persan d'une voix qui secoua mon cur. De cette première rencontre, je ne peux ni me rappeler ni joie ni douleur ni quoi que ce soit que je puisse nommer. J'avais été transporté soudainement à de telles hauteurs ; mon âme était rentrée en contact avec l'esprit divin ; et cette force, si pure, si sainte, si puissante, m'avait submergé. Il parla à chacun de nous à tour de rôle, de nous-mêmes, de nos vies et de ceux que nous aimions, et bien que Ses mots fussent peu nombreux et simples, ils insufflaient l'Esprit de Vie à nos âmes. Il me dit à moi parmi autre chose :

"Vous êtes comme la pluie qui est déversée sur la terre, la rendant bourgeonnante et florissante et qui devient féconde ; ainsi l'Esprit de Dieu descendra sur vous , vous rendant fertiles et vous irez de l'avant et arroserez Son vignoble. Maintenant vos ennuis sont finis et vous devez essuyer vos pleurs, parce que vous connaissez la parabole que le Christ parlait du semeur et de la semence ; et ainsi dans la nature, la bonne terre est rendue naturelle par la pluie et la tempête et labourée et ensoleillée pour que la bonne graine puisse être plantée, ainsi en est-il dans la vie, et le cur se prépare pour toute expérience pour la cause de la vie".

Les Juifs de Russie qui étaient sur le bateau la nuit précédente arrivèrent maintenant, leurs visages brillant d'un rayonnement de lumière lorsqu'ils arrivèrent en sa Présence. Nous ne pouvions pas retirer nos yeux de Son visage glorieux : nous écoutions tout ce qu'il disait ; nous buvions du thé avec Lui à Sa demande ; mais l'existence semblait suspendue, et lorsqu'Il se leva et soudainement nous quitta, nous retournâmes dans un sursaut à la vie : mais jamais de nouveau, merci à Dieu, à la même vie sur la terre ! Nous avions "contempler le Roi dans Sa beauté. Nous avions vu la terre qui est si lointaine".

Nôtre Maître bien-aimé retourna à minuit déjeuner avec nous et à nouveau au dîner, et quand Il arrivait, beaucoup de croyants suivaient. Ils savaient toujours où il se trouvait jour et nuit et ils semblaient tourner autour de Lui par leur amour vigilant ; jusqu'ici entièrement discret, ne l'Approchant jamais en public, toujours humble et soumis, attendant Ses derniers commandements, cherchant à rendre le plus modeste service. Il nous invita tous cette nuit à Le rencontrer le dimanche matin sous les cédriers sur le Mont Carmel où Il avait eu l'habitude de s'asseoir avec Baha'u'llah. Nous étions tous particulièrement heureux dans cet espoir, ma déception fut grande le matin suivant lorsque je me retrouvais moi-même complètement malade. Dès que le Maître arriva pour le petit déjeuner, Il vint directement dans ma chambre et s'approchant à mon chevet, Il prit mes deux mains dans Les siennes, passa Sa main sur mon front, et me regarda avec une telle gentillesse et une telle miséricorde que j'oubliais tous sauf l'amour de Dieu, et mon âme toute entière était guérie et réconfortée. Je levais mes yeux vers Son visage et dit : "Je suis bien maintenant, Mawlana". Mais il sourit et secoua Sa tête et m'ordonna de rester tranquille ici, jusqu'à ce qu'Il revienne à midi. Bien que j'avais été souffrante durant la nuit, toute douleur et toute détresse étaient parties et je dormis calmement. Cette nuit, nous étions assis ensemble avec quelques membres de la famille du Maître ; la pièce était à peine éclairée par des bougies qui projetaient des ombres étranges sur les murs et le plafond du bas ; les fenêtres treillissées ouvraient sur la rue proche, illuminées par le clair de lune, et lorsque nous nous assîmes ainsi en silence attendant nôtre Maître, nous entendîmes Sa voix dans la salle et tous se levèrent pour Le saluer lorsqu'il apparut sur le seuil, et la lumière de son beau visage se répandait sur nous.

Le dimanche matin, nous nous réveillâmes avec la joie et l'espoir de la rencontre sur le Mont Carmel. Le Maître arriva très tôt et après m'avoir regardé, il prit ma tête et compta mes pulsations, et tenant encore ma main, il dit aux croyants présents :

"Il n'y aura aucune rencontre aujourd'hui sur le Mont Carmel. Nous nous rencontrerons autre part, si Dieu le veut, dans quelques jours, mais nous ne pouvons pas y aller et laisser un des aimés de Dieu seule et malade. Nous ne pourrions être heureux que si tous les bien-aimés étaient heureux".

Nous étions stupéfaits. Cette chose si importante que la rencontre dans ce lieu béni pouvait être annulé parce qu'une personne était malade et ne pouvait venir, semblait incroyable. C'était au contraire à toutes les habitudes ordinaires de pensée et d'action, si différent de la vie du monde où, au quotidien, les évènements et les circonstances matérielles sont d'une suprême importance, que cela nous donna un véritable choc de surprise, et dans ce choc, les fondations de l'ordre ancien commençaient à chanceler et à tomber. Les mots du Maître avaient ouvert la porte du Royaume de Dieu et nous donnaient une vision de ce monde infini dont la loi est l'amour. Mais ce fut l'une des nombreuses fois que je vis Abdu'l-Baha placé au-dessus de toute autre considération l'amour et la gentillesse, la sympathie et la compassion dus à chaque âme. En fait, lorsque nous regardons rétrospectivement ce temps béni passé en Sa présence, nous comprenons que l'objet de nôtre pèlerinage était d'apprendre pour la première fois sur terre ce qu'est l'amour, d'être témoin de sa lumière sur chaque visage, de sentir sa chaleur brûlante dans chaque cur et d'être nous-mêmes enflammés avec cette flamme divine du Soleil de vérité. Ainsi, en ce dimanche matin, Il s'assit avec nous pendant un moment, et nous ne pensions plus à la rencontre sur le Mont Carmel, car dans la joie et le repos infini de Sa présence, toute autre chose s'était évanouie.

Le jour suivant, lundi, d'autres de nôtre groupe, qui avaient été sur le Nil, arrivèrent, et plus tard, nôtre bien-aimé nous dit qu'il serait obligé d'aller à Akka ce jour car des choses importantes concernant le gouvernement rendaient Sa présence immédiate là-bas indispensable. Alors il nous dit à tous d'être heureux et joyeux car bientôt nous serons dans la maison de nôtre Père céleste, et IL nous demanda d'être prêts à partir d'Akka le mercredi matin vers 6 heures , et puis souhaita à chacun de nous un adieu affectueux. Le mardi, Ses filles et ma mère spirituelle, Lua, arrivèrent de Akka, et en ce même après-midi, nous reçûmes des visites de plusieurs cousins et d'autres membres de la sainte Famille qui vivait à Haïfa. Mardi soir, je dis à ma mère spirituelle que le Maître ne réalisait évidemment pas combien j'étais malade et dans lequel j'étais et qu'Il ne doit pas attendre à ce que je parte avec les autres le mercredi matin.

Oh ! Quelle faible foi nous avons ! Sans s'étonner, elle sourit et secoua la tête, disant : "Vous réaliserez bientôt un peu du pouvoir de Abdu'l-Baha".

Ce fut vers l'aube que je me réveillais, me sentant agitée par un souffle. Je ne peux décrire ce qui suivit, mais, à travers mon âme coulait une essence ; une force puissante et invisible pénétrait tout mon être, le gonflant d'une vie, se répandant avec une vie et un amour et un bonheur illimités, me soulevant et m'enveloppant dans sa rigueur et sa paix considérables. Je sus alors que c'était l'Esprit Saint et que nôtre Seigneur était en train de prier pour ses servantes en cette aube bénie et je me levais et je priais et je me sentis tout à fait bien. A une heure matinale, nous nous retrouvâmes tous et nous nous installâmes dans les voitures pour la cité sainte, et l'esprit miséricordieux de Dieu ne nous quitta jamais, alors que nous allâmes le long du rivage, approchant du plus près la demeure terrestre de Celui qui était la Gloire de Dieu, Sa bonté descendant comme de la pluie sur nos âmes. Nos curs étaient trop remplis de mots et dans un silence irrévérencieux, nous regardions vers la cité forteresse alors qu'elle s'étendait blanche et claire et belle dans la calme lumière matinale, avec le profond bleu méditerranéen à ses pieds et le dôme du ciel lumineux au-dessus. Nous traversâmes deux tempêtes qui provenaient de la terre dans la mer, les chevaux pataugeant de leur côté, et nous atteignîmes enfin les portes en pierre de Akka, nous conduisîmes à travers les rues étroites et pittoresques où le monde oriental lève-tôt se levait et s'étirait, et nous arrivâmes à la maison d'Abdu'l-Baha.

Nous passâmes à travers une grande embrasure de porte de pierre ouvrant sur une cour carrée et nous montâmes une volée de marches qui menaient aux appartements au-dessus. Là, se tenant à côté de la fenêtre d'une petite chambre donnant sur la mer azur, nous trouvâmes nôtre Bien-aimé. Nous vînmes à Ses pieds et nous versâmes nôtre amour comblé et reconnaissant, tandis qu'IL étendit Ses mains sur nos têtes et parla lentement et avec tendresse à Ses serviteurs pauvres. La Très Sainte Feuille entrait maintenant, avec la Sainte Mère et ses filles, et elles nous saluèrent avec amour et des larmes de joie comme si nous étions partis depuis longtemps et retournions enfin à nôtre demeure céleste, comme en fait nous l'avions fait ! Elles nous emmenèrent dans nos chambres qu'elles avaient quitté, hélas, pour nôtre confort ; elles nous donnèrent tout le confort, anticipaient chaque besoin et nous entouraient d'attention et de soins ; encore à travers cela, tout brillait de la lumière de spiritualité merveilleuse, à travers ces canaux humains bienveillants , leur amour se déversait et leur propre vie, leur propre confort étaient comme une poignée de poussière ; ils se sacrifièrent entièrement, eux-mêmes, et s'oubliaient dans l'amour et la servitude au seuil divin.

Durant les 3 jours et les 3 nuits formidables que nous passâmes dans ce lieu sacré, nous n'entendîmes que la mention de Dieu. Son Saint Nom était sur chaque langue, Sa beauté et Sa bonté étaient les sujets de toute conversation ; Sa Cause glorieuse le seul but de chaque vie. Chaque fois que nous nous réunissions dans une pièce, ils parlaient sans cesse de la Perfection Bénie, relatant quelques incidents de la vie du Bien-Aimé, citant Ses paroles, parlant de ses actes et de l'amour passionné et la dévotion de Ses disciples jusqu'à ce que nos curs brûlent d'amour et de désir. IL y avaient quelques femmes dans la maison qui étaient habillées tout en blanc et nous apprîmes qu'elles étaient les femmes de martyres, et nous entendîmes les histoires tragiques et glorieuses de beaucoup de nos frères persans.

Le matin de nôtre arrivée, après que nous nous soyons rafraîchis nous-mêmes, le Maître nous appela tous à Lui dans une longue pièce surplombant la Méditerranée. Il s'assit en silence en regardant par la fenêtre, puis en levant les yeux, Il demanda si tous étaient présents. Voyant que l'un des croyants était absent, Il dit : "Où est Robert ?".

C'était un serviteur de couleur, que l'un des pèlerins de nôtre groupe, dans sa générosité, avait envoyé à Akka. En un instant, le visage radieux de Robert apparut à la porte et le Maître se leva pour le saluer, lui demandant de s'asseoir, et dit :

"Robert, vôtre Seigneur vous aime. Dieu vous a donné une peau noire, mais un cur blanc comme de la neige".

Puis nôtre Maître parla et dit :

"Nous pouvons tous servir la Cause de Dieu quelle que soit nôtre occupation. Aucune occupation ne peut empêcher l'âme de parvenir à Dieu. Pierre était un pécheur, pourtant il accomplit beaucoup de choses merveilleuses ; mais le cur doit être tourné vers Dieu, quel que soit le travail que l'on fait ; c'est la chose la plus importante ; et alors le Pouvoir de Dieu travaillera en nous. Nous sommes comme un morceau de fer au milieu du feu qui devient chauffé à un tel degré qu'il partage la nature du feu et produit les mêmes effets pour tout ce qu'il touche - ainsi est l'âme qui est toujours tournée vers Dieu, et remplie avec l'Esprit".

L'un des croyants demanda comment nous pourrions détacher nos curs du monde, et Abdu'l-Baha répondit :

"Si vos curs sont tournés vers Dieu, et remplis de l'amour de Dieu, cet amour vous séparera de toutes les autres choses, cet amour sera le mur qui viendra entre elles et tout autre désir. Vous devez tous être réunis les uns aux autres de cur et d'âme, alors vous serez prospères dans vôtre travail et vous obtiendrez toujours des dons plus grands, et la Cause de Dieu se répandra à travers tous les pays par vos intentions. Souvenez-vous ce que le Christ disait : Vous avez reçu les dons de Dieu sans argent et sans prix ; ainsi donc vous devez offrir librement. Ce commandement montre aussi que tous ces dons vous sont envoyés par la libre générosité de vôtre Dieu et non pas le résultat de quelque mérite de vôtre part, et vous devez vous réjouir de la tendre et aimante miséricorde de vôtre Dieu sur vous et sur tous. Tous percevrons ces dons gratuits avant longtemps. Ils viendront de l'Est et de L'Ouest au Royaume de Dieu ; et même lorsque le Christ prédit que cela allait aussi venir, que certains de ceux qui étaient le plus proche sont coupés du monde pendant que ceux d'une distance plus grande reçoivent ces grands dons".

Nous nous retrouvâmes encore tous à table pour dîner, et lorsque nous nous assîmes pour nôtre premier repas dans la maison sainte, une grande lumière brilla au-dessus de nous, et le Maître dit :

"Béni est celui qui mangera le pain dans le Royaume de Dieu".

Puis Il nous dit que la prophétie du Christ était maintenant accomplie et que nous devrions remercier sans cesse Dieu et de tout nôtre cur pour cette grande bénédiction qui est au-delà de nôtre pouvoir d'aujourd'hui pour le réaliser. Il nous dit que le dîner était composé de 2 parties, spirituelle et matérielle. Que la partie matérielle était sans importance, et ses effets dureront seulement 24 heures, mais la nourriture spirituelle était la vie de l'âme, et que les effets de ce dîner qui était agréable dureront à jamais, à tout jamais. Durant le dîner, nôtre Maître nous parla et nous enseigna, faisant référence au Christ, citant Ses écrits et Ses prophéties, parlant toujours avec clarté et simplicité que tout enfant pouvait comprendre. Pourtant Ses symboles et Ses métaphores, toujours extraits de la nature, incarnaient l'essence de la sagesse et de la vérité qui déconcertaient les savants et les grands. Nôtre Maître répondait toujours à toutes les questions, mêmes triviales, avec la plus grande courtoisie et répondait intelligemment sur chaque sujet de conversation ; nous notâmes encore qu'il donnait aux sujets les plus communs une signification plus haute, et transformait des choses matérielles en réalités spirituelles. Par exemple, si quelqu'un disait que la nourriture était délicieuse, Il souriait affectueusement à l'interlocuteur et disait :

"C'est parce que vôtre cur est plein d'amour : lorsque le cur est rempli d'amour, chaque chose nous semble belle et délicieuse".


Un groupe de premiers pèlerins occidentaux en Palestine en février 1898.

Puis Il nous parla de l'histoire de l'ermite, comment un jour, lorsque la Perfection Bénie était en train de voyager d'un endroit à un autre avec Ses compagnons, Il traversa une ville isolée où à quelque distance de sa route, un ermite vivait seul dans une cave. C'était un saint homme, et ayant entendu que nôtre Seigneur, Baha'u'llah passerait par là, il surveillait avec impatience à son approche. Lorsque la Manifestation arriva en ce lieu, l'ermite s'agenouilla et embrassa la poussière devant Ses pieds et lui dit :

"Oh, mon Seigneur, je suis un homme pauvre, vivant seul dans une caverne toute proche, mais désormais je pourrais moi-même raconter les plus belles joies de mortel si Vous vouliez venir un moment dans ma caverne et la bénir de Vôtre Présence".

Alors Baha'u'llah dit à l'homme qu'Il viendrait, non pas pour un moment, mais pour 3 jours, et Il ordonna à Ses compagnons de mettre leurs tentes et d'attendre Son retour.

Le pauvre homme fut tellement remplit de joie et de gratitude qu'il était sans voix, et il continua son chemin dans un silence humble à son humble demeure dans une roche. Là-bas, le Glorieux s'assit avec lui, lui parlant et l'enseignant, et vers le soir, l'homme se rappela à lui-même qu'il n'avait rien à offrir à son illustre Invité que juste un peu de viande sèche et du pain noir et de l'eau d'une source proche. Ne sachant que faire, il se jeta lui-même aux pieds de son Seigneur et confessa son dilemme. Baha'u'llah le réconforta et par un mot lui demanda d'apporter la viande, le pain et l'eau. Puis le Seigneur de l'univers partagea ce repas frugal avec joie et délectation comme si cela avait été un banquet, et pendant les trois jours de Sa visite, ils mangèrent simplement de cette nourriture qui semblait être pour le pauvre ermite la plus délicieuse qu'il n'ait jamais mangé. Baha'u'llah déclara qu'Il n'avait jamais été aussi noblement nourrit ni reçu une plus grande hospitalité et un plus grand amour.

"Cela", explique le Maître, lorsqu'Il eût finit l'histoire, "nous montre ce qu'un petit homme a besoin lorsqu'il est nourrit par la plus douce de toutes les nourritures".

A la fin du repas, l'un des garçons hindous qui servait à table amena dans un panier tout un tas de fleurs envoyées par Abdu'l- Qasim, le jardinier du Ridvan.

Le Maître les reçut avec plaisir, et il tenait les bouquets parfumés à Son visage, puis Il en donna un à chacun des croyants. Souvent il donnait à l'un de nous en passant un bouquet de hyacinthes bleues, ces pures symboles des hyacinthes de sagesse et de connaissance qui grandissaient dans le jardin El-Abha.

Nous avions appris qu'être avec Abdu'l-Baha était vie, joie et bénédiction. Nous devions aussi apprendre que Sa Présence est un feu purificateur. Le pèlerinage en Terre Sainte n'est qu'un creuset où les âmes sont testées, où l'on est purifié et les scories sont consumées. Il semblait impossible qu'autre chose que l'amour pût jamais animer nos paroles et nos actions. Pourtant, en cet après-midi dans ma chambre avec 2 des croyants, je discourais à l'encontre d'un compagnon de la vérité, le critiquant, et prêtant le flanc au côté diabolique dans mon propre cur par mes paroles. Pendant que nous étions encore assis ensemble, nôtre Maître qui venait de visiter les pauvres, les malades, revint et fit venir immédiatement ma mère spirituelle, Lua, qui était avec nous. Il lui dit que durant son absence, l'un des serviteurs avait parlé de manière inamicale d'un autre, et que cela peinait Son cur que les croyants ne puissent s'aimer les uns les autres ou qu'ils puissent parler contre quelque âme qu'il soit. Puis Il la chargea de ne pas parler de cela mais de prier. Quelque temps plus tard, nous étions tous au dîner et mon cur endurci n'était pas conscient de ses erreurs, jusqu'à ce que mes yeux cherchent le visage bien-aimé de mon maître, je rencontrais Son regard si remplit de douceur et de compassion que je fus frappé au cur. De quelle manière merveilleuse Ses yeux me parlaient ; dans ce miroir pur et parfait, je voyais mon misérabilisme et je fondis en larmes. Il ne fit aucune remarque de moi pendant quelque temps et chacun continuait gentiment avec le souper tandis que je m'asseyais en Sa chère Présence, faisant partir certains de mes péchés par des larmes. Après quelques instants, Il se tourna vers moi et me sourit et parla de mon nom à plusieurs reprises comme si Il était en train de m'appeler à Lui. En un instant, de tels doux bonheurs envahirent mon âme, mon cur fut réconforté avec un espoir si infini que je savais qu'Il venait de me laver de tous mes péchés.

Le jour suivant, nous nous rassemblâmes comme d'habitude pour entendre Ses mots, et lorsque nous fûmes tous présents, Il dit :

"Toutes les souffrances que vous traversez en atteignant le Royaume de Dieu seront effacées lorsque vous atteindrez ses bonheurs parfaits. C'est comme un homme qui a été malade et désespéré pendant 2 ou 3 ans et qui plus tard devient en bonne santé et fort, alors tout souvenir de sa douleur s'évanouit. Le bonheur du Royaume est parfait, contrairement à l'imperfection de nos chères conditions terrestres et il ne doit jamais être à nouveau obscurci par quelque trace de tristesse. Quels que soient les troubles que nous avons sur nôtre chemin vers le Royaume, ils sont un test pour nôtre âme. Lorsque l'homme entre dans ce monde, c'est avec des difficultés et des épreuves, mais il vient de l'invisible au visible pour gagner de grandes choses pour lui-même. La naissance matérielle est autant une période d'ennui que la naissance spirituelle. Le chemin de Dieu est semé d'embûches et de difficultés, mais souvenez-vous toujours ce que le Christ disait :"Bien que le corps soit faible, l'esprit est fort".
Nombre de grands hommes et de grandes femmes ont désiré, siècle après siècle, vivre en ce merveilleux Age de Dieu, et vous devriez remercier Dieu de tout vôtre cur d'avoir été choisit pour être ici à cette époque. Le Christ a dit que la pierre que les constructeurs rejettent deviendra la pierre angulaire. Cela signifie que les grands hommes et les grandes femmes spirituellement du monde ont été rejetés et méprisés en tout temps par les constructeurs du monde, mais que la rénovant en cette époque du Royaume, ces êtres spirituels deviendront les pierres angulaires de la construction. L'homme sage ne travaille pas pour le moment présent mais pour les bons résultats futurs. Voyez en hiver combien les arbres et les plantes semblent dénudés et sans vie, sans feuilles et sans fruits. Supposez que quelqu'un passe à ce moment qui ne connaît rien des conditions de la terre et qu'il voit un homme labourant et semant de la graine dans le sol. Ne dira t-il pas :
"Combien cet homme est fou ! Il se donne lui-même beaucoup de mal sans aucun résultat, travaille pour aucun objectif et gaspille ce qu'il pourrait lui donner de la nourriture". Mais en ce moment, les pluies descendent sur la terre et nous voyons le résultat dans une grande beauté et une grande production. Ainsi est le travail de l'Esprit Saint en nos curs. Le soleil terrestre est comme le Soleil de Vérité ; la pluie est la pluie de la miséricorde de Dieu, la graine est le Verbe de Dieu, l'air sont les flots parfumés de Son Esprit Saint et la terre sont les curs des hommes. A présent, les graines spirituelles sont répandues à travers le monde, et la chaleur du Soleil de Vérité pénètre puissamment à travers toutes les âmes et la brise de l'Esprit souffle à travers le monde et les pluies de la miséricorde de Dieu tombent sur les curs des hommes. Le résultat sera un grand et merveilleux printemps et chaque arbre, chaque branche, chaque arbuste porteront des fruits, et vous les verrez !".

Dans la grande salle où nous dînions se trouvaient 2 perroquets en cage, et particulièrement tous les moineaux qui voletaient vers les fenêtres, gazouillant dans les chevrons au-dessus, faisaient beaucoup de bruit, et tant et si bien que le Maître demanda à l'un des garçons hindous de libérer les cages, et alors la conversation tourna sur le traitement des animaux. Abdu'l-Baha dit que nous devrions toujours être gentils et reconnaissants envers chaque créature ; que la cruauté était un péché et que la race humaine devrait jamais blesser aucune des créatures de Dieu, mais devait être toujours attentif à ne rien faire qui diminue ou qui extermine quelque ordre ou chose vivante ; que les êtres humains se devaient d'utiliser les animaux, les poissons et les oiseaux lorsque cela était nécessaire pour la nourriture ou pour quelque autre service, mais jamais pour le plaisir ou la vanité et que cela était particulièrement mal et cruel de chasser.

Puis Mme Thornburgh demanda la permission de raconter l'histoire d'un petit garçon qui avait volé un nid d'oiseau remplit d'ufs, et une dame le rencontra sur la route, l'arrête et lui reproche :

"Ne voyez-vous pas que c'est très cruel de voler ce nid ?
Que fera la pauvre mère oiseau lorsqu'elle viendra à l'arbre et trouvera ses ufs partis ?".

Et le petit garçon regarda la dame et dit :

"Peut-être c'est la mère que vous avez sur vôtre chapeau !".

Combien le Maître rit et Il dit :

"C'est une belle histoire et c'est un petit garçon intelligent".

L'incident ci-dessus est seulement l'un de nombreux montrant avec quel esprit universel de joie, de douceur et de sympathie le Maître touche sur tous les problèmes de nôtre vie quotidienne, de sorte que je n'ai jamais vu un tel bonheur ni entendu de tels rires comme à Akka. Le Maître semblait prononcer toutes les cordes de nôtre nature humaine et les faire vibrer en une musique céleste. Combien il est merveilleux d'être capable de voir nôtre Maître Bien-aimé chaque heure, d'entendre Sa voix divine, d'être sous le même toit qui abrite Sa personne bénie ! Mais en réalité, chaque heure passée en Sa présence n'a pas de place dans le temps et aucune part dans la vie terrestre. Ces jours sont ineffaçables, éternels. Ils sont le but pour lequel toute vie d'avant n'était qu'une préparation et la source de laquelle toute vie depuis a fleurit. Lorsqu'au crépuscule, tous dans la maison s'étaient réunis ensemble et parlaient sur des tons calmes de la perfection Bénie et nôtre Maître, soudain la glorieuse lumière de Sa présence brillait sur nous, tandis que sa fille Rouha chantait une tablette et là il y aurait à propos de Lui une telle beauté céleste de son Être Béni, il émanait une telle douceur suprême, une telle douceur et une humilité que cela arrachait nos curs de honte et de tristesse pour nos péchés, et pourtant les élevait sur les ailes puissantes d'espoir et d'aspiration. Il nous souhaitait toujours bonne nuit, nous demandant de nous reposer dans la maison de nôtre Père et de faire de beaux rêves ; et le matin, Il nous saluait de bonne heure et s'enquérait de chacun de nous en ce qui concerne sa santé spirituelle et son bonheur, montrant la sollicitude la plus aimante pour ceux qui n'étaient pas bien.

En une occasion, l'une des croyantes américaines dit à la Sainte Feuille qu'elle était à présent orpheline depuis que ses parents ne croyaient pas. La femme du Maître prit la fille dans ses bras, posa sa tête sur sa poitrine et lui dit qu'elle était dorénavant sa mère ; par conséquent elle sera consolée. Puis elle l'emmena vers la présence du Maître et s'assit sur le sol devant Lui de la manière la plus naturelle, tenant encore la fille près de son cur aimant, elle Lui dit tout ; Abdu'l-Baha dit :

"La relation matérielle n'est rien, elle ne porte aucun fruit éternel. Vous êtes l'enfant de Dieu et du Royaume et les liens de la chair ne sont rien, mais les liens de l'esprit sont tout. Je suis vôtre père, ils sont vos frères et vos surs, et vous devez être heureux et réjouis, car je vous aime énormément".

Le vendredi matin, le Maître nous dit que nous visiterons ce jour le Tombeau Sacré de Baha'u'llah. En conséquence cet après-midi, nous partîmes tous en équipage et roulâmes à travers les rues étroites, en dehors des portes de pierre vers la belle région environnante en direction de Bahji et le jardin de Ridvan. Ce fût une belle journée, le ciel était bleu et clair, le soleil brillait avec une chaleur orientale et avec splendeur , une brise légère s'agitait et l'air était parfumé de roses.

Après avoir roulé pendant une demi-heure, nous atteignîmes le jardin où Baha'u'llah passa beaucoup de Son temps durant Ses longues années d'exil à Akka. Bien que ce jardin soit petit, c'est l'un de lieux les plus charmants que nous n'ayons jamais vu. Baha'u'llah disait fréquemment :

"C'est le plus beau jardin du monde".

Avec ses grands arbres, sa diversité de fleurs et ses fontaines, il s'étend comme une pierre précieuse inestimable environné par 2 courants d'eaux limpides comme il est décrit dans le Coran ; et l'atmosphère qui transparaît est si chargée de souvenirs sacrés, de signification divine, de paix et de calme célestes que plus jamais personne ne s'étonne d'entendre les voyageurs qui, passant un jour devant des portes, s'arrêtent et contemplent en voyant Baha'u'llah assis sous l'ombre des mûriers, "Ce qui ne peut être fait avec des mains", et se rappelant la prophétie du Coran, il reconnaît son Seigneur et se hâtait de se prosterner lui-même à Son seuil.

Nous visitâmes la petite maison au fond du jardin et nous tinrent sur le seuil de cette pièce où Baha'u'llah avait l'habitude de s'asseoir par temps chaud, et un par un, nous nous agenouillâmes, et avec des larmes d'amour et désireux d'embrasser le sol où Ses pieds bénis avaient reposé. Nous retournâmes au jardin, où Abul-Qasim fit du thé pour nous, et là-bas il nous raconta l'histoire des sauterelles. Durant un chaud été, il y a eu une nuée de sauterelles et elles avaient consumé la plupart du feuillage autour de la région. Un jour, Abul- Qasim vit un épais nuage venant rapidement en direction du jardin et en un instant des milliers de sauterelles recouvraient les grands arbres sous lesquels Baha'u'llah s'asseyait si souvent. Abul-Qasim se précipita vers la maison au fond du jardin et arrivant devant son Seigneur et en l'implorant, dit :

"Mon Seigneur, les sauterelles sont arrivées, et elles sont en train de ronger l'ombre au-dessus de laquelle est Vôtre tête bénie".

La Manifestation sourit et dit :

"Les sauterelles doivent avoir faim ; laissez-les".

Enormément chagriné , Abul-Qasim retourna au jardin et pendant quelques temps regardait le travail destructeur en silence ; mais à présent, incapable de le supporter, il se hasarda à retourner à nouveau vers Baha'u'llah et humblement le supplia de chasser les sauterelles. La Perfection Bénie se leva et alla vers le jardin et se tint sous les arbres couverts d'insectes. Puis Il dit :

"Abul-Qasim ne vous veut pas ; que Dieu vous protège".

Et levant l'ourlet de Sa robe, Il la secoua, et immédiatement toutes les sauterelles s'élevèrent ensemble et partirent.

Lorsque Abul-Qasim conclut l'histoire, il s'exclama avec une forte émotion lorsqu'il touchait ses yeux :

"Oh ! Bénis sont ces yeux d'avoir vu de telles choses ; Oh ! Bénis sont ces oreilles d'avoir entendu de telles choses !".

En nous quittant, il nous donna des fleurs et il semblait comme tous les croyants orientaux, incapable de faire assez pour montrer son amour. Puis nous reprîmes une fois de plus nos transports et contemplant de nouveau vers ce lieu merveilleux, nous allâmes vers le Saint Tombeau.

Abdu'l-Baha nous rencontra en face du groupe d'immeubles incluant Bahji ; la terrasse, la petite maison de thé et le Tombeau Sacré. Lorsque nous descendîmes, nous trouvâmes un groupe de 100 croyants orientaux qui nous attendaient. Sachant que nous étions parmi les premiers pèlerins américains en ce Lieu Saint, ils étaient venus de toutes les directions pour apercevoir nos visages, et leur propre visage brillait d'un amour et d'une joie qui nous étonnait et que nous ne pourrions jamais oublier. Nous montâmes les marches menant aux terrasses au-dessus et nous entrâmes dans la maison de thé, et là, nous trouvâmes nôtre Bien Aimé assis près d'une fenêtre ouverte. Il se leva pour nous accueillir et nous salua avec un amour infini, Il nous nous pria de nous asseoir et de partager du thé qui avait été préparé sur une petite table par Son fidèle serviteur, Ali Muhammad. Puis avec un mot d'excuse, Il nous quitta. Il monta vers les terrasses et avec Ses mains serrés derrière Lui et regardant vers le haut, il fit les cent pas. Alors qu'aucune action ou mot du Maître n'était sans but et sans signification, nous vîmes bientôt qu'Il marchait vers la terrasse afin que tous Ses serviteurs puissent le voir ; et nous vîmes nos frères orientaux debout dans un groupe sur l'herbe en contrebas parfaitement immobiles et silencieux, contemplant d'un amour et d'une dévotion la perfection Bénie. Qui en fait pourrait détourner son regard de son Visage si lumineux, si calme et si glorieux ! Jamais nôtre Bien Aimé ne fut plus beau qu'en ce jour lorsque nous allions entrer avec Lui dans l'enceinte sanctifiée du Saint Tombeau. Alors que nous le contemplions, nous ne pouvions que L'aimer, Le suivant ; Lui obéissant et par conséquent s'approchant plus près de Sa beauté. Je comprenais que nous ne pourrions pas comprendre le mystère de Son être ; nous pouvions seulement espérer être engouffré à l'intérieur.

Bientôt Il vint à la porte du salon de thé et l'illumination de Son regard tomba sur nous et Il dit sur un ton calme et lent :

"Nous allons maintenant visiter le Tombeau Sacré. Lorsque vous êtes en train de prier en ce lieu divin, rappelez-vous la promesse de Baha'u'llah, que ceux qui atteignent ce pèlerinage recevront une réponse à leurs prières, et leurs souhaits seront exaucés".

Puis Il nous demanda de Le suivre et il descendit les marches, suivis par les pèlerins américains, puis de tous les autres croyants dans un grouppe derrière nous , et dans cet ordre le Maître marchant quelques pas devant, nous avançâmes lentement en direction de la Tombe de Baha'u'llah. Lorsque nous atteignîmes la porte extérieure, Abdu'l-Baha quitta Ses chaussures et nous fit signe de faire de même. Nous le suivîmes à travers un passage vers une pièce carré avec un toit en verre, et au centre une parcelle de terre où des bouquets fleuries et des mandariniers grandissaient. Alors que nous entrions, une porte de côté opposé s'ouvrit et les dames de la Sainte Famille arrivèrent très voilées ; elles arrivèrent et nous saluèrent tendrement. Tout au fond de la pièce se trouve une porte sur chaque côté, et dedans se trouve le Mausolée Sacré. Comme nous regardions cette porte voilée, nos âmes s'agitaient en nous comme si elles cherchaient à se libérer, et si nous n'avions pas été soutenus par la miséricorde divine, nous n'aurions pas supporté l'intensité de la joie, du chagrin, de l'amour et du désir ardent qui secouaient le tréfonds de nos êtres ; Le Maître béni était calme et radieux et nous conduisit vers l'espace ouvert au fond de la pièce à côté du Tombeau où, dans la lumière tamisée d'une fenêtre vitrail, nous nous tînmes tous en silence jusqu'à ce qu'Il demanda à l'un de nôtre groupe de chanter "La Cité Sainte". Aucune plume ne peut décrire la beauté solennelle de ce moment lorsque, d'une voix cassée, cette jeune femme fit la prière de gloire à Dieu, pendant que tous étions immergées dans l'océan de la Présence Divine. Les larmes des pèlerins coulaient et les hommes forts pleuraient bruyamment. Puis Abdu'l-Baha nous conduisit à la porte du Tombeau où nous nous agenouillâmes pendant un moment, puis Il ouvrit la porte et nous fit entrer. Ceux qui ont passé ce seuil ont été un bref instant en présence de Dieu, leur Créateur où aucune pensée ne pouvait les suivre La Tablette du Tombeau Sacré fut chanté par un jeune persan, et lorsque nous quittâmes ce lieu béni, les pèlerins orientaux entrèrent lentement jusqu'à ce que tous soient à l'intérieur.

Puis nôtre Bien Aimé ferma la porte, et après avoir chanté "Plus près , mon Dieu, de Toi", à Sa demande, nous nous retirâmes tranquillement. A l'extérieur, nous trouvâmes les transports attendant à une courte distance, et Abdu'l-Baha, nous laissant suivre lentement, marcha d'une allure légère dans les champs verdoyants se déroulant devant nous et là, se tint contre le doux arrière plan du ciel nocturne. Oh ! La forme la plus glorieuse ! Se tenant là, au crépuscule avec le soleil couchant disparaissant en teintes douces du ciel occidental et la pleine lune s'élevant au-dessus de sa tête divine. Nous retournâmes à nôtre maison à Akka dans le froid du soir à travers cette terre parfumée qui est à tout jamais bénie et sanctifiée au-delà de tous les endroits, "la joie de la terre toute entière".

De ce temps, une grande paix descendait sur nous, et dans le calme céleste et la beauté de cette dernière nuit à Akka, nous étions ceints de force pour l'avenir. Nous avions à partir le lendemain matin pour Haïfa, et dans l'après-midi, nous serions à nouveau en mer, chaque heure nous éloignant davantage de la présence d'Abdu'l-Baha. Quand nous nous éveillâmes le samedi matin, il semblait que nous prenions pleinement conscience de cette séparation et qu'une obscurité intense nous envahissait et que nous étions entièrement saufs seulement par Lui.

Il nous fit venir à Lui à l'aube, et comme nous contemplions Son visage miséricordieux, nous vîmes qu'Il savait tout et qu'Il nous soutiendrait et nous donnerait de la force ; que véritablement, Il était suffisant pour le monde entier. Dans la puissance et la majesté de Sa présence, nôtre peur fut transformée en foi parfaite, nôtre faiblesse en force, nôtre chagrin en espoir et nous nous oubliâmes nous-mêmes dans nôtre amour pour Lui. Alors que nous nous assîmes devant Lui, attendant d'entendre Ses mots, certains croyants pleuraient amèrement. Il leur demanda par amour pour Lui de ne pas pleurer, et qu'Il ne nous parlerait ou nous enseignerait que jusqu'à ce que toutes les larmes ne soient bannies et nous fûmes tout à fait calmes. Puis Il dit ;

"Priez que vos curs puissent être détachés de vous-mêmes et du monde, que vous puissiez être confirmés par l'Esprit Saint et remplis du feu de l'amour de Dieu. Plus près vous êtes de la lumière ; plus loin vous êtes de l'obscurité ; plus près vous êtes du paradis, plus loin vous êtes de la terre ; plus près vous êtes de Dieu, plus loin vous êtes du monde. Vous êtes venus ici parmi les premiers et vôtre récompense est grande. Il y a deux visites ; la première est pour une bénédiction ; puis vous venez et vous êtes bénis et vous êtes renvoyés pour travailler dans le vignoble de Dieu ; la seconde, vous venez avec de la musique et les bannières au vent, comme des soldats, avec contentement et triomphe pour recevoir vôtre récompense. Si dans les temps passés, ceux qui s'étaient levés et étaient partis pour la Cause de Dieu avaient été aidés et confirmés par Son esprit, même jusqu'à souffrir de la mort pour Lui, combien plus grand est le torrent de vie avec lequel vous serez dorénavant inondés. Car c'est la fin et la pleine révélation, et je vous dis que quiconque se lèvera dans la Cause de Dieu à cette époque sera rempli de l'esprit de Dieu, et qu'Il enverra Ses hôtes du paradis pour vous aider, et que rien ne vous sera impossible si vous avez la foi. Et maintenant, je vous donne un commandement qui sera comme un Covenant entre vous et Moi ; que vous ayez la foi ; que vôtre foi soit ferme comme le roc qu'aucune tempête ne peut déraciner, que rien ne vous dérange, et qu'elle endure à travers toutes choses jusqu'à la fin. ; entendriez-vous même que vôtre Seigneur a été crucifié, vous ne serez pas secoué dans vôtre foi ; car je suis toujours avec vous, vivant ou mort, je suis avec vous jusqu'à la fin. Alors que vous avez la foi, alors vos pouvoirs et vos bénédictions seront. C'est la balance - c'est la balance - c'est la balance".

Puis Il se leva et nous pria de Le suivre. Il nous conduisit dans la pièce suivante et là, reposant sur le divan contre le mur était le portrait de Baha'u'llah. Nous tombâmes sur les genou devant celle-ci, et les larmes qui s'écoulaient étaient de pur amour et de pure adoration. Nous aurions pu rester ainsi à tout jamais avec nos yeux attachés à ce merveilleux visage, mais le Maître nous toucha sur l'épaule pour que nous puissions voir aussi la photo de Sa Sainteté le Bab. Il avait un beau visage jeune, mais je ne pouvais retirer mes yeux des yeux de Baha'u'llah jusqu'à ce qu'Abdu'l-Baha se tourna soudainement vers nous, et élevant Sa voix d'un ton si poignant qu'Il transperça chaque cur, Il étendit Ses mains au-dessus de nous et dit :

"Maintenant le temps est venu de nous séparer, mais la séparation est seulement de nos corps, en esprit, nous sommes unis. Vous êtes les lumières qui seront diffusées ; vous êtes les vagues de cette mer qui seront propagées et qui inonderont le monde. Chaque vague est précieuse et Mes narines seront réjouis par nôtre parfum. Un autre commandement que je vous donne, que vous vous aimez les uns les autres même lorsque je vous aime. Une grande miséricorde et des bénédictions sont promises au peuple de vôtre terre, mais à une condition : que leurs curs soient remplis de l'amour de Dieu, qu'ils vivent en parfaite harmonie comme une âme dans différents corps. Si ils manquent à cette condition, les grandes bénédictions seront différées. N'oubliez jamais cela : regardez-vous les uns les autres avec l'il de la perfection ; regardez-Moi ; Suivez-Moi ; soyez comme Moi. Ne portez aucune pensée sur vous-mêmes ou pour vos vies, que vous mangiez ou que vous dormiez, que vous soyez confortable, que vous soyez bien ou malade, que vous ayez des amis ou des ennemis, que vous receviez des louanges ou des blâmes, pour toutes ces choses, vous ne devez porter attention. Regardez-Moi et soyez comme Moi ; vous devez mourir à vous-mêmes et au monde, ainsi vous renaîtrez à nouveau et entrerez dans le royaume céleste. Voyez comme une bougie donne sa lumière. Elle répand sa vie goutte après goutte pour donner ses flammes de lumière".

Lorsqu'Il eût finit de parler, nous fûmes doucement éloignés, loin par les membres de la Sainte Famille, et pendant un moment, c'était comme si nous étions en train de mourir ; mais nôtre Maître ne détacha jamais Son regard compatissant de nos visages jusqu'à ce que nous ne puissions plus le voir à cause de nos larmes. Puis nous fûmes enserrés l'un après l'autre dans les bras de la Sainte Famille, et les curs furent étreints et cela semblait comme si toutes les cordes de vie étaient brisées ; comme nous nous éloignions de la demeure de nôtre Père spirituel, soudain son esprit vint à nous, une grande force et un grand calme remplirent nos âmes, la douleur de la séparation fut transformée en joie d'union spirituelle. Nous avions quitté nôtre Bien aîmé dans Sa glorieuse prison que nous devions aller de l'avant et Le servir : que nous puissions propager Sa Cause et délivrer Sa vérité au monde ; Ses paroles s'accomplissaient déjà :

"l'heure est venue de nous séparer mais il s'agit seulement de la séparation de nos corps ; en esprit nous sommes unis à jamais".

May Maxwell
Dévotions profondes à la Beauté Bénie


May Maxwell

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